En lecture
Hello Kitty, l’icône aux mille visages

Hello Kitty, l’icône aux mille visages

Deux ans déjà que Hello Kitty a soufflé ses 50 bougies. Tant d’années passées et toujours aucune ride, mais quel est son secret? De solides bases en marketing, beaucoup de licensing et une bonne dose de « kawaii » : voilà les clés du succès de l’icône au noeud rouge.
Pur produit du capitalisme, Hello Kitty est un cas d’école de commerce. Il faut dire qu’elle a su conquérir le monde et se réinventer, jusqu’à en devenir la porte parole de tout et de rien.

 

Hello Kitty, Sanrio, bourse, vinyle
Première apparition d’Hello Kitty sur une bourse en vinyle. crédit : wikipedia

Un gros noeud rouge, une bouille attendrissante et un pelage tout blanc ; n’importe qui est capable de la reconnaître en moins d’une seconde. Du haut de ses 52 ans, Hello Kitty a bâti un véritable empire. Plus qu’une mascotte influente, elle s’est imposée comme un véritable personnage de pop culture. Pourtant, sa création est presque due à un accident. Tout commence dans une entreprise japonaise, fabricante de sandales en caoutchouc du nom de Sanrio. Dans les années 60, le chef de la compagnie réalise que ses chaussures se vendent mieux lorsqu’elles sont ornées de fleurs et d’autres designs mignons. Il décide alors d’employer des graphistes. Parmi les nouvelles recrues se cache Yuko Shimizu, elle dessine et donne naissance à Hello Kitty en 1974. Le premier prototype du chat blanc est imprimé sur un portefeuille en vinyle. Très vite, le succès est immense. Le produit se retrouve immédiatement en rupture de stock, et tout s’enchaîne. La petite nouvelle de Sanrio va conquérir le coeur des japonais puis de tout l’Occident dans les années 80.

Mais derrière ses airs innocents se cache une autre réalité. Hello Kitty, c’est aussi une arme de soft power. Véritable cheval de Troie du Japon, la mascotte au noeud rouge est la quintessence de la culture « Kawaii ». Littéralement traduit par mignon ou adorable en japonais, le mouvement naît au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. En 1945, le pays du soleil levant et ses dirigeants sont au pied du mur. Ils n’ont nul autre choix que de reconnaître les politiques impérialistes et autoritaires qu’ils ont mené durant le conflit. Un sentiment anti-Japon se fait alors ressentir à travers le monde, et le pays décide de prendre un pari : celui de redorer l’image du Japon. Changer l’image d’un pays n’est pas aisé, mais la culture du mignon a su faire ses preuves, Hello Kitty en figure de proue.  

À la conquête du monde… et des marques

Aujourd’hui, Hello Kitty est un phénomène mondial lucratif. Le total cumulé des recettes de Sanrio depuis 1974 s’élève à 89 milliards de dollars. La licence sait y faire, demeurant la deuxième franchise la plus rentable de l’histoire, juste après Pokémon. Choyée comme une poule aux œufs d’or, Hello Kitty est floquée sur plus de 50.000 produits dérivés et a su séduire son public des années durant. Papeterie, vêtements, figurines, accessoires, livres, jouets et bien plus, Kitty se décline à l’infini.

La Hello Kitty mania ne s’arrête pas là. Depuis la fin des années 90, Sanrio est le roi du licensing. En 1999, l’héroïne au ruban rouge débarque sur les Happy Meals de McDonald. D’abord à Hong Kong, puis en Asie, puis dans le reste du monde. Le succès est remarquable, alors les collaborations commerciales s’enchaînent et les marques s’arrachent la mascotte. Il faut dire que sa simple apparition déchaîne les foules. Dans la mode, le luxe, le prêt à porter, la cosmétique, la musique, les médias, la restauration, la tech et les transports, Hello Kitty répond présente sur toutes les devantures.
En 2024, le cinquantième anniversaire de l’icône de la culture pop bat les records. Un site web spécial anniversaire est même créé pour l’occasion. Près de 200 collaborations commerciales sont annoncées, la Monnaie de Paris frappe même une série de pièces commémoratives pour l’évènement. En somme, Hello Kitty a célébré ses 50 printemps comme il se doit, et a sûrement reçu une carte d’anniversaire garnie d’un joli chèque.

Hello Kitty est politique : du mignon à la rébellion

Si Hello Kitty plaît autant, c’est parce qu’elle véhicule des valeurs universelles : l’amitié, l’affection et le partage. Cette philosophie lui a permis d’être nommée ambassadrice des enfants de l’Unicef aux États-Unis en 1983, puis du Japon en 1994. Son image est associée à un message de solidarité et de bienveillance.
Son design bien pensé y est aussi pour quelque chose. Si vous ne l’avez pas remarqué, Hello Kitty n’a pas de bouche et ne parle pas. Ainsi, chacun peut lui faire dire ce qu’il veut et projeter ses émotions sur elle. C’est ce qui la rend attachante.
Cette neutralité apparente lui permet d’intégrer des milieux bien éloignés de son image initiale. Figure de l’émancipation féminine dans une société patriarcale, support de revendications politiques ou symbole de contestation, elle devient une égérie inattendue dans de nombreuses luttes sans jamais perdre son identité. Son apparence innocente contraste avec la radicalité de certains messages. Bien que le rose et le mignon soient synonymes de docilité, ils deviennent des outils de subversion – comme sur cette illustration qui met en scène une Hello Kitty anticapitaliste ; ironique non ?

Hello Kitty, Anticapitaliste, slogan
Hello Kitty arborant le célèbre slogan anticapitaliste « eat the rich ». crédit : pinterest @emilyallynart

Cette réappropriation repose aussi sur la simplicité de ses traits. Simple à reproduire, Hello Kitty peut être facilement associée à des slogans et offre une toile presque vierge aux symboles contestataires, et à tout ce que l’on décide d’en faire. Elle ne porte pas de discours propre mais devient le support de ceux qui souhaitent s’exprimer à travers elle. Hello Kitty n’appartient pas à Sanrio, elle appartient à n’importe qui décide de se l’approprier, faisant de son visage familier un langage politique.

Quelle est votre réaction ?
J'adore !
1
J'ai hâte !
0
Joyeux
0
MDR
0
Mmm...
0
Triste...
0
Wow !
0

Auteur/Autrice

Voir les commentaires (0)

Répondre

Votre adresse Email ne sera pas publié

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.