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La Nuit de l’Animation : un marathon de courts-métrages au Théâtre Sébastopol

La Nuit de l’Animation : un marathon de courts-métrages au Théâtre Sébastopol

Ce samedi 26 septembre s’est tenue au Théâtre Sébastopol la 25e édition de la Nuit de l’Animation, dans le cadre du Festival International du Court-Métrage de Lille. Plusieurs centaines de spectateurs, majoritairement étudiants, se sont réunis à partir de 21h et jusqu’à 6h du matin pour les plus déterminés. Cet événement, organisé en trois parties, comportait 39 courts-métrages et trois longs-métrages. 

Avions en papier lancés des balcons, bulles de savons montant vers le ciel, dès 20h30 les spectateurs commencent à s’installer pour cette nuit d’animation. Cette soirée organisée depuis 25 ans, par l’association “Rencontres Audiovisuelles”, au sein du Théâtre Sébastopol, rassemble des fans de cinéma et donne l’opportunité aux étudiants, comme à de petits réalisateurs, de projeter leur travail. Côté spectateurs, certains se sont équipés en conséquence, oreillers et plaids sous le bras, choisissant stratégiquement la place qu’ils occuperont pendant les neuf prochaines heures. 

Un public diversifié : entre couche-tard et couche-tôt 

Lumière tamisée, téléphone coupé, la sonnerie retentit pour annoncer le début de l’événement. Plusieurs centaines de personnes sont installées, prêtes à passer une nuit au Théâtre Sébastopol, lieu emblématique lillois. Les spectateurs “viennent pour visionner certains films puis repartent” comme l’explique Clément, employé au théâtre. 

En effet, entre le début et la fin de l’événement, de nombreuses personnes se sont échappées ou ont pris place à bord de ce marathon de courts et longs-métrages. Les portes claquent, laissant entrer et sortir les spectateurs, comme dans un moulin. Les plus passionnés et déterminés sont restés les neuf heures d’affilée accompagnés de leur “petit doudou et d’une tenue confortable”. C’est ce qu’explique Asia, étudiante en Master de cinéma, qui avait pour objectif de rester jusqu’à 6h du matin.

Malgré une forte proportion de jeunes, le public reste divers. Amateur de films d’animation, un couple assiste à l’événement pour la deuxième année consécutive. Ayant notamment assisté au Festival International du Film d’Animation d’Annecy, ces derniers précisent qu’il faut “aimer le cinéma” pour participer à cet événement. 

Latifa, ancienne étudiante “en musique et cinéma” participe aussi à cette nuit, notamment pour “le challenge sportif”, et parce qu’elle “adore voir les étudiants super motivés”. Ainsi, l’événement attire un public séduit par le “principe du marathon”. Pourtant, deux jeunes sortis prendre l’air à la première entracte constatent « qu’il y a moins de gens que l’an dernier”. Un phénomène qui peut s’expliquer par un manque de communication : “on n’a pas vraiment eu d’annonce” justifie Asia qui a pris son billet “il y a seulement une heure”.

Petits budgets, blockbusters, il y en avait pour tous les goûts 

La nuit séparée en trois parties débute avec des œuvres comiques et légères, auxquelles le public lâche régulièrement des rires incontrôlés. Toutefois, à mesure que la nuit avance, les films deviennent de plus en plus sombres, et la salle se vide peu à peu face à des imaginaires de plus en plus crus et étranges. Effectivement, la quarantaine de courts-métrages s’organise de manière à ce que le public se prépare aux dernières œuvres plus triviales, violentes et dures à regarder.

Chaque œuvre se démarque, par son budget, le thème abordé et sa durée. La particularité de ce marathon est que beaucoup de courts-métrages ont été réalisés par des étudiants ou de jeunes diplômés, des Gobelins notamment, l’école dans laquelle le co-créateur de Moi Moche et Méchant a étudié.

À la différence de la majorité des marathons de films, axés sur des sagas comme Star Wars, La Nuit de l’Animation offre une panoplie de genres et de styles divers. On peut prendre pour exemple les trois longs-métrages diffusés à la fin de chaque partie. La grande aventure Lego, blockbuster américain sorti en 2014, est ainsi incomparable à La traversée du temps, dessin animé japonais de 2006 diffusé pour clore la deuxième partie. La Nuit de l’Animation sort du lot en mettant en avant le cinéma d’animation à la française, qui se veut plus créatif et marginal que “l’animation japonaise et américaine (…) plus productives et rentables », d’après William, étudiant en Master 2 d’animation à Rubika (basé à Valenciennes). Le budget attribué aux productions des deux géants de l’industrie sont plus importantes, de même que leur box-office, mais l’animation française « subsiste alors qu’elle n’est pas en concurrence avec [les deux premières] car les gens aiment l’art et l’animation à la française”. 

En effet, la quarantaine d’œuvres projetées montre bien que même sans producteur, les projets sont réalisables. C’est le cas de la série en stop-motion Chez Cathy, créée par deux jeunes français et publiée sur les réseaux sociaux au format vertical, qui casse les codes traditionnels du cinéma.

L’IA : instrument utile ou mort de la créativité humaine ?

Cette soirée autour de l’animation était aussi l’occasion de débattre sur l’intelligence artificielle. Un sujet qui divise le public. Si pour Asia et Aline, deux étudiantes lilloises, l’IA “tue la créativité”; pour Latifa, “c’est un instrument utile […] pour développer son propre projet, sans limite”.

Celle qui vient pour la cinquième fois à l’évènement ne veut pas s’abandonner à une vision “obscurantiste”. L’ancienne étudiante en cinéma met en lumière les nombreuses possibilités qu’offre cette technologie. Ainsi, elle cherche à relativiser face aux possibles dangers de l’utilisation de l’IA : “On prospecte, on croit que parce qu’on a créé quelque chose de formidable, ça va nous dépasser”. Néanmoins, si Latifa voit en l’IA un formidable outil, cette dernière n’oublie pas les enjeux “au niveau écologique”. 

Un aspect souligné par plusieurs spectateurs qui considèrent que son poids, notamment d’un point de vue environnemental, ne peut pas être mis de côté. Ainsi, Asia, quant-à-elle, voit en cet outil “un problème” parce que “l’on n’apprend pas du tout à s’en servir correctement”. C’est donc un grand “non” pour l’étudiante et sa camarade. “Ne pas réfléchir et laisser quelque chose faire pour soi”, voilà leur conclusion au sujet de cette technologie.  

Il y avait enfin, une certaine modération qui régnait dans les gradins du théâtre : “c’est inéluctable qu’on finira par l’utiliser. Mais il faut essayer de garder la partie artistique, le côté humain”, comme l’explique un amateur de films d’animation. Si l’usage de l’IA ne doit pas être proscrit selon lui, il faut savoir s’en détacher pour garder une forme de créativité. De son côté, William propose de mettre en place une réglementation : “si on peut avoir un “label” des studios qui ne font que de l’humain, c’est comme ça qu’on réussira à résister un peu”. Un moyen de différenciation des œuvres, entre celles faites avec IA, et celles sans, pour mieux valoriser certains projets.

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