Le Crous : une campagne mouvementé et un vote oublié.
Les 3, 4 et 5 février derniers se sont déroulées à Lille les élections du Centre régional des œuvres universitaires et scolaires. Si le Crous fait partie intégrante de la vie des étudiants lillois, les résultats de ces élections placent l’académie de Lille au premier rang des abstentionnistes. Retour sur ces élections avec une forte tension militante, mais une absence devant les urnes.
Des élections à l’échelle nationale
Le Crous est un réseau de 27 établissements publics à caractère administratif créés en 1955. Ces établissements ont pour rôle d’accompagner la vie des étudiants en fournissant des aides sociales et économiques par exemple. Généralement, ces établissements sont surtout connus pour leurs offres de restauration et d’hébergement à bas prix.
Tous les deux ans, des élections ont lieu dans chaque réseau pour élire 7 représentants qui vont siéger au conseil d’administration des Crous. Ces élections ont lieu simultanément dans toute la France et aboutissent à l’élection de 187 représentants locaux. Ces représentants locaux ont la tâche d’élire 8 représentants qui vont siéger au centre national des œuvres universitaires (le Cnous) l’établissement qui organise l’ensemble du réseau Crous. Une fois élus, ils relaient les préoccupations locales aux instances du gouvernement pouvant par exemple directement dialoguer avec le ministère de l’Éducation nationale.
La Cocarde : une nouvelle venue qui dérange
La campagne aux élections du Crous s’est déroulée du 16 janvier jusqu’au 5 février et a vu s’affronter sept listes électorales. D’un côté, on y a retrouvé un bloc des gauches constitué des listes du Poing levé, en passant par celles contre la politique d’Emmanuel Macron avec l’UNEF, l’Union Étudiante et la liste du FSE-EMF. D’un autre côté, il y a eu la liste Bouge ton Crous ainsi que les listes de droite et d’extrême droite de l’UNI et de La Cocarde.
La nouveauté de ces élections est la présence de la liste de la Cocarde, en partie présentée par ses opposants comme dans la filiation du Rassemblement National. L’ensemble des autres organisations en lice à ces élections regrette le dépôt pour la première fois d’une liste de la Cocarde étudiante à Lille. Pour les listes syndicales et organisations de gauche, la venue de la cocarde représente une raison supplémentaire pour lutter et faire barrage à l’extrême droite.
Pour la droite, Mariani Lisandru, le responsable de la section de l’UNI à Lille nous a rappelé que « la Cocarde étudiante est une scission de l’UNI depuis 2015 » qui reprochait à cette dernière d’être trop à gauche. Le responsable de la section a aussi affirmé se désoler du dépôt de cette nouvelle liste, car selon ses mots, « La Cocarde n’a pour but que de faire perdre l’UNI, même si cela passe par le vote pour l’extrême gauche ».
Une campagne représentative des forces politiques lilloises
Pour la deuxième fois cette année après les élections du mois de novembre, les syndicats et organisations étudiantes sont allés faire campagne au sein des différents campus de Lille et de la région académique.
Ces élections sont particulières, car elles montrent la vraie force militante des organisations. Les élections du Crous se déroulent au même moment dans toute la France, les organisations ne peuvent alors pas faire appel à leur base militante extérieure à la région.
Ces élections sont selon Loris Philippon, président de Galillé et membre de la liste Bouge ton Crous, « l’heure de vérité, c’est l’occasion de voir quelle est la force militante réelle de chaque organisation ». Loris Philippon met aussi en avant un climat plus agréable pour les étudiants qui se voient moins interpellés dans les campus. Les différentes listes, candidates à ces élections, ont alors opté en globalité pour une stratégie de renforcement de leur base électorale en faisant campagne dans les campus et écoles qui leur sont favorables. On peut tout de même noter une forte mobilisation générale durant les 3 jours de vote.
Manifestation au campus Moulins, un climat de fortes tensions.
L’événement marquant de cette campagne électorale, est la dérive d’une manifestation antifasciste dans le hall du campus de Lille Moulins (Lille 2), le mardi précédant les élections. La manifestation a dégénéré à l’encontre de manifestants de l’UNI et a nécessité l’intervention du service d’ordre de l’établissement et le déploiement de forces de police à l’extérieur du bâtiment. Dans un mail envoyé aux étudiants, le doyen de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales, Aymeric Potteau, déplore des « incidents d’extrême gravité » et à réaffirmé que cette campagne doit être « un lieu de débat, de confrontation d’idées […] et non un lieu d’affrontement physique ».
À propos de cet incident, Mariani Lisandru, responsable de la section lilloise de l’UNI, déplore une agressivité de la part de ses opposants « d’extrême gauche » mentionnant des jets de farine et d’œufs à l’encontre de leurs militants présents. Mariani Lisandru met aussi en avant « une minorité bruyante qui s’oppose à nous » et affirme que le « bruit qui court comme quoi l’UNI est détestée de partout est faux ».
Arthur Pédebosq, élu Crous pour l’Union Étudiante répond à ces accusations en affirmant que ce regroupement est une initiative des étudiants eux-mêmes. Il souligne d’ailleurs, comme le font l’UNEF et Galillé, de nombreux accrochages violents à l’initiative de militants de l’UNI lors des élections centrales en novembre.
notre arme face à ces élections, face à l’extrême droite c’est notre mobilisation collective
De son côté, Niko, secrétaire général de l’UNEF Lille dénonce la violence du service d’ordre et accuse l’université d’avoir usé du service public de sécurité dans un moment où elle « n’avait rien à faire dans cette histoire ». Concernant la manifestation, sans avoir constaté de réelle violence, le militant se réjouit de la mobilisation et affirme que « notre arme face à ces élections, face à l’extrême droite, c’est notre mobilisation collective ».
Un accueil mitigé des résultats
Le lundi 9 février, le Crous Lille Nord-Pas-de-Calais a relayé sur son site internet les résultats de ces élections. La grande gagnante est l’abstention. Malgré un record de participation au niveau national, l’académie de Lille se distingue avec le plus faible taux de participation : 6,2 % contre plus de 13 % pour son voisin amiénois.
La liste électorale arrivée en tête est celle de Bouge ton Crous avec 23,53 % des voix suivie par FSE-EMF avec 19,02 %, tous deux ont respectivement obtenu 2 des 7 sièges disponibles. Les autres sièges sont répartis entre les listes de l’UNEF, de l’Union Étudiante et de l’UNI qui obtiennent chacun une place au conseil.
Ces résultats placent le bloc des gauches vainqueur de ces élections en termes de voix malgré une forte division avec 4 listes qui se répartissent 60 % des voix. De son côté, Loris Philippon se satisfait de la première place de la liste Bouge ton Crous et explique ce score par l’unité et la dépolitisation de son organisation.
L’UNI et la Cocarde récoltent 20 % des voix, un chiffre qui est encourageant selon Mariani Lisandru qui retient que des étudiants ont de moins en moins peur de voter pour la droite et l’extrême droite. Pour leurs opposants, ces résultats sont regrettables et illustrent que leur lutte face à l’extrême droite doit continuer, et ce même en dehors des périodes électorales.
Une dernière élection en 2026
En mars prochain auront lieu les élections des représentants de chaque faculté. Un scrutin important avec notamment le changement cette année des maquettes de certaines licences. Face à l’abstentionnisme perçu lors de ces élections, les différentes organisations étudiantes rappellent qu’il est important d’aller voter et incitent les étudiants qui le souhaitent à s’engager.
