À Lille, socialistes et écologistes au défi de la “co-gestion”
Après une large victoire de leur candidat Arnaud Deslandes au second tour des municipales à Lille, écologistes et socialistes tirent les premiers enseignements du scrutin et se projettent déjà vers l’avenir.
Ce dimanche soir, les socialistes et écologistes étaient réunis au Mother, bar de la rue Jean-Baptiste Lebas à Lille, pour suivre les résultats du second tour des municipales. Le suspens est de courte durée puis que dès 20h, leur candidat Arnaud Deslandes est annoncé vainqueur. Si le soulagement est palpable pour les militants après plusieurs mois de campagne intense, tous ont déjà en tête l’après. 20 ans après la “gauche plurielle” de Lionel Jospin à l’échelle nationale, communistes, écologistes, socialistes et membres de la société civile vont devoir réapprendre à gouverner ensemble, à Lille.
“Nous entrons dans une réelle co-gestion”
Face aux nombreux militants et journalistes présents au Mother, Arnaud Deslandes analyse les résultats du scrutin. Pour lui, ils démontrent un “besoin de nous rassembler”. Une dynamique déjà enclenchée en début de semaine, lorsque le camp écologiste mené par Stéphane Baly a choisi de se rallier aux socialistes à l’issue du premier tour. “Nous entrons dans une réelle co-gestion […] C’est la garantie qu’un changement va avoir lieu”, affirme Stéphane Baly aux côtés du maire réélu, soucieux de souligner les exigences de cette union.
“Arnaud […], après les transformations entamées lors du mandat dernier, désormais, nous devons aller plus loin, plus vite, plus fort. Plus loin sur la piétonnisation, sur la végétalisation, sur les réseaux cyclables et sécurisés, sur la culture.”
Chez les sympathisants, un point fait l’unanimité : il faut mettre en place un nouveau système de gouvernance durable, afin que le tandem socialiste-écologiste ne déraille pas. “Cette alliance est faite pour durer parce qu’elle n’a pas le choix. Il n’y a pas de majorité absolue chez aucune composante de l’alliance, c’est ça qui est super intéressant. On va être obligé de s’écouter, de travailler ensemble, d’apporter des meilleures idées” assure Emmanuel Quinchez, chargé du pôle projet dans la campagne de Stéphane Baly. Pour Maxence, 23 ans, également militant écologiste, la stabilité de cette alliance est entre les mains du Parti socialiste : “Les socialistes vont devoir faire quelque chose qu’ils ont du mal à faire, c’est de ne pas être majoritaire”.
Durant ces six dernières années, les tensions en conseil municipal étaient régulières entre la majorité et les verts. Steven, encarté au PS depuis 2020, a la conviction que cela cessera : “À partir du moment où les verts feront partie de la majorité municipale, il y aura sans aucun doute beaucoup moins de problématiques d’écoute et de dialogue. Eux-mêmes seront bien moins dans la politique politicienne et beaucoup plus dans la construction de nouvelles idées et de projets.”
Quelles priorités pour la majorité élue ?
Avec un mandat qui pourrait durer non pas six mais sept ans (afin d’éviter un chevauchement avec la présidentielle de 2032), les 47 élus de Tout pour Lille demain auront le temps de mettre en place leur programme commun. Parmi les dizaines de propositions communes, lesquelles demeurent prioritaires ? Cela relève de la sensibilité de chacun. Pour Franck Hanoh, maire adjoint au commerce et réélu à la 43e position sur la liste commune, “[il faut] vraiment travailler sur la qualité de vie ; on va avoir à retravailler la place Rihour, retravailler le confort des trottoirs, faire en sorte que Lille en général soit pour les usagers une expérience extraordinaire”. Quant à Faustine Balmelle-Delauzin, quatrième sur la liste, elle souhaite travailler rapidement sur la lutte contre la précarité ainsi que les questions environnementales et de solidarité.

Une autre priorité semble se dessiner : le logement. Maxence, qui figurait sur la liste de Baly au premier tour, plaide pour cette cause qui lui est chère : “Je la défendais déjà lors du premier tour, et les socialistes l’ont repris en étant d’accord sur beaucoup de points”. L’étudiant évoque “la construction de nouveaux logements sociaux avec une part réservée aux étudiants, notamment à Vauban, à Moulins et même à Lille Sud [pour] permettre aux étudiants de se loger et de pas se faire avoir par des propriétaires peu scrupuleux”. Un discours qui trouve des similitudes entre militants des verts.
Par ailleurs, la majorité élue constate le puissant score de Lahouaria Addouche et de sa liste Lille insoumise, écologiste et populaire (33,70 %). “Les résultats de Lahouaria Addouche témoignent d’un besoin profond de changement à Lille ; une demande que nous entendons et une responsabilité qui nous oblige” explique Stéphane Baly. “Il va falloir que l’on écoute collectivement les quartiers populaires et les jeunes” estime sa colistière Faustine Balmelle-Delauzin, ajoutant vouloir effectuer “un gros travail de transformations de nos projets politiques et des politiques publiques que l’on mène auprès des plus précaires, des classes populaires”.
Reste désormais à transformer l’essai. Car si l’union a permis la victoire, elle devra surtout faire ses preuves à l’exercice du pouvoir. Les 61 conseillers municipaux se retrouveront pour la première fois en conseil municipal ce vendredi à 17h, au cours duquel ils éliront officiellement leur maire.
