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Prisoner 951: une famille face à l’injustice et aux défaillances diplomatiques

Prisoner 951: une famille face à l’injustice et aux défaillances diplomatiques

Prisoner 951, est une série dramatique britannique inspirée d’une histoire vraie. Sortie en novembre 2025 sur BBC One en 5 épisodes elle retrace comment Nazanin Zaghari-Ratcliffe, une jeune femme britannico-iranienne est emprisonnée pendant 6 ans en Iran pour des accusations d’espionnage. Son mari, Richard Ratcliffe ainsi que la réalisatrice Philippa Lowthorpe, étaient présents sur la scène de Series Mania au deuxième jour du festival pour raconter comment la série a vu le jour.

C’est en 2016, alors que Nazanin vient voir sa famille après la naissance de leur fille Gabriela, qu’elle est arrêtée à l’aéroport international de Téhéran. Séparée de sa fille pendant ces années d’emprisonnement dans la prison de Kerman et d’Evin, elle met du temps à comprendre le pourquoi de son arrestation. Depuis Londres, son mari quant à lui refuse de se taire et lance une campagne pour sa libération. La pétition recueille plus de 3 millions de signatures dans plus de 10 pays. “Véritable thriller politique”, le premier épisode raconte les premiers jours d’enfermement de Nazanin et le deuxième les premières semaines qu’elle vit loin de sa famille détenue par les gardiens de la révolution. La série retrace l’implacable engrenage qui la transforme, du jour au lendemain en otage d’État, basé sur un dialogue compliqué entre l’Iran et l’Angleterre.

Une série aux deux points de vue

Les deux premiers épisodes sont marqués par une symétrie entre deux mondes. Entre la sécheresse de Kerman et le brouhaha de Londres, les deux époux vivent leur tragique aventure d’un point de vue totalement différent. Mis à part l’incompréhension d’une situation romanesque, Nazanin et Richard, dont le seul lien réside dans de rares messages transmis par des tiers, survivent et luttent à leur façon. C’était un des objectifs de la réalisatrice Philippa Lowthorpe : “je voulais que Narges et Joseph [qui incarnent Nazanin et Richard] soient systématiquement filmés de face, et au centre du plan, de façon à ce que le spectateur capte toujours le point de vue subjectif de chaque protagoniste et qu’on ressente avec eux ce qu’ils vivent”. Guidé par un but commun, celui de faire libérer Nazanin, Richard, et d’un autre côté Nazanin et sa famille, ne transcrivent pas la même énergie. Alors que la famille Zaghari voit leur peur du régime islamiste iranien prendre le pas sur leurs actions, Richard, lui, après une phase d’incompréhension totale, va se laisser guider par une colère presque contre-productive vis-à-vis du gouvernement britannique qu’il trouve trop peu impliqué.

Au-delà du jeu de balance entre deux visions de l’histoire, la symétrie de la série s’observe également par le jeu d’échecs de deux gouvernements. Si la paranoïa et la répression du régime iranien, bien que scandalisantes, ne surprendront pas grand monde, le manque d’actions et d’intérêt du gouvernement britannique lui, nous interroge. “Notre volonté était, tout en racontant notre histoire bouleversante, de dénoncer ce que faisait le régime iranien, mais également mon gouvernement, le gouvernement britannique, dont j’étais surpris du comportement”, confie Richard Ratcliffe. Il ajoute même que cette volonté de dénoncer a failli prendre le dessus sur le récit : “il fallait qu’on trouve le bon équilibre entre le politique, la dénonciation et l’humain qui nous permettait de retranscrire l’histoire que notre famille a vécue”.

Raconter une histoire vraie dans un contexte difficile

Richard Ratcliffe exprime leur besoin de partager leur histoire : “nous voulions raconter la vérité sur ce qu’avait traversé notre famille et sur ce que font les gouvernements iranien et britannique”.  La série, née d’un script de leur livre qui sera bientôt publié, a été tournée à l’abri des regards et dans le plus grand des secrets. Dans le contexte actuel du régime répressif de Téhéran, Philippa Lowthorpe rappelle que la discrétion sur le tournage était requise pour protéger les protagonistes et le scénario: “on a compris dès le début qu’il nous fallait être très prudent et nous [le scénario] l’avons gardé comme un joyau précieux”.

Ce contexte, au-delà des contraintes qu’il a imposées au tournage, était aussi synonyme de devoirs. Le premier : retranscrire avec la plus grande exactitude les conditions terribles d’emprisonnement en Iran de Nazanin. Du côté de Richard relater au mieux l’inquiétude et l’incertitude qui l’ont rongé toutes ces années. Et le dernier : témoigner au nom de toutes les autres victimes de la répression iranienne. “Notre histoire n’est pas unique, il y a des dizaines de citoyens britanniques, iraniens, et même français qui sont, au moment où on parle, détenus illégalement en Iran […] il y a trois mois, beaucoup d’amis iraniens et même de membres de l’équipe de tournage qui ont vu des proches arrêtés, torturés, étaient heureux qu’on dénonce ces injustices à l’écran devant le monde entier”.

Mais les méthodes révoltantes du gouvernement iranien n’était pas l’unique face du pays que le couple voulait dénoncer. Au contraire, Richard Ratcliffe fait part de son intention : “avec la guerre, les bombardements, et les destructions qui ont lieu, il était important pour nous de montrer aussi que l’Iran n’était pas non plus un pays dépourvu d’humanité. Dans les trois derniers épisodes, on découvre même l’humanité de quelques gardes, car les hommes ne sont ni tout noir ni tout blanc, il est complexe. Et plus les temps sont sombres, plus il est important de montrer cette nuance”.

 

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