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La doctrine du consentement : le féminisme sera égalitaire ou ne sera pas

La doctrine du consentement : le féminisme sera égalitaire ou ne sera pas

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Le 22 janvier 2025, Clara Serra publie La doctrine du consentement. Ce brillant essai rafraîchit la pensée féministe et fait penser large, au-delà de nos certitudes.

Clara Serra refuse de se contenter de la notion de consentement ; elle refuse ainsi d’avoir peur de la critiquer. Elle est espagnole, féministe et philosophe. Quand la loi “Sólo sí es sí” est adopté en 2022, elle s’y oppose : mettre la notion de consentement sexuel dans la législation, ce n’est pas une avancée aussi simple et claire qu’il n’y paraît. Sans jamais l’invalider ou l’abandonner, elle refuse de se satisfaire de cette notion. Dans La doctrine du consentement, elle étaye une pensée nécessaire s’il on veut prétendre à une réelle égalité des genres.

Penser contre le féminisme néo-libéral, un point de vue nécessaire

“C’est oui ? C’est oui.” L’approbation et le désir se résument-ils en un mot ? Dans nos sociétés occidentales, le consentement sexuel est perçu comme une réponse idéale aux relations de domination entre hommes et femmes, ainsi à la violence sexuelle qui en découle. De nos jours, cette notion est au centre de la plupart des revendications féministes, surtout depuis le début du mouvement #MeToo.

Pour que les femmes atteignent une vie sexuelle heureuse, il suffirait de passer un contrat oral en demandant avant, en s’accommodant alors d’un simple “oui”. Clara Serra dénonce une vision simpliste d’un acte complexe, en commençant par souligner qu’il faut prendre en compte les “conditions matérielles de possibilité de liberté” de notre société.

Ce faisant, l’autrice invite à remettre en question la capacité des femmes à donner leur consentement dans certains contextes, régimes politiques ou moments. Clara Serra sort du point de vue de la femme blanche privilégiée et va au-delà : pour beaucoup, le consentement n’est même pas pensable. Là réside la force de son argumentaire. Ériger cette notion en symbole du féminisme moderne exclut en réalité de nombreuses femmes des combats féministes.

Le consentement sexuel comme doctrine : un obstacle pour penser le système global

Pour Clara Serra, le traditionnel slogan, “Sans oui, c’est non”, interroge : peu importe si le consentement est défini positivement (“oui c’est oui”) ou par la négative (“non c’est non”), l’intégration de cette notion dans la loi n’arrêtera pas ce qu’elle définit comme le “machisme judiciaire”, autrement dit le caractère patriarcal de toutes nos institutions et systèmes de pensées. En réalité, même à travers une loi qui intègre l’idée du consentement sexuel, “l’impossibilité de distinguer le sexe volontaire du sexe contraint” demeure.

Ce qui est pertinent dans La doctrine du consentement, c’est que Clara Serra ne se concentre pas uniquement sur l’exercice d’un pouvoir obtenu par la force dans une relation sexuelle. Elle pense plus large, et nous permet d’être attentif à la structure sociale globale. Plus que l’expression d’un pouvoir inégal dans une relation spécifique ou à un moment particulier, elle pose un problème systémique. De fait nous devenons en mesure de penser la déconstruction de ce dernier.

Contre la peur du sexe

Clara Serra ne fait pas de la spontanéité l’ennemi du bien. L’autrice avance que le consentement peut servir d’instrument à une doctrine sécuritaire de la sexualité : le sexe serait réduit à une activité risquée pour les femmes. Or, cette pensée ne permettra jamais l’égalité des genres. Clara Serra ne le cautionne pas : elle souhaite alors permettre aux femmes d’être libres de ne pas savoir ce qu’elles veulent. L’autrice les décharge du poids de devoir dire oui ou non ; poids que l’on n’a jamais incombé aux hommes.

Comme pour l’amour, elle renvoie le désir à sa substance : “l’obscurité et l’incertitude.” Elle prêche l’humanité en nous rappelant que la vie sexuelle doit aussi être maintenue dans un domaine distinct de celui des lois : l’éthique. Le consentement est essentiel, cependant cette notion ne se suffit pas à elle même : il faut l’inclure dans une pensée plus globale. Ce point, et cet essai dans son ensemble, soulève une réflexion nécessaire afin de tendre vers un rapport à la sexualité libre et épanouie pour toutes et tous.

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