Portrait d’un(e) drag-queer : de l’art à la liberté
Passionné par l’art et l’upcycling, Jeremy affirme fièrement : “la mode c’est du drag !” C’est ainsi qu’Erika D Kafrine, drag-queer aux origines réunionnaises, prend vie. Entre créations atypiques et talent remarquable, sa vie est rythmée par la couture, la mode et le drag.
Le Pépère News est parti à la rencontre de Jeremy, jeune réunionnais fraichement arrivé à Lille, qui nous présente son univers : le drag. Après des études d’immobilier à Lyon, il découvre, lors du confinement, la série RuPaul’s Drag Race. Hors du milieu gay, cette série lui ouvre les portes d’un art qu’il ne connaissait pas encore.
À son arrivée à Lille, il fait la connaissance d’artistes, ayant pour ambition de créer leur propre boîte de production de drag. Porté par cette proximité artistique, il devient danseur dans un cabaret transformiste appelé La Bonbonnière. C’est sur scène qu’il découvrira cet univers artistique, et en tombera amoureux. Quelques semaines plus tard, il se lance dans le tournage d’un clip, dans son propre appartement. Erika vient de naitre !
Un couturier autodidacte en marge de la Fashion Week
Ambitieux, Jeremy veut se lancer dans cet univers en plein essor. Cependant, il explique : “Je ne m’étais jamais maquillé avant et pour moi c’était quelque chose de totalement extérieur, la couture aussi.” Le monde du drag se présente à lui comme un véritable enjeu. Il débute d’abord par l’apprentissage du crochet. Puis, rapidement, il achète sa première machine à coudre et laisse son imagination prendre vie à travers ses créations originales.
C’est par le biais de l’upcycling que l’art autodidacte de Jeremy prend forme. Il concrétise son inspiration par des matières trouvables à portée de main pour créer des tenues fascinantes. Son imagination débordante nous amène dans un univers artistique excentrique : entre les chambres à air de vélo et les cartons, il crée des tenues hors du commun plus impressionnantes les unes que les autres.
Il se décrit comme un drag fashion. Dès la tenue, on remarque le charisme d’Erika. Il voit la mode comme une casquette aux multiples facettes. À travers la réalisation de nombreux looks, il explore les différents aspects de lui-même. Erika devient sa continuité. Pour lui, la création est avant tout un moment de concentration introspectif : “Quand je me mets à coudre, à faire un truc créatif, c’est le seul moment où mes pensées sont canalisées. T’appuies sur le bouton On pour travailler, avec le bouton Off de l’autre côté qui fait une balance très agréable.” Finalement, pour Jeremy, le drag est devenu une école de la vie.
L’art et la mode, entre humanité et liberté
Bien que le drag soit un art politique, l’artiste préfère “faire du soft-power plutôt que du hard-power.” Son message tourne autour de l’humain et de la liberté. Son œuvre artistique invite le spectateur à découvrir l’art du drag. Au-delà de la sphère gay, queer ou autres, il cherche à diffuser ses créations et à sensibiliser la communauté hétérosexuelle.
Pour lui, “la liberté passe par la liberté des autres : c’est ça être un D et de faire partie de la famille de Monkey D Luffy [référence au personnage du manga japonais One Piece, ndlr].” C’est en libérant l’art et la parole qu’il invite son public, et lui-même, à se libérer. Son objectif est d’offrir un moment présent, teinté de joie et d’échange. Chaque sourire, “c’est ma dose de drogue à moi !”
“Je n’ai pas envie de politiser mon art. C’est mon art, il est à moi, je veux qu’il continue à m’appartenir.” Il est important pour lui de laisser à l’autre le chemin de son interprétation artistique. Le principal est d’être en accord avec soi-même.

Jouer avec les codes du genre
Le drag c’est jouer avec les codes du genre. “J’aime beaucoup avoir un petit côté très féminin et qu’à la fois on voit une partie très masculine de mon corps.” Erika D Kafrine vient du créole Kafrine qui signifie la femme, et Kafre l’homme. La fluidité du genre dans son expression artistique permet à Jeremy d’accepter fièrement sa part de féminité, ce qui n’a pas toujours été le cas. Il construit Erika “la féminine, avec sa part de masculinité.”
Lors de sa participation au Concours ES mode, à la Piscine de Roubaix, Jeremy décide d’aborder le thème de la virilité toxique. Il réalise son défilé en costume d’homme d’affaire qui porte un drap orné d’un énorme démon sur ses épaules. Durant le show, il fait tomber le drap et se découvre en drag, habillé(e) d’une tenue déstructurée aux allures d’armure. Son message : la représentation de la masculinité toxique. Il dénonce une société hétéronormée obligeant l’individu à rentrer dans les cases du genre. “La communauté queer, c’est tout le monde, c’est la communauté de l’humain.” Sur scène, il dit fièrement : “Regardez comme c’est beau ce que je suis, qui nous sommes.”

Entre expériences et succès, Erika trouve désormais sa place aux côtés des plus grandes stars du drag français comme Nicky Doll sur un lipsync endiablé lors de la tournée Drag Race France Saison 3 au Théâtre Sébastopol. On peut aussi la retrouver au Slalom lors du Star Show de Star Girl, ou encore au Super Bowl à Amsterdam.
D’autres aventures sont en préparation, notamment le lancement d’une soirée Fashion Week d’upcycling. Erika nous présentera sa mini collection capsule : “J’ai envie de créer quelque chose qui me ressemble.” Sa ligne de vêtements non-genrée sera inspirée du Taylorisme et des musiques de l’autrice-compositrice américaine Doechii. Un évènement central dans le parcours de Jeremy, qui vogue entre rêves et talents.
