L’Exposition de Louis Odt : l’itinéraire d’un passionné de rap américain
Louis Oudart, jeune Lillois de 22 ans présentait ce jeudi 12 mars sa première exposition dans sa ville d’origine. C’est dans le quartier de Moulins au troisième étage du Flow que l’artiste s’est installé pour 4 mois de résidence.
Avec une esthétique singulière représentant des rappeurs américains au coeur de leurs quartiers, le jeune artiste produit des œuvres qui se nourrissent de nombreuses influences. Pour accompagner son travail Louis Odt faisait salle commune avec Blast Mafia, un collectif de DJ qui performe régulièrement au Flow. La playlist s’intégrait parfaitement avec l’exposition du Lillois, au programme les morceaux en vogue du rap underground ainsi qu’une grande série de classiques de la trap.
Des œuvres qui illustrent la vie des rappeurs
Les toiles de Louis Odt se forment par un assemblage minutieux de photos, il confie que la recherche de ces images lui prend la majeure partie de son temps. Cette accroche au réel et ce sens du détail lui permet de retranscrire le quotidien de rappeurs comme Chief Keef qui du jour au lendemain ont quitté la misère de leur quartier pour se retrouver dans les luxueuses villas de l’ouest américain. C’est ce que l’on constate dans « Life of a glo boy ». Placé au centre le rappeur de Chicago opère la séparation entre son passé dans le quartier d’O’block et son présent idyllique baigné dans l’argent. Le contraste est saisissant. À droite les couleurs sont sombres les bâtiments sont délabrés, une carcasse de voiture est en feu, des hyènes errent dans les rues. À gauche les couleurs sont vives les hyènes sont remplacées par un paon et un flamant rose, en arrière-plan on observe la sublime villa californienne du rappeur.
Des détails sont frappants, dans le jardin de Chief Keef on remarque des pierres tombales qui sont celles de ses amis de longue date. L’artiste a perdu durant ses années de succès son cousin Fredo Santana emporté par une overdose de fentanyl en 2018, et également son ami Capo tué par balles en 2015. À droite de la toile, le flamant rose boit un verre de lean, cette drogue à base de codéine occupe une place importante dans le milieu du rap. Cela soulève un paradoxe. Il est vrai que les artistes issus de gangs comme Chief Keef ont vu leur niveau de vie s’améliorer. Cependant les addictions sont toujours là, les traumatismes de jeunesse couplés à la pression sociale d’une notoriété soudaine poussent certain à s’enivrer dans les paradis artificiels.
S’aventurer outre-Atlantique
Louis Odt a eu l’occasion de se rendre sur les terres des artistes qui l’inspirent : “Je suis allé quatre fois à New York. J’ai vécu pendant plus d’un an et demi là-bas, j’ai connecté des artistes qui étaient en studio, j’ai fait des expos. Je me suis vraiment immiscé dans la vie à New York, mon objectif c’est de vivre là-bas. Dans ma chambre j’ai des posters de la ville depuis que j’ai 6 ans.” Le Lillois est reconnu pour ses covers d’albums, un format qui lui permet d’être un acteur à part entière dans l’industrie du rap US. Louis entretient un réseau qui l’ouvre à certaines opportunités. En août dernier, il réalise la cover du dernier projet de Glokk40Spaz. Il explique que c’est le manager du rappeur émergent d’Atlanta qui l’a contacté : « Il m’a directement contacté sur Instagram, j’avais déjà travaillé pour des artistes en lien avec Glokk, il a kiffé et il m’a demandé. »
Louis Oudart sait comment mettre en valeur ses covers auprès de ses clients. En novembre 2024, il réalise la pochette de Zombie Love Kensington Paradise de Skrilla. Trois mois plus tard, chez lui à Philadelphie, le rappeur pose fièrement avec le cadre customisé de la cover. Ce même cadre était exposé jeudi soir au Flow, Louis Odt a la volonté de donner une autre dimension à ses covers : « J’aime bien faire un mix entre le numérique et le physique, mais j’essaie de sortir du coté ordi pour faire des œuvres réelles. » L’esthétique du Lillois est également plébiscitée en France, il a travaillé pour Zequin et Gapman qui eux-aussi s’inspirent de l’outre-Atlantique.
S’entourer des bonnes personnes
Louis Oudart arrive à vivre de son art. Dans le cas de sa résidence au Flow c’est la municipalité de Lille qui est à l’initiative : “la ville de Lille m’a donné un billet pour acheter du matériel expérimenté, et ils m’ont mis à disposition l’atelier. Et j’ai rien demandé à personne.” L’ancien étudiant en art est très critique à l’égard de son cursus, « Il ne faut pas se fier aux institutions. J’étais en école d’art, et tout ce qu’elle m’a appris c’est de rester dans des cases. Si tu veux expérimenter, expérimente et entoure-toi de bonnes personnes. »

Parmi ces « bonnes personnes », il y a son frère Adrien qui en parallèle de ses propres projets, lui apporte une aide pour les photos et les vidéos. Louis Odt s’est connecté avec d’autres passionnés “Il y a mon pote Svhaine Alvarez qui a fait les Armes”, formées par des centaines de petites figurines de soldats, celles-ci étaient accrochées au plafond de la salle d’exposition. Ajoutez à cela le rythme du son de Blast Mafia, ce jeudi 12 mars le troisième étage du bâtiment s’est métamorphosé en temple du rap américain le temps d’une soirée.
Louis Odt aura l’occasion de clôturer sa résidence au sein du centre des cultures urbaines fin avril avec une exposition d’une semaine.
