Eric Skyronka est réélu président de la Métropole Européenne de Lille
Ce vendredi 10 avril 2026, le conseil métropolitain a élu son président pour le mandat à venir. Eric Skyronka, maire de Sailly-lez-Lannoy et candidat à sa réélection, a largement remporté le “troisième tour” des municipales. Plus d’1 200 000 habitants du département du Nord sont concernés.
La 4ème métropole de France est ce soir pleinement dirigée par Eric Skyronka, candidat à sa propre réélection, en poste depuis le début de l’année. La majorité “technique” métropoliatine sortante, ralliant la gauche de Martine Aubry et la droite de Gérald Darmanin, remporte ce scrutin avec 86,7% des voix, soit 138 bulletins sur les 159 exprimés.
Eric Skyronka a été désigné successeur de Damien Castelain, lorsque ce dernier a été condamné et rendu inéligible en décembre 2025 par la Cour d’appel de Douai, pour détournement de fonds publics et des soupçons de favoritisme lors du choix d’une “conseillère spéciale”. Une situation qui semblait faire les affaires de l’actuel ministre de la Justice, envieux de la présidence de la MEL depuis 2014. Au vu de sa personnalité jugée “clivante” par certains maires de la métropole, il a finalement été écarté au profit de l’édile de Sailly-lez-Lannoy.
Les groupes politiques de la métropole évoluent peu, outre la création du groupe “Métropole Insoumise Écologiste et Solidaire” (MIES) et ses 21 élus. L’un des groupes de droite – “Métropole Passions Communes” (MPC), auquel est affilié Eric Skyronka, reste le plus important avec plus de 60 conseillers. Le groupe souhaite renforcer l’attractivité du territoire métropolitain en facilitant l’implantation d’entreprises. La majorité des membres MPC sont des maires et élus de villages de moins de 10 000 habitants, excepté pour Tourcoing (100 000 habitants), aux mains de Doriane Bécue (DVD) et fief de Gérald Darmanin. Les autres grandes villes de la MEL sont à l’inverse dirigées par des coalitions de gauche.

Une seule candidature dissidente
Le nouveau maire de Roubaix David Guiraud (LFI), déplore lors de sa première prise de parole dans l’hémicycle un “choix politique” d’exclure son parti de la gouvernance technique de la métropole, qui était jusqu’à présent la norme. Il dénonce une équipe majoritaire qui met la “3ème voire 2ème ville” en dehors du principal organe de prise de décision de la MEL. La ville de Villeneuve d’Ascq – dont le nouveau maire est Sylvain Estager (DVG), 4e ville de l’agglomération, est elle aussi exclue de la gouvernance de la MEL.
La France insoumise (LFI) augmente le nombre de ses conseillers métropolitains avec une victoire à Roubaix et son arrivée dans les conseils municipaux de Lille, Tourcoing et Villeneuve d’Ascq. Jusqu’alors, Patrick Proisy représentait le mouvement à l’assemblée métropolitaine. Il n’a cependant pas été réélu maire de Faches-Thumesnil.
La percée électorale aux élections municipales n’aura pas suffi pour remporter la présidence de l’exécutif métropolitain. La liste emmenée par Lahouaria Addouche (LFI) – elle-même vaincue à Lille par l’alliance des socialistes et écologistes, récolte un peu plus de 13% des votants de “l’Assemblée délibérative” de la MEL.
La nouvelle municipalité lilloise divisée
Arnaud Deslandes, maire de Lille et soutient d’Eric Skyronka, a été élu 6ème adjoint. Les écologistes, emmenés par Stéphane Baly et alliés du Parti socialiste au sein de l’exécutif lillois, resteront toutefois dans l’opposition à l’échelle de la métropole. Réunis sous l’étiquette Métropole Écologiste Citoyenne et Solidaire (MECS) – groupe présidé par Pauline Ségard, battue à Villeneuve d’Ascq – ont voté blanc et accusent un manque de volonté de fédérer de la part des deux candidats en lice.
Des tensions apparaissent d’ores et déjà entre la cheffe du groupe écologiste et le président de la métropole. Ce dernier déclarant que le tracé du futur tramway et les implantations de nouvelles piscines ne seront pas remis en question. Ce sont des sujets pourtant sensibles aux élus du parti de Marine Tondelier, au regard de leurs six ans passés dans l’opposition métropolitaine et municipale de Lille, couplés à une campagne 2026 “de rupture”. Les concessions obtenues au second tour, qui ont justifié la fusion avec le PS pour la conquête du Beffroi de Lille, sont donc mal engagées.
Le choix de la continuité renouvelée ?
Le conseil métropolitain et ses 188 conseillers décident des grandes orientations politiques des communes composantes, pour faciliter la coordination sur le territoire de la capitale des Flandres et de ses environs. Les compétences de ce maillon administratif englobe la collecte des déchets, le système d’eau (Iléo), les transports (Ilévia) et plus généralement l’aménagement du territoire et l’urbanisme (comme la feuille de route du plan local d’urbanisme dit PLU).
La métropole a un budget de plus de 2.400.00.000 euros par an, soit plus de 5 fois l’enveloppe allouée à la ville de Lille. Le rôle et le fonctionnement de la MEL sont mal identifiés par les métropolitains. Cela s’explique d’abord par un vote au suffrage universel indirect, qui invisibilise de facto le conseil et ses élus métropolitains. Une situation qui confère aux maires une position ascendante où l’intercommunalité est reléguée au second plan, souvent absente des programmes des candidats aux mairies. Pourtant, la métropole pèse plus lourd dans de nombreux domaines de prise de décisions. Une fois l’échéance municipale passée, il est coutume de trouver des compromis avec ses collègues des villes voisines, sans amplement communiquer.
S’ajoute à cela la sur-représentation des petites villes au détriment des grands pôles urbains de Lille, Roubaix, Tourcoing et Villeneuve d’Ascq. Les petites communes ont à minima un représentant. Pour une ville comme celle du président élu, cela représente un conseiller pour 1.900 habitants. La ville centre (238.000 lillois) a quant-à-elle un maximum de 33 représentants, soit un élu pour 7 300 habitants.
Les 95 communes du regroupement urbain vont dans le sens de la continuité avec une envie de renouvellement affichée de la part du vainqueur : “J’adresse aux métropolitains un message de confiance et je sûr de la qualité des élus qui m’entourent.” L’inéligibilité et la condamnation en décembre 2025 de l’ancien président Damien Castelain est encore dans tous les esprits.
