Ary Abittan à Lille : #NousToutes appelle à la mobilisation
À l’initiative du collectif #NousToutes, une poignée de militantes se sont réunies samedi 17 janvier en prévision de leur rassemblement devant le Casino Barrière Lille le 25 janvier. Elles s’opposent contre la très controversée venue d’Ary Abittan pour son spectacle Authentique.
C’est dans une petite salle du bar coopératif Les Sarrazins à Wazemmes que des femmes de tout âge se sont réunies ce samedi 17 janvier. Dans cet espace restreint où les marqueurs et tubes de peintures violettes, rouges et noirs circulent de table en table, l’ambiance est joyeuse. Chacune s’applique à trouver un slogan, celui qui traduira au mieux l’indignation et qui sera fièrement porté une semaine plus tard, ce dimanche, devant la salle où jouera l’humoriste Ary Abittan. Sara cogite, par exemple, avec son amie Laurie, pour trouver la phrase choc comprenant le mot « Brigitte » à inscrire sur sa pancarte. Cette Lilloise de 43 ans se dit profondément révoltée par les propos tenus par Brigitte Macron en décembre dernier. Pour rappel, cette dernière avait qualifié les militantes féministes ayant perturbé le spectacle d’Ary Abittan aux Folies Bergère de « sales connes ». Sara cherche ainsi à interpeller directement la Première dame dont les mots ont déclenché en elle un véritable électrochoc. Elle explique vouloir s’engager depuis longtemps, mais c’est finalement cet événement qui l’a poussée à passer à l’acte.
L’école comme premier terrain de lutte féministe
Laurie partage avec Sara une trajectoire similaire. Cette enseignante de 37 ans propose depuis quelques années à ses collégiens un cours d’histoire du genre, mais aujourd’hui elle veut poursuivre son action sur le terrain. Parmi les femmes présentes à l’atelier, Laurie n’est pas la seule à avoir débuté son militantisme sur les bancs de l’école.
Assise par terre, entourée de bouts de cartons qui jonchent le sol, Manon est convaincue du rôle central de l’école dans la déconstruction d’un système qui ignore encore largement les voix des femmes. L’assistante d’éducation s’engage aujourd’hui pour la première fois avec #NousToutes après avoir vu le succès de ses actions de sensibilisation menées auprès des élèves de son lycée avec l’aide du collectif. Aurélie, la maman d’Agathe, 5 ans, se bat également pour les générations futures. En amenant sa fille à cet atelier, elle espère notamment lui transmettre des valeurs féministes.

Militante #NousToutes Lille à l’atelier du 17/01/26 © Lucie Delvoye / Pépère News
La force du collectif
Un discours revient, sur la nécessité d’être ici, ensemble. Pour Flo, 57 ans, la question n’est pas de savoir pourquoi elle est là mais ce qui pourrait bien justifier qu’elle n’y serait pas. Elle ne se voit pas ne pas se mobiliser pour défendre la cause des femmes, qu’elle qualifie « d’humaniste ». Cet atelier a une dimension particulière pour chacune de ces femmes. Alexia le voit comme un moyen de « se donner de la force pour combattre la culture du viol ». L’ambiance joyeuse apportée par les autres femmes engagées qui l’entourent lui donne de l’énergie. Elles sont plusieurs à évoquer la nécessité de ce rassemblement physique. Sara avoue : « je n’ose pas répondre [aux commentaires sexistes] sur les réseaux sociaux, mais là, le collectif me donne de la force ». Apolline partage cette idée. Depuis un an elle s’engage dans des associations pour donner de la force aux initiatives. Elle trouve « plus de sens et de portée à travailler ensemble ». Alexia quant à elle, se dit angoissée par les réseaux sociaux : « ils me plombent, alors qu’ici je passe un bon moment même si le sujet est triste ». La militante de 27 ans voit le rassemblement comme un moyen de reprendre le pouvoir, se donner la force de se battre et de lutter.

Rendez-vous le 25 janvier
Si l’atelier se déroule le 17 janvier, c’est bien la date du 25 janvier que les militantes ont toutes en perspective. En effet, le collectif #NousToutes s’était déjà mobilisé l’an passé lorsque Ary Abittan jouait au théâtre Sébastopol. Naturellement, il redemande alors cette année « par respect pour toutes les victimes de violences sexuelles » la déprogrammation du spectacle Authentique. Dans le mail adressé au Casino Barrière, qui n’a suscité aucune réponse, les activistes estiment que la structure a « un rôle à jouer contre la culture du viol » et se doit de « montrer l’exemple et contribuer à une société plus solidaire ».
Dans la bouche de chaque Lilloise présente aux Sarrazins ce samedi-là, les soutiens vont aux victimes. Elles se retrouveront donc ce dimanche 25 janvier devant le Casino Barrière et espèrent pouvoir se faire entendre.
