En lecture
Lille : le grand débat des municipales lance officiellement la campagne

Lille : le grand débat des municipales lance officiellement la campagne

Cinq candidats à la mairie de Lille ont débattu pendant plus de deux heures face à 350 citoyens, dans la salle du Gymnase. Photo : Alexandre Van Assche/Pépère News

À deux mois des élections municipales, cinq candidats à la mairie de Lille se sont affrontés pendant plus de deux heures au Gymnase, place Sébastopol, ce mercredi 21 janvier. Ils participaient à un grand débat autour des enjeux locaux, organisé par À vos bancs et le Parlement des étudiants de Lille, deux associations étudiantes qui avaient à cœur de promouvoir le débat démocratique. Un évènement très attendu par les Lillois comme par les politiques.

“N’essayez pas de me censurer déjà !” plaisante la candidate insoumise Lahouaria Addouche en ouverture de la soirée, alors que son micro refuse de fonctionner. Après quelques réglages techniques, l’incident est vite oublié et deux jeunes représentants du Parlement des étudiants de Lille et de l’association politique À vos bancs inaugurent le débat face à quelque 350 personnes. Le mythique Gymnase leur a été prêté par la municipalité. Ces temps-ci, l’endroit est hautement politique, ayant récemment accueilli les meetings des Républicains avec Bruno Retailleau et de La France Insoumise avec l’eurodéputée Manon Aubry.

Les étudiants Nail Oural et Lylou Castro ont présenté le débat et interrogé les candidats et arbitré le débat. Photo : Alexandre Van Assche/Pépère News
Les étudiants Nail Oural et Lylou Castro ont présenté le débat et interrogé les candidats. Photo : Alexandre Van Assche/Pépère News

Pour ce premier grand débat des municipales lilloises, cinq candidats étaient invités : Lahouaria Addouche (La France insoumise), Louis Delemer (Les Républicains), Arnaud Deslandes (Parti socialiste), Violette Spillebout (Renaissance) et Stéphane Baly (Les Écologistes). L’absence du candidat du Rassemblement national, Matthieu Valet, n’est pas passée inaperçue. Les organisateurs expliquent qu’il a déclaré sa candidature trop tardivement, alors que l’événement était déjà programmé. Une absence saluée par Stéphane Baly, qui affirme s’être engagé en politique pour “contrer l’extrême droite”, qu’il considère “non-républicaine”.

Avant d’entrer dans le cœur des échanges, chaque candidat dispose d’un propos introductif afin de fixer sa priorité pour Lille : Louis Delemer et Violette Spillebout citent la sécurité, tandis que Lahouaria Addouche et Arnaud Deslandes évoquent le logement. Ces deux thèmes ont par la suite été largement débattus, tout comme la jeunesse, la transition écologique, les mobilités et la gouvernance locale.

Logement, sécurité et environnement au cœur du débat

La crise du logement s’impose rapidement comme l’un des points de convergence du débat. Selon l’Agence de développement et d’urbanisme de Lille Métropole, plus de 60 000 demandes de logements sociaux ont été enregistrées en 2022, pour seulement 10 000 attributions. Dans le même temps, la ville compte près de 4 000 personnes sans abris. Un constat alarmant, partagé par l’ensemble des candidats. Le sans-abrisme tue” assène l’insoumise Lahouaria Addouche, qui plaide pour la réquisition des nombreux bureaux vacants de la métropole afin de les transformer en logements sociaux ; une proposition également défendue par Stéphane Baly.

Sur le terrain de la sécurité, le ton monte. Le problème est lié au narcotrafic, qui vient de Rotterdam ou d’Anvers » avance Arnaud Deslandes, regrettant le manque de soutien des gouvernements successifs dans la lutte contre ce phénomène. Violette Spillebout rétorque : Quand on est maire de Lille, on ne peut pas se défausser sur les gouvernements.” La candidate-députée défend l’extension de la vidéoprotection à l’ensemble de la ville ainsi que l’armement létal de la police municipale – c’est-à-dire le port d’armes à feu. L’échange se tend lorsque l’insoumise dénonce la logique répressive des forces de l’ordre. La violence, elle ne vient pas des policiers !” lui répond Louis Delemer. Aujourd’hui dotée de 196 policiers municipaux, Lille pourrait voir ses effectifs renforcés en cas de victoire des socialistes, écologistes, centristes ou républicains.

Plusieurs candidats critiquent les nombreuses années de règne socialiste à Lille, tandis que l'actuel maire Arnaud Deslandes dit assumer son bilan. Photo : Alexandre Van Assche/Pépère News
Plusieurs candidats critiquent les nombreuses années de règne socialiste à Lille, tandis que l’actuel maire Arnaud Deslandes dit assumer son bilan. Photo : Alexandre Van Assche / Pépère News

L’environnement constitue un autre temps fort du débat ; un domaine que connaît bien Stéphane Baly. Certains vont devoir rendre des comptes” lance-t-il à propos de la récente suppression des Zones à faibles émissions (ZFE) par le Parlement, qui limitaient l’accès des véhicules les plus anciens et polluants à certains secteurs urbains. Le candidat salue la récente piétonisation de la Grand’Place et propose de l’étendre à d’autres quartiers de Lille. De son côté, Arnaud Deslandes souhaite “continuer le travail effectué sur les pistes cyclables” et transformer 70 nouvelles rues, afin de “garantir une commune vivable en 2050”. Comme Lahouaria Addouche, il propose la gratuité des transports en commun. À l’inverse, Louis Delemer défend le stationnement gratuit pour l’ensemble des Lillois.

Des échanges animés sur la question de la gouvernance locale

Que serait une campagne électorale sans ses traditionnelles passes d’armes partisanes ? Violette Spillebout dénonce un “manque d’écoute des citoyens” de la part de l’actuelle majorité socialiste. En cas d’élection, elle souhaite que les Lillois puissent interroger directement le conseil municipal sur les sujets qui les concernent. Stéphane Baly attaque, lui aussi, le maire sortant Arnaud Deslandes, l’accusant de mépris envers différentes associations environnementales lors d’un débat organisé la semaine précédente à Sciences Po Lille.

Violette Spillebout est candidate pour la seconde fois aux municipales. En 2020, elle avait obtenu 20.6% des voix au second tour. Photo : Alexandre Van Assche/Pépère News
Violette Spillebout est candidate pour la seconde fois aux municipales. En 2020, elle avait obtenu 20.6% des voix au second tour. Photo : Alexandre Van Assche/Pépère News

Une déclaration de la candidate Renaissance ne passe pas inaperçue. Violette Spillebout confie avoir proposé une alliance de second tour avec l’écologiste S. Baly aux municipales de 2020. Il y a quelques semaines, changement d’orientation : c’est au président des Républicains Bruno Retailleau qu’elle proposait une alliance, afin que Louis Delemer la rejoigne. Une posture vivement critiquée par ses adversaires, qui dénoncent un opportunisme politique. Violette Spillebout se défend, affirmant vouloir parler au plus grand nombre et être une maire qui confiera des responsabilités aux groupes d’opposition”. Pour l’heure, aucune union entre Renaissance et Les Républicains n’est prévue à Lille, contrairement à d’autres municipalités. À Lyon par exemple, les deux camps soutiennent conjointement la candidature de Jean-Michel Aulas.

La question de la gouvernance locale est abordée en fin de débat. Arnaud Deslandes veut penser un forum d’initiative citoyenne” sans toutefois en détailler les modalités. Lahouaria Addouche va plus loin et plaide pour la mise en place d’un référendum révocatoire. Une fois élus, les membres de notre liste signeront une charte et s’engageront à respecter le résultat de ces votations”, développe-t-elle. Une proposition surprenante qui ne tiendrait qu’à la bonne volonté des élus, la procédure de révocation n’étant pas constitutionnellement prévue en France.

Les candidats interpellés par les Lillois

En fin de soirée, la parole est donnée au public. Un habitant interpelle Arnaud Deslandes sur la politique nationale. Deux jours plus tôt, le gouvernement de Sébastien Lecornu annonçait le recours à l’article 49.3 afin d’imposer le budget 2026 de l’État, ouvrant la voie à des motions de censure du RN et de LFI. Ce n’est pas un bon budget. Néanmoins, je pense que le Parti socialiste a été utile aux Français [dans les débats]” répond le successeur socialiste de Martine Aubry, appelant à ne pas censurer le gouvernement.

Maxence, étudiant lillois ému par la récente agression survenue au centre culturel libertaire, a souhaité interpeller les candidats sur leurs propositions culturelles. Stéphane Baly répond en proposant la gratuité de tous les musées pour les Lillois, Hellemmois et Lommois, ainsi que la création d’une grande bibliothèque municipale. Louis Delemer défend l’élargissement des horaires d’ouverture des médiathèques et la création d’un grand concert annuel avec des artistes populaires”, tout en questionnant la pérennité de l’événement Lille 3000, jugé trop coûteux. 

Pour les organisateurs, spectateurs et candidats, ce débat est un succès. L’objectif était de promouvoir le débat démocratique et de permettre à chaque personne, quelque soit ses convictions, de s’exprimer”, témoigne Jonatan Gardin, président du Parlement des étudiants de Lille. C’était le premier débat d’une longue série. Stéphane Baly nous montre son agenda déjà bien rempli : d’autres confrontations sont prévues avant le 15 mars, date du premier tour des élections municipales.

Quelle est votre réaction ?
J'adore !
14
J'ai hâte !
0
Joyeux
0
MDR
0
Mmm...
0
Triste...
0
Wow !
0

Auteur/Autrice

Voir les commentaires (0)

Répondre

Votre adresse Email ne sera pas publié

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.