Promis le ciel : la promesse d’une immigration racontée différemment
Du 21 au 27 janvier, le festival Télérama proposait de voir ou revoir en salle les meilleurs films de l’année ainsi que sept longs-métrages à découvrir en avant-première. Parmi ces derniers, Promis le ciel s’impose. Présenté à Cannes en ouverture de la sélection Un certain regard, il offre le portrait touchant de femmes se battant pour leur avenir.
Le troisième long-métrage d’Erige Sehiri joue sur plusieurs registres. Il flirte parfois avec l’illusion documentaire afin de brosser le portrait de trois femmes ivoiriennes exilées en Tunisie. Dans le film, Marie, une « maman pasteur » héberge Jolie, une jeune étudiante en ingénierie, Naney, une mère en quête d’un avenir séparée de sa fille depuis trois ans et Kenza, une enfant de quatre ans ayant survécu à un naufrage. Ces femmes, amenées à vivre ensemble, doivent surmonter les menaces d’un pays à leur poursuite.
La confirmation d’une cinéaste
Avec Promis le ciel, Erige Sehiri confirme avec talent la singularité de son regard. Celle, qui avait débuté sa carrière par la voie documentaire avec son court-métrage Le Facebook de mon père puis son long-métrage La Voie normale, exploite ses talents de documentariste en fiction. La cinéaste, habituée du Festival de Cannes où elle avait présenté en 2022 Sous les figues, son premier film fictionnel, frappe une nouvelle fois fort en s’attaquant à un sujet hautement inflammable : l’immigration.

Un certain regard… sur l’immigration
Dans un contexte de stigmatisation croissante de l’immigration en Europe, Erige Sehiri offre une nouvelle vision moins occidentale de cette dernière. Elle déplace le point de vue et prend le temps de capter les destins de trois femmes en exil. La cinéaste éclaire notamment sur la migration interne au continent africain, un sujet encore largement ignoré. Mais elle montre également que l’immigration divise partout, y compris en Tunisie entre ceux qui sont désignés comme étant Africains (c’est-à-dire venant d’Afrique subsaharienne) et les Tunisiens. La cinéaste, qui considère que son travail se doit de « rendre visibles les invisibles » explique à ce sujet dans un entretien : « On oublie souvent que la grande majorité des migrants africains, environ 80%, se déplacent à l’intérieur du continent. Seuls 20% d’entre eux migrent vers l’Europe ».
La mise en scène s’attache quant à elle à filmer les personnages avec simplicité. Une illusion quasi documentaire flotte au-dessus du film qui n’hésite pas à capter les échanges des personnages lors de scènes banales dans un supermarché ou pendant le bain de Kenza par exemple. La caméra, souvent proche des protagonistes en les filmant en gros plan ou de dos entend laisser la place nécessaire à ces personnages pour s’exprimer.

Des portraits croisés de femmes
Promis le ciel se démarque par la force de ses personnages féminins complexes endosées par un remarquable trio d’actrices. Aïssa Maïga, dans le rôle d’une pasteur, confirme son statut de grande actrice capable de jouer la nuance d’une femme à la fois dévouée à son Église et dévorée par l’égoïsme. Laetitia Ky interprète une jeune étudiante qui apprend à grandir dans un pays qui ne veut pas d’elle avec cette drôle de famille recomposée. Mais la révélation du film est Deborah Christelle Lobe Naney qui incarne avec force et sensibilité une Ivoirienne sans papier en quête d’avenir, tiraillée entre l’abandon de sa fille et l’envie d’avancer, de s’en sortir. Ce rôle de battante, d’une femme qui multiplie les combines afin d’accéder à une vie meilleure et qui révèle peu à peu sa désillusion, marque profondément.
Promis le ciel est à retrouver en avant-première au festival Télérama du 21 au 27 janvier 2026 et sortira en salles le 28 janvier.
