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Love Me Tender : la violence du système face à la maternité lesbienne

Love Me Tender : la violence du système face à la maternité lesbienne

Vicky Krieps et Viggo Ferreida-Redier dans Love Me Tender

2025 était-elle l’année de la consécration du cinéma lesbien à Cannes? Après la représentation de la difficile conciliation entre homosexualité et foi musulmane dans La Petite Dernière d’Hafsia Herzi, c’est celle entre lesbianisme et maternité qui est abordée dans Love Me Tender.

Peut-on tout quitter : son mari, sa carrière d’avocate, sa vie bourgeoise, afin de devenir une écrivaine qui ne cache plus son homosexualité ? D’après l’autofiction de Constance Debré dont est issu le long-métrage, cela ne se fait pas sans en payer un certain prix. Constance, devenue Clémence dans le film d’Anna Cazenave Cambet, a radicalement changé de mode de vie. Pendant trois ans, les relations avec son ex-mari se passent bien. Chacun a la garde de leur fils une semaine sur deux. Mais l’annonce survient. Clémence révèle en toute simplicité au père de son fils, Laurent, qu’elle est passée aux filles.

La maternité lesbienne mise en accusation

Si la réaction de Laurent peut faire sourire au départ, la portée de cette déclaration dans l’histoire provoque au contraire une forte indignation et une immense incompréhension. Comment l’homosexualité peut-elle encore être instrumentalisée, associée à la pédophilie et à une maladie afin de retirer à une mère la garde de son fils ? Clémence se retrouve pourtant confrontée à la violence d’un homme et d’un système qui refusent la conciliation entre maternité et lesbianisme. Débute alors un long combat, celui de devoir prouver sans cesse qu’elle n’abandonne pas son rôle de mère afin d’espérer pouvoir le récupérer, pouvoir revoir son fils.

Vicky Krieps et Antoine Reinartz dans Love Me Tender
Vicky Krieps dans le rôle de Clémence et Antoine Reinartz dans celui de Laurent © Tandem Films

Un personnage rare dans le cinéma français

Une des forces principales de Love Me Tender se trouve en son personnage principal complexe et habituellement peu représenté à l’écran. En effet, Clémence est d’emblée présentée comme une lesbienne à l’aise avec sa sexualité libre. Puis, elle rappelle à son fils Paul qu’il n’est pas seulement le fils de Cléopâtre et Dark Vador mais avant tout “le fils de sa mère”. Anna Cazenave Cambet propose alors le portrait d’une femme qui n’est pas cantonnée au simple rôle de mère mais est apte à le concilier avec sa propre vie.

Monia Chokri et Vicky Krieps dans Love Me Tender
Vicky Krieps avec Monia Chokri qui brille dans un rôle secondaire © Tandem Films

Le bémol principal du film réside en sa durée excessivement longue (2 heures et 14 minutes) qui n’apporte pas grand-chose à l’œuvre mais la pénalise au contraire. Cependant, certaines scènes fortes font oublier une mise en scène qui cherche parfois trop à appuyer la liberté du personnage. Les premières retrouvailles entre mère et fils est en effet assez touchante puisqu’elle laisse, sans artifice, la possibilité à ses acteurs de s’exprimer pleinement. Vicky Krieps brille en effet dans ce rôle où elle oscille entre force et fragilité. Il faut aussi noter la performance d’Antoine Reinartz qui est parfaitement agaçant dans le rôle du père de Paul, tout comme celle de Monia Chokri qui, malgré son peu de temps à l’écran se révèle percutante et touchante.

Mention spéciale pour Monia Chokri

Si elle n’est que trop peu présente dans Love Me Tender, les plus cinéphiles auront cependant remarqué que l’actrice québécoise multiplie les apparitions dans les films lesbiens français. À la fois ex de Camille Cottin dans Les Enfants vont bien de Nathan Ambrosioni et femme d’Ella Rumpf dans Des Preuves d’amour d’Alice Douard, Monia Chokri est partout. Tel un fil invisible de tendresse et de douceur qui lie ces œuvres dont la diversité des représentations séduit.

Mais pour revenir à Love Me Tender, Anna Cazenave Cambet offre alors un film captivant malgré ses quelques défauts, qui illustre bien la situation de femmes qui, entravées par des hommes, doivent souvent faire face à un système complice.

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