Municipales : une (ré)élection ennuagée à Roubaix
À Roubaix, Guillaume Delbar a été définitivement condamné pour escroquerie en novembre 2025. Alexandre Garcin l’a depuis remplacé comme maire. Sa fonction est remise en jeu avec les élections municipales prévues ces 15 et 22 mars 2026. L’occasion de revenir sur la situation de la ville, dans l’ombre de Lille et concurrencée par Tourcoing, après 12 ans aux mains du centre-droit.
L’inéligibilité et la condamnation de Guillaume Delbar pour escroquerie entre 2015 et 2020 ont mis fin à son mandat de 11 ans à la tête de la deuxième plus grande ville du département du Nord. Élu en 2014 et réélu en 2020, l’ex-maire a tenté de changer la ville avec sa vision, porté par une équipe allant du centre à la droite. L’ex-troisième adjoint de Xavier Bertrand à la région est cependant resté limité dans son action en tant que maire du fait de la tutelle de la Métropole Européenne de Lille (MEL), dont certaines décisions prennent le pas sur celles des maires.
Ont été mises en place depuis 2014 près de 480 caméras de surveillance, pour le “renforcement de la sécurité en ville”. Entre 2020 et 2026, les axes qui servaient d’autoroutes à travers la ville ont été supprimés pour “apaiser” les rues et faciliter le déploiement de pistes cyclables, dans la foulée de l’arrivée des “V’Lille” dès 2011, à l’instar des autres grands centres urbains de la métropole.
Un accès à la culture est toujours au rendez-vous (musée de La Piscine, politique culturelle favorable aux tournages de films dans la ville, etc.). L’attractivité de la ville est là aussi un enjeu majeur que la majorité sortante sait mettre à son profit. Selon l’Insee, le nombre d’entreprises dans la ville a doublé en 10 ans, passant de 855 en 2014 à plus de 1.819 en 2024. Favoriser la pratique sportive et la lutte contre les dépôts sauvages figurent aussi comme étant le bilan que le maire-candidat souhaite mettre en avant. D’après son équipe, “la réorganisation des actions de propreté urbaine a permis de diminuer le nombre de dépôt de 20% entre 2020 et 2025”.
Un programme dans la continuité

Lorsque le conseil municipal élit à 37 voix sur 47 Alexandre Garcin en décembre dernier, l’intéressé déclare, après avoir fait l’éloge du mandat précédent – dont il a été adjoint à la transition écologique : “Ce mandat ser[a] tourné vers l’avenir, vers la construction collective et l’intérêt général, au service des habitants.” Sur le site de campagne Roubaix Ensemble figure le programme du candidat de centre-droit, avec “50 premières mesures concrètes”. D’emblée, le premier point abordé est celui de la sécurité et de la tranquillité. Pour ce faire, l’objectif est d’augmenter le nombre de caméras, de 480 aujourd’hui à 600 d’ici 2032, avec des patrouilles de la police 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Lorsque nous avons échangé avec la Roubaisienne Juliette*, elle nous a confié trouver que la ville avait changé et “que c’était autre chose avant”. “J’ai été agressée à deux reprises, pas loin de chez moi à proximité de la gare”. Toujours selon elle, “il y a du travail [ici à Roubaix], je viens de moins en moins dans le centre et je préfère Tourcoing.”
Dans sa vidéo d’officialisation de candidature, qui rassemble 30 vues sur YouTube et plus de 2.500 sur Instagram, le candidat fait état de son projet, dans le prolongement de son prédécesseur. On note une requalification de certaines grandes avenues, dont celle de Jean Lebas reliant la gare et l’hôtel de ville. La jeunesse et le sport occupent une importante place dans son programme, avec le financement à hauteur de 30 millions d’euros sur 6 ans de l’éducation primaire de la ville.
Une abstention record en 2020

Karine*, 49 ans, Roubaisienne depuis 2021 et qui habitait auparavant Lille, ne “se plaint pas” de l’action de la majorité sortante, mais n’ira pas voter à la prochaine échéance électorale de mars. Elle souhaiterait une “politique favorable aux jeunes, étudiants ou jeunes chercheurs d’emplois, et pour les retraités”.
Au premier tour des municipales en 2014, la ville a enregistré une abstention de 61 %, et a même enregistré un record de désaveu des urnes de 77 % lors du scrutin de 2020, affecté par la pandémie de Covid-19. La Voix du Nord note toutefois une hausse du nombre d’inscrits sur les listes électorales, passant de 46 265 inscrits en 2020 à plus de 49 000 à la mi-février 2026. Cet engouement pourrait être synonyme d’une participation en hausse et d’un résultat encore plus incertain au soir du premier tour.
La ville est d’une année sur l’autre désignée comme “la plus pauvre de France”, où 46% de la population vit sous le seuil de pauvreté selon l’Observatoire des inégalités (données de 2024). “J’ai déjà été victime de discriminations, comme on m’a par exemple refusé un emploi dans Lille car à Roubaix nous sommes des “cas sociaux”, alors qu’ici ce n’est pas pire qu’ailleurs” nous explique Karine.
Une élection cruciale qui divise

Alexandre Garcin fait face à quatre listes de gauche, dont celles de David Guiraud (LFI) et de Karim Amrouni (PS-EELV-PCF-PP) qui sont en guerre ouverte pour incarner l’alternance, illustrée notamment lors du débat de BFM Grand Lille, diffusé le 12 février 2026. Un récent sondage Ifop pour La Voix du Nord positionne le candidat David Guiraud à 44%¹, devant la liste de la gauche hors-LFI à 23%, et Alexandre Garcin en troisième position à 18%. S’ajoute à cela la concurrence de Céline Sayah (RN), candidate de l’extrême droite, créditée de 12% au soir du premier tour.
La condamnation de Guillaume Delbar porte un coût non négligeable à la confiance des Roubaisiens envers la majorité sortante, et ne peut que renforcer l’opposition, toutefois divisée comme jamais autrefois. La question est de savoir si la condamnation de l’ex-maire, la connotation négative de “ville la plus pauvre de France” et le fort taux d’abstention d’antan seront demain un facteur de mobilisation massive de l’électorat pour cette élection qui, peu importe l’issue, est au cœur d’enjeux sans pareils. Le Roubaix de demain sera-t-il incarné par le néo-maire de la majorité sortante Alexandre Garcin, par l’insoumis David Guiraud parachuté en 2022, par le divers gauche défait de l’élection de 2020 Karim Amrouni, ou par un autre candidat qui créerait la surprise ? Réponse les 15 et 22 mars prochains.
*Les noms ont été modifiés
¹Sondage Ifop pour La Voix du Nord et Nord éclair. Enquête réalisée par téléphone du 2 au 5 mars auprès de 601 électeurs roubaisiens. Question posée : “Si dimanche prochain devait se dérouler le premier tour des élections municipales pour élire votre maire ici à Roubaix, pour laquelle des listes suivantes y aurait-il le plus de chances que vous votiez ?”
