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“3, 2, 1, ça tourne” : plongée dans les coulisses du débat télévisé des municipales à Lille

“3, 2, 1, ça tourne” : plongée dans les coulisses du débat télévisé des municipales à Lille

Le plateau du débat des élections municipales à Lille, installé dans l'atrium de France 3 Nord-Pas-de-Calais. © Adrien Débias Saïd/Pépère News

Mercredi 04 mars, les principales têtes de liste aux élections municipales de Lille se sont réunies pour un débat, organisé par La Voix du Nord, ICI Nord et France 3. Au siège de France Télévisions, les six candidats se sont livrés pendant près de deux heures face aux caméras et au public, qui a également participé à l’échange en interpellant les politiques sur ses problématiques du quotidien. Reportage dans les coulisses.

La tension était palpable au sein de l’atrium de France 3 Nord-Pas-de-Calais, qui accueillait pour la première fois un grand débat des municipales. Léo Lemberton, directeur régional de France 3 Hauts-de-France, explique avoir choisi ce lieu pour raisons financières, mais pas que. “Dans un contexte où l’audiovisuel public est contesté et menacé, se dire que ce bâtiment appartient à tous les Français, ça avait du sens. C’est la maison du débat et d’accueil des citoyens” explique-t-il.

Dans un premier temps face aux journalistes de France 3, de la station ICI Nord et de La Voix du Nord, puis face à leurs électeurs, Lahouria Addouche (La France insoumise), Arnaud Deslandes (Parti socialiste), Stéphane Baly (Les Écologistes), Violette Spillebout (Renaissance), Louis Delemer (Les Républicains) et Matthieu Valet (Rassemblement national) ont livré bataille durant deux heures. Un mois et demi après leur premier débat au Gymnase, l’objectif reste le même : convaincre avant les élections des 15 et 22 mars.

Un débat préparé minutieusement depuis plusieurs mois

“Ce débat a nécessité une grosse organisation” explique Léo Lemberton. Depuis le mois d’octobre, les rédactions de La Voix du Nord, ICI Nord et France 3 Nord-Pas-de-Calais travaillent à la préparation de l’émission, pour choisir les présentateurs, sélectionner les Lillois qui poseront leurs questions aux candidats et obtenir des autorisations de la préfecture. Autre enjeu : le choix des thèmes abordés. Pour cela, on regarde dans les sondages quelles sont les priorités affichées par les Lillois explique Virna Sacchi, présentatrice du débat.

Lille compte neuf candidats au premier tour des municipales, mais seuls six ont été invités à l’événement. Comment l’expliquer ? Léo Lemberton évoque le cadre juridique fixé par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). Selon l’organisme, doit être invité un candidat ayant une surface politique importante, jouant un rôle important dans la vie locale ou dont le parti politique a réalisé un score important aux dernières élections. Sont de facto écartés Béryl Benyoucef du Parti des travailleurs, Pierre Madelain de Lutte ouvrière et Damien Scali du NPA-Révolutionnaires.

Pour les équipes techniques, comment gérer le direct ?

Au moment d’entrer en plateau, la concentration est forte, tant pour les candidats que pour les équipes en coulisses. Les politiques s’installent selon un emplacement tiré au sort, tandis que les techniciens effectuent quelques tests avant le top départ. Durant deux heures, les candidats débattent puis échangent avec les Lillois présents dans le public.

En coulisses, le débat nécessite la présence d’une cinquantaine de personnes pour assurer le bon déroulement de l’émission, selon Thomas Petitprez, réalisateur du débat. “On a les cadreurs, le réalisateur, le truquiste qui gère les enregistrements et les magnétos, la script, qui est un peu le chef d’orchestre, la régie… donc on doit être une trentaine à s’occuper juste de l’image” détaille-t-il avant d’ajouter : “Pour un débat, on a dix caméras, dont une grue, des caméras fixes et des caméras robotisées plus discrètes dirigées par la régie.”

En plus de la régie, de nombreuses personnes sont présentes sur le plateau pour s’occuper des lumières ou des caméras. © Adrien Débias Saïd/Pépère News

Cet important dispositif permet de capter et de montrer tous les détails et les réactions des candidats, même leurs signes non-verbaux, qu’ils font de manière instinctive lorsqu’ils sont attaqués. “La peur, la colère, la crainte sont très difficiles à contrôler. Du coup les candidats ont peur de laisser une faille transparaître aux candidats d’en face, mais aussi aux téléspectateurs. Sur ce genre de débat, c’est le nerf de la guerre” raconte Thomas Petitprez.

L’image est en effet particulièrement importante lors de ce type d’événement. Avant d’entrer sur le plateau, les candidats sont tous passés par le maquillage. “Ça les rassure. C’est un moment de tranquillité avant d’affronter les questions” explique Audrey, maquilleuse à France 3. “Comme il y a beaucoup de projecteurs, le maquillage permet d’éviter les brillances.”

Mener et arbitrer le débat : le rôle de présentatrice

Si l’exercice est éprouvant pour les équipes techniques en coulisses, il l’est également pour la présentatrice, en l’occurrence Virna Sacchi. Accompagnée successivement par Matthieu Delcroix, Hélène Tonneiller et Stéphane Barbereau, elle donne tour à tour la parole aux candidats. “L’objectif est qu’il y ait de la confrontation dans notre débat, parce que je trouve que parfois dans les débats télés, on a des monologues successifs, or c’est vraiment dans la confrontation qu’on mesure ce qui fait la différence dans les programmes” narre la journaliste de France 3.

Virna Sacchi et Matthieu Delcroix
Virna Sacchi et Matthieu Delcroix répètent leurs questions durant la pause. © Adrien Débias-Saïd/Pépère News

En plus de devoir interroger et calmer les candidats trop agressifs en plateau, à l’image de celui du RN repris à plusieurs reprises, Virna Sacchi doit également faire attention à leur temps de parole. Une tâche possible grâce au travail de la réalisation qui communique avec elle, durant l’émission. “En régie, chaque candidat est chronométré, du moment où il ouvre la bouche, au moment où il la ferme. Nous ne sommes pas sur un principe d’égalité mais d’équité, qui nous est imposé par l’Arcom, en fonction de la représentativité ou du dynamisme de la campagne de chaque candidat témoigne la présentatrice, avant de préciser : “Forcément le maire sortant se fait attaquer sur son bilan, donc il a un peu plus de temps de parole, sinon tout son temps s’épuiserait dans la défense de son bilan.”

En tant que journaliste, comment rester neutre et factuel ? Virna Sacchi nous répond :

Je ne sais pas si c’est le fruit de l’expérience ou si cela tient de ma personnalité, mais je n’ai jamais eu de problème avec la neutralité. Cela ne me pose aucun problème d’être impartiale… même si parfois, je vais laisser parler ma sensibilité sur certaines thématiques telles que le handicap, que je connais.” 

Après plus de deux heures d’échanges et de débat, les caméras s’éteignent, les candidats quittent le plateau et les équipes de l’organisation se retrouvent en régie pour un débriefing. Virna Sacchi se dit “un peu rincée” mais satisfaite de ce rendez-vous démocratique : “J’ai trouvé qu’il y avait du rythme et de la confrontation. J’ai vraiment apprécié la deuxième partie avec les questions du public. Cela permet d’être dans le quotidien concret des Lillois.” D’autres débats sont prévus par France 3 Nord-Pas-de-Calais d’ici au premier tour des municipales : le 9 mars pour Calais, et le 11 pour Roubaix.

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