Municipales à Lille : quelle stratégie pour Les Écologistes, six ans après avoir frôlé la victoire ?
Malgré leur slogan national “Tenez bon, nous arrivons”, les écologistes se font attendre. Défaits en 2014 et 2020, ils rêvent que la roue tourne pour s’installer, le 22 mars prochain, dans les mairies de Lille, Hellemmes et Lomme. Face à deux autres listes de gauche, ils doivent se réinventer pour que le “tsunami vert” de 2020 atteigne, en retard, le Nord.
“Un parfum de victoire flotte dans la salle du Gymnase” assure Marine Tondelier ce mercredi 11 mars à Lille. La secrétaire nationale des Écologistes est venue soutenir Stéphane Baly – “le candidat de l’alternance” – lors de son dernier meeting de campagne avant le premier tour, dimanche. L’objectif : mobiliser les foules et convaincre chaque Lillois. En 2020, l’élection au Beffroi s’était jouée à 227 voix près, en défaveur des écologistes.
Se faire voir pour avoir des voix
“Inconnus complets auprès des électeurs en 2020”, leur défaite les a induits à opter pour “une plus grande écoute” des habitants, selon Simon Jamelin, tête de liste à Hellemmes et co-président du groupe municipal. Les verts espèrent que la consultation des préoccupations locales faite l’année dernière, les tractages et porte-à-porte, la présence totale d’un quart de candidats non-adhérents du parti ou l’investissement des réseaux sociaux, les mèneront sur le toit des mairies.

“En 2020, il manquait à Stéphane Baly d’être connu et d’avoir rencontré beaucoup d’acteurs associatifs”, assure Julien Poix, tête de liste La France insoumise à l’époque, qui a depuis rejoint les écologistes. Un constat que partage le principal intéressé. Stéphane Baly explique avoir commencé sa campagne il y a deux ans. Depuis, entre 400 et 500 acteurs économiques, culturels ou sportifs ont été rencontrés pour “faire un diagnostic”. Ont suivi plusieurs mois d’échanges avec les Lillois, l’équipe écologiste leur demandant : “Si vous aviez une baguette magique, quelles seraient vos trois premières mesures ?”. Depuis novembre, quelque 250 militants font campagne avec une stratégie claire : celle du porte-à-porte. Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste et social à l’Assemblée nationale, venue mercredi dernier au meeting de Stéphane Baly, mobilise justement les militants. Elle sait que c’est “beaucoup leur en demander, mais que c’est ce qui fait tout” dans une élection où l’ancrage local est déterminant.
Les méthodes de campagne sauront-elles convaincre les électeurs ? Une chose est sûre, elles auront le mérite d’avoir changé les membres de l’équipe. Entrepreneuse à Lille et responsable associative, Nadjah Ouali est en quatrième position sur la liste Lille Demain, sans avoir rejoint Les Écologistes. Elle salue cette campagne qui “[l’a] vraiment changée, un peu, en bien”.
Bien plus qu’une simple écologie municipale
L’écologie reste évidemment l’un des piliers du programme de la liste Lille Demain portée par Stéphane Baly. Pour lui, “l’écologie, c’est partout” et concerne nombre de domaines : qualité de l’air, nourriture, transports ou logement. “Il n’y a pas une personne qui souhaite que la qualité de l’air soit dégradée dans sa ville, qu’il y ait moins de bio dans les cantines et que les transports ne fonctionnent pas” affirme-t-il. Leur programme a l’air de faire unanimité dans cette élection, comme le souligne le chef de file écologiste à Lille, puisque le PS et d’autres candidats, même à droite, partagent des mesures communes. Ils ont au cours du meeting critiqué les “volte-faces” du maire sortant Arnaud Deslandes, qui a piétonnisé la Grand’ Place, et qui souhaite désormais aussi la construction d’une médiathèque et rendre baignable le Quai du Wault.
Par ailleurs, le vert a laissé place au bleu, l’eau s’ajoutant à la terre, puisqu’en plus du Quai du Wault, les verts veulent remettre en eau certains canaux historiques, dont l’avenue du Peuple Belge. Toutefois, l’écologie n’est plus directement la priorité des électeurs pour les municipales prochaines. Ainsi, si “l’écologie est la grande priorité, pour convaincre il faut s’ouvrir à d’autres thèmes”, suggèrent les amoureux Blaise et Marion, dans le public. Solidarité, sécurité, logement, sont des thèmes au programme venus fortement concurrencer l’écologie. Un adhérent de Génération.s, prénommé Matthieu, constate que “dans le discours et les termes utilisés, il y a une dimension sociale qui est plus présente” comparé à il y a six ans.
Après la désunion au premier tour, quid du second ?
Dans plusieurs grandes villes françaises, des listes d’union de la gauche se sont constituées. Pourtant, à Lille, écologistes, insoumis et socialistes partent divisés, comme en 2014 et 2020. “Lille est un cas très singulier. C’est une ville socialiste où les écologistes sont dans l’opposition, car nous pensons que Lille a besoin d’autre chose” considère Marine Tondelier. Sur scène, Stéphane Baly appelle d’ailleurs à tourner la page de 70 ans de socialisme, tout en émettant des réserves quant à la crédibilité du projet insoumis : “Le programme de la candidate de La France insoumise sera-t-il finançable ?” s’interroge-t-il.

Marine Tondelier relativise toutefois cette situation, estimant que les chances de victoire de la droite à Lille sont faibles : “C’est un luxe”, glisse-t-elle. Pour Stéphane Baly, l’alliance se fait surtout dans des contextes plus menaçants pour la gauche : “Les listes d’alliance entre écologistes, socialistes et communistes sont présentées dans des exécutifs écologistes sortants face à une droite dure et réactionnaire, ou dans des villes de droite de façon à reconquérir la ville.” Autrement dit, Lille pourrait rester à gauche, même en se présentant en ordre dispersé. Une désunion que déplore Faustine Balmelle-Delauzin, numéro deux sur la liste Lille Demain et membre du parti Génération.s : “J’ai le regret que l’on n’ait pas réussi à construire l’union. On aurait pu gagner la ville dès le premier tour, puis aller aider les camarades dans d’autres villes où il y a un risque que l’extrême droite l’emporte”, explique-t-elle.
Reste à présent la question du second tour. “Stéphane Baly et son équipe sont capables de rassembler la gauche” affirme Cyrielle Chatelain. Donc est-ce que “le changement c’est maintenant” vis-à-vis de leurs camarades socialistes, avec une possible alliance ? “Je ne parle pas du second tour avant les résultats du premier” élude Stéphane Baly, tout en précisant que des discussions auront lieu entre les partis de gauche dès dimanche soir.
