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INTERVIEW. Avec You Rascal Band, Louis Armstrong débarque à Lille

INTERVIEW. Avec You Rascal Band, Louis Armstrong débarque à Lille

Après avoir entendu une reprise de Mack the Knife rue de Béthune en novembre, puis de Hello Dolly sur la Grand’Place, on a décidé de sauter le pas et de rencontrer ceux qui font retentir la trompette de Louis Armstrong jusque dans le froid Lillois.

C’est au Jazzique que l’on retrouve Théophile, le chanteur et cornettiste du groupe, qui sait s’emparer d’une voix rauque au timbre chaud et voilé similaire à celui qui a construit le jazz tel que nous le connaissons aujourd’hui. Si You Rascal Band dévoile le premier single de leur second l’album le 29 décembre, ils ont déjà une longue aventure musicale derrière eux et un registre bien particulier qui nous fait voyager en une note jusqu’à la Nouvelle-Orléans.

Pépère News : Comment tout ça a commencé ?

Théophile Parent : On s’est rencontrés en 2016 dans les bars et concerts lillois. En tant que chanteur, j’ai commencé à “jamer” [scènes ouvertes de jazz, ndlr.]. On faisait beaucoup de jazz New Orleans avec d’autres musiciens et je me suis mis à improviser au scat sur les standards d’Armstrong. De mois en mois, j’avais de plus en plus de répertoire et c’est comme ça qu’on a eu l’idée de former You Rascal Band. On a commencé à jouer à Lille surtout dans les bars, puis on a joué dans les festivals, fait quelques concerts à Paris. En bougeant un peu on a pu se faire repérer.

Pourquoi reprendre Louis Armstrong et le jazz New Orleans ?

C’était la mode entre 2015 et 2018, le swing et le New Orleans. Comme c’est la musique qu’on avait l’habitude de jouer ensemble, on ne s’est pas trop posé de questions. Ce qui me plaît surtout dans ce style, c’est la générosité des instruments à vent (trompette, saxophone, clarinette, cornet dans You Rascal Band). Ils donnent beaucoup, tant en improvisation que sur les parties harmonisées et le chant se range dans la même expressivité. C’est une musique hyper populaire qui sourit. Et puis elle est accessible : dans les années 20 il n’y avait pas de radio, donc tous ces tubes qu’on reprend maintenant étaient des musiques qu’on pouvait facilement retenir et jouer, qu’on entendait dans la rue. Aujourd’hui, on pourrait assimiler ça à de l’easy listening par exemple, c’est une musique qui va vers les gens.

Mais aujourd’hui, le jazz ça marche encore ?  

Je pense que ça parle à tout le monde. Si on propose du jazz aux gens ou de la musique acoustique ils sont toujours réceptifs, c’est un vecteur social énorme. On s’en rend bien compte quand on improvise des sessions live dans la rue sur des tournées ou chez nous à Lille et qu’on va à la rencontre d’un nouveau public. Dans un groupe de jazz il y a des règles d’improvisation, de l’échange et une vraie interaction qu’on ne retrouve pas forcement dans d’autres musiques. Quand tu tombes là-dessus tu ne peux qu’être conquis par l’esprit !

Ce qu’on fait dans You Rascal Band c’est reprendre des standards américains du siècle dernier en proposant de nouvelles couleurs dans le style et des arrangements personnalisés. On a la chance de toucher davantage les gens avec des morceaux connus comme What a wonderful world ou When the saints go marchin’ in par exemple et de se démarquer par la fraîcheur qu’on y amène. Dans la démarche on se place entre conservateur de musée et restaurateur d’œuvres d’art. Louis Armstrong était l’une des premières superstars mondiales, il a commencé sa carrière en 1921 et s’est éteint en 1971, c’est dire comme il a pu marquer le grand public. Aujourd’hui, le jazz c’est à la base de la musique. C’est tellement large : dans le jazz il y a du blues, mais si on écoute du jazz on écoute aussi Jimmy Hendrix, il peut y avoir du jazz en musique électronique, de l’électro swing…

La Covid a retardé vos projets ?

Oui, en 2020 tout est tombé à l’eau. On avait de très belles dates programmées, dans plusieurs festivals cet été comme Jazz in Marciac ou Jazz en ville à Vannes et on a vécu le même désarroi que tous les musiciens et artistes cette année. C’est très dur pour nous, et pour les partenaires aussi comme les salles de spectacles, associations culturelles, bars et restaurateurs. Pour compenser le vide on a travaillé à fond sur notre nouvel album dès le déconfinement en mai. On a eu beaucoup de chance d’être accompagné par les amis de SJB Record [la production] pour la campagne de financement participatif, l’élaboration de l’album et la mise en relation avec le distributeur [Inouïe distribution]. Aujourd’hui, “The Strip” va sortir d’usine dans deux semaines et le premier single sort le 29 décembre ! Par ailleurs, on arrivait encore à jouer dans les rues de Lille ces derniers temps malgré l’interdiction de la musique amplifiée et la fermeture des lieux pouvant accueillir des manifestations culturelles, mais sur nos deux précédentes tentatives la police est intervenue dans les cinq minutes. Cette situation devient donc vraiment impossible, tant pour nous que pour le public. Il est important qu’on nous laisse jouer et que la culture ne soit pas considérée comme inutile, à ce niveau-là c’est presque du militantisme.

Donc c’est compliqué aujourd’hui de vivre de la musique ?

C’est surtout hyper compliqué de faire autre chose. Avant j’étais cadre dans la collecte de fonds pour les associations. Je gagnais bien ma vie, je voyageais tout le temps, j’étais accompagné de gens sympas et ouverts d’esprit. C’était super mais ça restait un monde d’entreprise, de chiffres et d’objectifs. La vie ce n’est pas ça et la musique se raccroche plus à la vie je trouve. Si je changeais ce serait uniquement pour quelque chose d’encore plus exaltant. C’est compliqué, et ça a toujours été compliqué, mais les musiciens resteront des musiciens. On ne peut pas les changer. Il faut des gens passionnés. Même si la musique ce n’est pas que du plaisir, il y en a surtout quand on improvise et qu’on a l’impression d’être juste dans la retranscription de nos émotions, mais c’est quelques secondes. 90% du temps c’est un travail comme les autres.

Ça a toujours été une passion pour toi ?

Toute ma famille joue de la musique. Mes parents se sont rencontrés à l’harmonie de Lille d’ailleurs, ils m’y ont mis tout petit. Je chantais pour ma grand-mère, j’ai souvent imité aussi, reproduit les tons, imité la voix du professeur, des célébrités devant des amis. J’adore le spectacle. La voix d’Armstrong je l’ai improvisée, j’ai été jamer tous les soirs, c’était plutôt naturel. On pense souvent que le jazz c’est avant tout des connaissances, mais en réalité tu peux toujours te réinventer en permanence, te mettre en difficulté.

Une anecdote de concert pour finir ?

Un des plus beaux moments que la musique ait pu me faire vivre, c’était Jazz in Marciac en 2019. Déjà, il me mettait des étoiles dans les yeux ce festival à partir du moment où j’en ai entendu parler. C’est un coin paumé où des monstres du Jazz se retrouvent depuis plus de cinquante ans. Grâce à un contact, on a pu aller là-bas avec You Rascal pour un concert. Mais en fait, on a fait un carton plein. On jouait quatre fois par jour, on était épuisé, impossible de faire les afters de fin de soirée ! Les gens ont adoré du coup et la programmatrice du OFF m’a convoquée pour me demander : “C’est vous qui imitez Armstrong ?” J’ai répondu : “Je n’imite pas, je reprends.” Elle a dit : “Ah tant mieux parce que si vous imitez, c’est pas bien ! Bon, j’ai votre carte.” Donc on était programmés pour 2020, malheureusement cela a du être annulé pour les raisons qu’on connaît. Mais en tout cas c’était un moment de musique incroyable. Pouvoir jouer quatre fois par jour devant un public de connaisseurs qui adore ça, bien manger, boire du bon vin, c’est génial. De toute façon, si tu as de quoi avoir une tente dans ton dos et une trompette sous le bras tu peux tout faire.

Leur album The Strip sort en février, et le premier single le 29 décembre. En attendant voici la bande annonce :

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