Quand Hernán Rosselli dépeint la douleur d’un cartel familial
Avec Something Old, Something New, Something Borrowed, la poésie et le mystère se conjuguent pour raconter une histoire aussi touchante que complexe.
Un récit signé Hernán Rosselli qui happe le public : une jeune femme, Maribel Felpeto, évoluant dans le milieu clandestin des loteries truquées, sorte de petite mafia familiale, se questionne sur son passé et sur la mort de son père, ancien chef du réseau. C’est donc à travers les yeux de Maribel, la protagoniste, que le public vit la situation : une jeune femme élevée à la dure, déterminée à reprendre le cartel de son père malgré l’évolution des temps. Né en 1979 en Argentine, Hernán Rosselli, scénariste et monteur, a marqué les festivals internationaux avec Mauro (2014) et Casa del teatro (2018). Avec Algo nuevo, algo viejo, algo prestado, il poursuit son exploration du cinéma entre mémoire, héritage et renouveau.
Entre loyauté mafieuse et mémoire intime
Pour décrire le film, en littérature on parlerait de “récits enchâssés”, le présent et le passé s’emmêlent, ce qui invite le spectateur à assembler lui-même les morceaux de ce puzzle géant. Ainsi, à mesure que l’intrigue se déploie, le voile se lève et la vérité se révèle progressivement aux yeux du spectateur. Les temporalités sont magistralement combinées. Le réalisateur articule tout au long du film tant le présent et le passé que le fictif et le réel. Ce choix de mise en scène permet d’encore plus comprendre ce qu’éprouve Maribel : une noyade entre la vérité et le faux, une construction du présent par une enquête sur le passé.
L’aspect technique du film est très bien pensé aussi. Le cadrage au format 1,33 : 1 permet d’obtenir des transitions fluides entre les plans, et ce peu importe les caméras utilisées. En effet, le réalisateur nous immisce dans ce cartel en utilisant les mêmes caméras de surveillance qu’utilise la famille pour gérer le trafic ce qui donne un effet de réel très intéressant.
Une belle esthétique portée par la musique
Comment ne pas être élogieux envers la bande originale, alors que Hernan Rosselli emprunte à Bach son Clavier bien tempéré, pour, systématiquement, plonger le spectateur dans un océan de poésie. Dès lors que le synthé résonne, des archives familiales, ces instants de vie capturés, sont commentés avec lyrisme, par la douce voix de Maribel. Ces monologues explicatifs, qui restent parfois très énigmatiques, prennent des allures métaphoriques pour raconter une époque perdue : “Elle a senti [la mère] quelque chose derrière les yeux, qui empêchait la peur de passer. Comme une paroi qui empêchait la peur de remonter depuis son ventre. Comme ces plages tropicales qui ont des barrières pour empêcher les requins et les méduses d’atteindre le rivage.” Outre la répétition de la conjonction “comme” qui confère une incroyable puissance à ces phrases, l’imagerie véhiculée par ces mots ne peut être qualifiée que de “belle”. D’autant plus lorsque ces mêmes mots sont accompagnés par de somptueuses images et mélodies.
Malgré tous ces effets de style qui accordent au film une beauté majestueuse, le mystère est parfois trop encombrant. Certaines scènes bien trop elliptiques nous amènent à ne plus rien comprendre. À partir de là, le film perd de sa valeur. Il y a cette scène où la mère explique à la fille comment une fois, elle s’était réveillée en sursaut, avait pris le fusil et s’était retrouvée nez-à-nez avec son mari. On n’en saura pas plus, le mystère plane, et le spectateur est perdu.
Something Old, Something New, Something Borrowed est avant tout une belle œuvre d’art qui questionne, par une multiplicité de techniques, de mises en scènes et d’idées, la complexité des relations familiales à travers les générations dans un Buenos Aires populaire.
