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Interview. « Je me définis en tant que conteur urbain », rencontre avec l’artiste lillois Dooobeul

Interview. « Je me définis en tant que conteur urbain », rencontre avec l’artiste lillois Dooobeul

Artiste lillois Dooobeul, au café associatif Le Mandé, pour une répétition. © Timéo Stalica / Pépère News

En plein après-midi, au sous-sol du café associatif Mandé, les voix s’échauffent, les premiers accords de guitare se font entendre et les propositions musicales s’enchaînent. Parmi les artistes réunis lors de cette répétition, Pierre, ou Dooobeul de son nom de scène, est à l’écoute des prestations de chacun et délivre quelques conseils, avant de jouer le soir même, sur la scène de la micro-brasserie La Mousse Touch’. Artiste lillois aux multiples facettes, Dooobeul rap et chante sans se soucier des genres musicaux. Il gère en parallèle plusieurs projets collaboratifs, tels que l’association BringueStorm ou le label associé Bring’Lab, au sein desquels des artistes émergents peuvent évoluer et se compléter. Immersion dans l’univers éclectique de Dooobeul.

Pépère News : Quel est le sens de ton nom de scène, Dooobeul ?

Dooobeul : Avant je me faisais appeler Dooobeul Peace. Ça vient du surnom qu’un prof à l’université me donnait, “Double P”, en référence aux premières lettres de mon nom et prénom. J’ai tué symboliquement le personnage de Peace il y a quelques années, il ne reste plus que Dooobeul, qui représente le moi libre de toutes contraintes, libre en toutes circonstances. On porte tous des masques de clown au quotidien qui cachent notre vraie personne, et on ne se dévoile qu’à certains moments. Pour ma part, je ne suis vrai que quand je chante. Sur scène, je dissocie Pierre de Dooobeul, ça me permet d’extérioriser. Pierre se met en retrait, il ferme sa gueule, et c’est Dooobeul qui s’exprime.

Du reggae au rap, en passant par l’afrobeat, ton univers musical est très varié. Comment a émergé cette appétence pour une musique libre des contraintes de genres ?

Cela fait une bonne quinzaine d’années que je fais de la musique, en réalité depuis tout petit j’ai toujours eu envie de chanter. J’ai commencé par le hip-hop dans un collectif appelé Hippopologue, et j’ai eu envie d’explorer d’autres aspects de la musique. Aujourd’hui, je me définis en tant que conteur urbain, ce qui permet de justifier le côté tout terrain. Je pioche dans toutes les palettes de couleurs et je raccorde tout cet univers à travers de petites histoires. Je suis inspiré par ce que j’écoute, et là aussi c’est très varié : de la musique classique, du métal, de l’afrobeat, du blues, des musiques brésiliennes ou encore du rap old school et actuel.

Tu t’entoures régulièrement d’artistes sur scène notamment lors des soirées portées par Bring’Lab, appelées les MVAM. Comment choisis-tu ces collaborations et qu’apportent-elles ?

Je cherche une identité artistique chez l’artiste, il faut qu’on l’identifie clairement, le reste se fait naturellement. L’aspect humain est le plus important, il faut que la personne ait une belle énergie. Par exemple, Saw Jah, Eva ou Iwill, avec qui je collabore principalement à Lille, sont de belles personnes. Le fait d’être ensemble apporte une réelle énergie de groupe au sein de Bring’Lab. Les artistes sont l’équipage, c’est ensemble qu’on peut plus facilement créer et avancer. Cette dynamique de groupe se ressent lors des soirées MVAM, chacun y partage son univers.

Les deux artistes, Dooobeul et Iwill, chantent ensemble sur du reggae, au café associatif Le Mandé.
Dooobeul rejoint Iwill pour chanter avec lui sur du reggae. © Timéo Stalica / Pépère News

Que représente pour toi l’album Nova Osmose, sorti cette année ?

L’album représente la naissance de Dooobeul. C’est une quête d’osmose, j’ai envie d’être bien dans mon monde. “Nova” c’est pour le côté nouvelle osmose, plus torturée avec des styles différents. Cet album est le projet dont je suis le plus fier aujourd’hui, c’est celui qui sort de mes tripes, comme le son “MVAM” qui est un de mes préférés, car je l’ai fait au Cameroun. Il relie mes deux racines. Je finis l’album avec le son “D’ABORD”, sur une note de solidarité : on vit tous ensemble alors, autant être en paix avec les autres.

Dans l’album, il y a des sons dans lesquels tu t’amuses beaucoup, très dansants et légers, et d’autres beaucoup plus conscients. Qu’as-tu envie de raconter dans tes textes ?

Je n’ai aucune limite dans ce que j’aborde dans mes sons, ça peut être des sujets politiques comme des sujets de merde. Quand je pars sur un délire, j’essaie de placer un côté conscient avec des éléments de société. C’est important de parler de ces sujets car on est tous humains, je vois la souffrance des gens et c’est une manière de dire qu’il faut les soutenir. Dans le son “BAMACOCA”, je dénonce les abus de l’entreprise Coca-Cola qui remplace les bouteilles en verre par du plastique à Bamako. Je livre aussi une grosse part de moi et de ce que je vois. On ne nous apprend pas à tomber, à échouer, en France. J’ai vécu avec la peur de l’échec et je le regrette maintenant, car j’aurais pu prendre plus de risque et tenter plus de choses, c’est comme ça qu’on apprend.

Que ressens-tu une fois sur scène ?

Bien souvent, je n’ai aucune appréhension avant un événement. Une fois sur scène, j’entre dans un monde et je veux faire rentrer le public dans ce monde, afin qu’une forme de synergie, de bulle, se forme avec lui. Je veux que les gens repartent avec quelque chose, peu importe qu’il y ait une ou 1000 personnes.

Pour retrouver Dooobeul sur Spotify, cliquez ici. Pour ses prochains concerts et ceux de la team BringueStorm et Bring’Lab, suivez leur compte Instagram respectif.

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