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Interview. Olivier Maria, ce coureur fou qui s’apprête à traverser la France à pied

Interview. Olivier Maria, ce coureur fou qui s’apprête à traverser la France à pied

Olivier Maria course sandale

Le 11 octobre prochain, le Lillois Olivier Maria partira de Dunkerque pour un périple de douze jours afin de rejoindre Marseille. Après de nombreux projets fous, il se lance dans une traversée complète de l’Hexagone. Si ces quelques 1200 kilomètres semblent déjà être un exploit, le coureur va plus loin en voulant apporter au sport un aspect écologique qui lui tient à cœur.

 

Pépère News : On est à J-5 de votre projet Dunkerque – Marseille, quel est votre état d’esprit ?

Olivier Maria : Je suis à la fois excité et content mais je commence à avoir très peur aussi parce que je me suis entraîné depuis un an pour être assez endurant et prêt physiquement. Je suis dans l’inconnu, c’est très long, c’est des durées d’effort que j’ai déjà faites à vélo, mais le vélo c’est un sport porté c’est-à-dire qu’il n’y a pas trop d’impact musculaire contrairement à la course à pied où il y a un plus grand risque de blessure. Comme entraînement j’ai fait une fois Lille – Amsterdam et Lille – Paris, à chaque fois en quasiment trois jours. L’objectif c’était de me mettre dans les mêmes conditions, faire les mêmes journées que je vais faire en douze jours avec le même matériel et la même durée d’étape. Trois jours ça s’est bien passé donc ça me rend confiant sur le fait que c’est faisable. En même temps, cette peur, elle est intéressante, si ça avait été réussi d’avance ça n’aurait pas été drôle. Je ne sais pas si je vais y arriver et c’est ce qui fait que si j’y arrive, je serai fier de moi.

 

PPR : Vous êtes reconnaissable par vos sandales, c’est assez atypique, qu’est ce que vous recherchez comme sensations ou comme symbole en les portant tout autour de la France ?

O.M : Au début c’était plutôt pour la performance sportive et la sensation de courir comme si on était pieds nus. Les miennes sont des Panta Sandals, elles sont très fines mais l’idée c’est d’être quand même protégé des cailloux. Je n’avais pas forcément fait le lien avec le côté écologique au début, mais après coup je me suis dit que que c’était un beau geste. Ce sont des sandales fabriquées en Europe avec des matériaux européens, c’est réparable, c’est plus durable que des chaussures de courses qui ont une limite de kilomètres à parcourir. J’ai une paire où j’ai fait 3000 kilomètres avec donc c’est cinq fois plus durable qu’une chaussure normale. On appelle ça la course à pieds minimaliste mais le minimalisme dans la vie de tous les jours c’est aussi un principe de moins posséder et finalement le côté sportif et écologique se rejoignent.

 

PPR : Est-ce que tout le monde peut courir en sandales ?

O.M : Tout le monde peut courir en sandales mais il faut un temps d’adaptation. Si t’as l’habitude de courir avec des chaussures assez grosses avec un gros amorti et que tu veux passer aux sandales, le corps ne va pas forcément être prêt donc il faut une période de transition qui dure plusieurs mois. Entre six mois et un an, il faut alterner entre chaussures et sandales. Quand j’ai commencé la course à pied j’ai acheté les premières chaussures à Décathlon sans trop me poser de questions et c’est après que j’ai découvert les sandales.

 

PPR : D’où vient ce goût des longues distances ?

O.M : J’ai commencé le sport par la course à pied il y a dix ans où je faisais des distances classiques. Après j’ai découvert le vélo longue distance, je faisais des courses sur une semaine où j’avais 2500 kilomètres à faire, où j’étais complètement livré à moi-même. Pendant une semaine t’avances, ce n’est pas comme les courses à pied qui durent une ou deux heures, là le chrono ne s’arrête pas et ça dure jours et nuits. Il faut gérer le sommeil, s’alimenter, chercher où dormir. C’est tous ces principes que je trouvais assez drôles.

 

Olivier Maria va courir Lille-Marseille en sandales
© Olivier Maria

 

PPR : Quelles sont vos motivations pour de tels défis extrêmes ?

O.M : L’idée de base c’est quelque chose d’égoïste, une envie de dépassement de soi. Personne n’a traversé la France en courant comme je prévois de faire, en sandales encore moins. Il y a ce côté sportif mais je trouvais aussi intéressant de rattacher des notions éthiques et écologiques notamment sur le fait que dans ma vie personnelle je n’ai pas pris l’avion depuis 2019. En Europe, en France on a des paysages magnifiques donc autant voyager en train. Je trouve ça important d’être en raccord sur l’écologie et ça s’étend dans la pratique sportive également. Je regarde beaucoup de courses et de trails, comme la Diagonale des Fous à la Réunion où les gens prennent l’avion pour aller faire un sport de nature, ils le font parce qu’ils aiment la nature mais au final ils crament la planète en prenant l’avion. Je trouvais ça intéressant de montrer qu’on peut faire des défis sportifs fous mais avec une empreinte carbone vraiment minimale tout en redécouvrant son propre pays. Je trouve que le message est assez beau.

 

PPR : L’été dernier vous aviez fait Lille-Amsterdam en quatre jours, quelles avaient été vos impressions ?

O.M : Il a fait très chaud. C’est aussi pour ça que j’ai choisi de faire Dunkerque – Marseille en octobre. En plus j’avais un sac trop lourd, mais c’est aussi grâce à ça que j’ai pu faire quelques ajustements pour Lille – Paris. Maintenant que j’ai fait tous les ajustements, je suis préparé, ça s’annonce bien.

 

PPR : Le projet Dunkerque – Marseille est porté par l’association Uni-Vert Sport, pouvez vous nous en dire plus ?

O.M : L’association produit déjà des films d’« éco-aventure ». Ils apportent toujours cette dimension écologique dans une deuxième lecture. Ce qui est intéressant c’est que les gens vont au cinéma pour voir un film de sport et finalement ils se laissent embarqués dans une aventure hyper pédagogique sur l’écologie. Le sport permet de se rendre compte que l’écologie n’est pas un concept lointain mais vraiment quelque chose qui nous touche directement au plus profond de notre corps. Par exemple le réchauffement climatique fait qu’on ne peut plus courir sous des chaleurs intenses, la pollution atmosphérique engendre des problèmes dangereux pour les poumons. Donc l’idée c’est de créer un film sur cette aventure, je veux apporter cette notion de sobriété, de minimalisme et de sport local. Je vais être suivi par le vidéaste Jérôme Habasque qui a la particularité de travailler à vélo, j’aime cette idée car c’est totalement en raccord avec ce que je veux apporter.

 

PPR : Grâce à l’application Madcap.cc, on peut vous suivre en temps réel sur le parcours, quel est votre volonté derrière cela ?

O.M : J’ai une balise GPS qui fait que tout le monde pourra suivre mon avancée sur une carte en temps réel. L’idée c’est que quand je passe dans une ville et que les gens veulent me suivre, ils pourront consulter cette carte pour me rejoindre. Je veux faire d’une aventure solitaire une aventure collective. Ça fera un petit convoi, j’ai cette image du film Forrest Gump que j’aime bien. C’est aussi en lien avec le fait que je vais dormir chez l’habitant quand je peux tout au long de mon périple. C’est aussi pour le côté partage et rencontre avec plein de gens que je ne connais pas. Le sport c’est assez beau pour faire des rencontres, les gens ouvrent plus facilement leurs portes.

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