Put your soul on your hand and walk : Fatma Hassouna, une source authentique sur ce qui se passe à Gaza
Comment documenter la vie à Gaza quand chaque personne qui tente de s’y rendre est refoulée à la frontière ? Telle a été la mission de Sepideh Farsi avec Fatma Houssana. Ces deux femmes, séparées par un téléphone vont pourtant être liées dans une mission commune : montrer le quotidien des Gazaouis sous les bombes.
Deux femmes unies autour de la cause palestinienne
« Elle devint mes yeux à Gaza, et je fus une fenêtre ouverte sur le monde pour elle », prononçait la réalisatrice iranienne Sepideh Farsi au festival de Cannes, à la suite de la mort de Fatma Hassouna. Filmer à Gaza est devenu presque impossible, pourtant elle va trouver un moyen d’accéder aux recoins cachés du territoire et de mettre des paroles sur tout ce qui est mis sous silence.
Fatma Hassouna a franchi cet interdit. Cette photojournaliste gazaouie de 24 ans fait découvrir à Sepideh, par appels vidéo, le quotidien à Gaza. Loin de vouloir insister sur les dimensions politiques du conflit, leurs conversations abordent autant les questions liées à la religion, qu’aux bombardements ou au deuil des proches perdus. Petit à petit, nous nous sentons inclus dans l’intimité de leurs appels. En passant par l’intimité au lieu d’une revendication politique virulente, Sepideh montre que la résistance passe par les moyens déployés pour survivre et l’espoir. Comment garder espoir quand la pénurie fait rage et que le nombre de morts ne cesse d’augmenter ?
Fatima, une source d’espoir infaillible, symbole de la lutte des Palestiniens
Alors qu’aucun sourire ne se dessine sur nos visages, celui de Fatma est toujours présent. Cela dénote le paysage chaotique du pays. Le sourire lui permet de garder la conviction d’une possible paix.
Alors que la plupart des gazaouis ne trouvent pas d’issue à ce cauchemar, Fatma, elle, se dit ouverte à une solution à deux États. C’est une paix qu’elle espère, alors que le documentaire nous plonge au cœur du chaos, avec le bruit assourdissant des bombes qui retentissent. La longueur de ces bruits est tout aussi effrayante que nécessaire, elle rappelle que cette terre s’est transformée en véritable champ de bataille où se mêlent effroi et désespoir. On est comme des témoins impuissants face aux coupures d’eau, au manque de nourriture ou de connexion internet auxquels Fatma est confrontée.
Le journalisme, comme témoin d’un autre monde
Gaza qui est juste de l’autre côté de la Méditerranée, semble pourtant faire partie d’un monde différent du nôtre. Ainsi le téléphone devient le seul moyen pour échanger. C’est à travers leurs conversations et les images qui nous font voyager à travers les décombres, qu’on a l’impression de tenir Fatma en vie.
Diffuser les photos de Fatma permet de laisser sa trace, de dire qu’elle a eu le courage d’affronter la mort de plusieurs gazaouis. Ce qui permet à son peuple de laisser sa trace également, la trace de leur résistance. Ses clichés, qui documentent depuis octobre 2023 le quotidien des Palestiniens, étaient diffusés sur son compte Instagram. Comme si elle se chargeait d’informer le monde, de porter les cris des Palestiniens, mais avant tout, de faire signe de résistance.
Fatma est remplie d’espoir, même dans la détresse, pleine de rêves même dans la guerre, et ravie à l’idée de venir assister au festival de Cannes, où ce documentaire a été choisi pour la sélection ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion).
Sourire aux lèvres face à cette annonce le 15 avril, ce sera la dernière fois qu’on le verra. Elle sera tuée le lendemain sous les bombes.
Comme si sa mort bouleversait notre vision du documentaire, comme si celui-ci, au lieu d’être une preuve d’espoir, devenait le témoignage d’un monde à bout, où la résistance elle-même semble condamnée. Sa mort, au-delà de représenter l’inhumanité de cette tragédie, marque la mort d’un espoir pour le peuple gazaoui tout entier.
