À Calais, l’association SALAM lutte pour la survie des migrants face à la répression des autorités
Depuis 2002, l’association SALAM se mobilise pour la survie des migrants à Calais. Face à la politique répressive du ministère de l’Intérieur, qui privilégie la fermeté au détriment de solutions humanitaires, les bénévoles s’inquiètent de plus en plus pour la sécurité des réfugiés.
Depuis son arrivée au ministère de l’Intérieur, Bruno Retailleau met l’accent sur les politiques anti-immigration. Lors d’un déplacement au sujet de la crise migratoire dans la Manche en novembre, il avait déclaré à la Voix du Nord : “Toutes les solutions qui consisteront à enkyster le problème, à créer des conditions d’accueil humanitaire, augmenteront les trafics et l’appel d’air. Seule la fermeté peut régler les choses.” Malgré les tours de vis successifs des derniers ministres de l’Intérieur, la situation sur la Côte d’Opale est toujours aussi compliquée.
“L’objectif de notre association, c’est l’aide à la survie.”
Face à l’absence de véritables solutions politiques, des initiatives se sont progressivement mises en place depuis les années 90 pour répondre aux besoins immédiats des réfugiés. C’est ainsi que l’association SALAM (Soutenons, Aidons, Luttons, Agissons pour les Migrants et les pays en difficulté) est née en 2002, lorsque le gouvernement français a ordonné la fermeture du camp de Sangatte, un centre de la Croix Rouge qui accueillait les migrants présents dans la région.
Claire Millot, la vice-présidente de l’association, explique qu’à l’origine, SALAM était un mouvement citoyen. “L’objectif de notre association, c’est l’aide à la survie.” Après la fermeture du camp, des bénévoles se sont rassemblés, cherchant à soutenir les réfugiés qui s’étaient retrouvés dans des situations plus que précaires. Avec le temps, l’association et les bénévoles se sont organisés. Ils offrent aujourd’hui des petits-déjeuners sept jours sur sept, mais également des vêtements, des couvertures, de l’eau, des produits d’hygiène pour les migrants, toujours aussi nombreux.
Malgré l’engagement sans relâche des associations de la région, la situation continue de se détériorer. Entre les évacuations des camps trois fois par semaine, le froid glacial de l’hiver qui rend le sommeil quasi impossible et accroît les dangers des traversées par la mer, les migrants sont plongés dans des conditions de vie extrêmement précaires.
La traversée de la Manche : un passage de plus en plus mortel
Lorsque les passages vers l’Angleterre ont commencé à se faire par la mer en 2018, il n’y avait pas de morts. Les premiers à traverser la Manche sur des small boats ont réussi sans incident majeur, et les suivants, ayant entendu parler de leur réussite, se sont lancés à leur tour, convaincus que ce n’était qu’un “mauvais moment à passer”.
Mais depuis, la situation a radicalement changé. “Ce qui est terrible, explique Claire Millot, c’est qu’avec la multiplication des contrôles de police, les morts se sont multipliés.” Aujourd’hui, la police crève les canots pour empêcher les départs. Pourtant, ces mesures dissuasives ne freinent en rien la détermination des migrants, qui continuent de prendre la mer malgré les dangers. Les canaux sont donc surchargés et partent de plus en plus loin. Il y a quelques jours, 59 migrants partis de la baie de Somme ont été secourus dans le détroit du Pas-de-Calais. “Pourquoi choisiraient-ils un trajet de 70 ou 100 kilomètres quand ils pourraient en prendre un de 30 ? On les empêche de partir en face. Donc ils partent de plus loin” ajoute Claire.
Des politiques qui ignorent les réalités humaines
Les politiques migratoires mises en place par le gouvernement semblent de plus en plus marquées par une logique d’exclusion et de répression. Gérald Darmanin et Bruno Retailleau défendent des mesures strictes, allant jusqu’à la criminalisation du séjour irrégulier. C’est-à-dire rendre passible d’une amende ou d’une peine de prison le fait de se trouver sur le territoire français sans autorisation administrative.
Selon la vice-présidente de SALAM, l’ancien ministre de l’Intérieur et nouveau ministre de la Justice, Gérald Darmanin, serait parfaitement conscient que les mesures de plus en plus sévères ne font qu’entrainer la multiplication des morts en mer. L’objectif semble clair : faire disparaitre ces individus de la vue du public, leur déniant ainsi toute existence légale et humaine. “Ils n’ont pas de papiers. Ils n’existent pas” ajoute Claire Millot, avec beaucoup d’émotion.
Pour elle, derrière ces politiques répressives se cache une réalité : ces personnes fuient des situations dangereuses et devraient avoir le droit à la protection. Mais leur statut est rejeté avant même qu’elles n’aient eu la chance de demander l’asile en France. Elle explique que si la France voulait réellement répondre à ses obligations humanitaires, elle le pourrait. D’autres pays, comme le Liban, accueillent proportionnellement beaucoup plus de migrants, et montrent qu’un accueil plus humain est possible.