Conférence sur les mutilations génitales féminines : quand la culture viole la dignité des femmes
La culture banalise parfois le fait d’exciser un bébé dès la naissance, une enfant ou une jeune fille de 17 ans, sous couvert d’un culte de la pureté. C’est ce qu’évoque le 15 janvier une conférence au Centre Hospitalier de Tourcoing sur une pratique qui viole l’intimité et le corps des femmes uniquement en raison de leur genre.
Une conférence pour instruire sur un crime
À l’occasion d’une journée d’actualisation sur la santé sexuelle, le service universitaire des maladies infectieuses a organisé une conférence consacrée à l’excision. Un sujet encore tabou, qui touche pourtant près de 230 millions de femmes dans le monde selon l’Unicef.
L’excision, aussi appelée mutilation génitale féminine, désigne l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme, pratiquée pour des raisons non médicales. Elle constitue une violation grave des droits humains, reconnue comme telle à l’échelle internationale.
Cette conférence a mis en lumière les structures qualifiées pour accompagner les victimes (médecine chirurgicale, psychologue, et sexologue) et a expliqué comment se réapproprier son corps après un tel traumatisme. Mais elle a surtout lancé un appel à lutter collectivement pour l’éradication de cette pratique.
Un crime impuni, ancré dans l’histoire
Bien que davantage médiatisée ces dernières années, la conférence évoque une pratique très ancienne. Elle serait apparue dans l’Égypte antique, vers 60.00 av. J.-C. L’historien Hérodote évoquait déjà des “circoncisions pharaoniques”.
Née en Afrique, cette pratique s’est diffusée en Asie et au Moyen-Orient. Elle touche aujourd’hui tous les continents et concerne un large éventail d’âges, de la naissance à 17 ans en général. Aucune femme n’est à l’abri : une excision a lieu toutes les quinze secondes dans le monde selon l’Unicef.
Un âge variable, une même logique de domination
Dans certains pays comme la Somalie, 99 % des femmes sont excisées, faisant de cette mutilation une norme culturelle selon Plan International. Les intervenants insistent sur le fait que l’âge auquel elle est pratiquée varie selon les pays : dès la première semaine de vie au Yémen, avant cinq ans en Mauritanie, ou plus tard au Soudan où elle marque le passage à l’âge adulte.
Dans ces sociétés, être une “femme accomplie” signifie être excisée. Une femme excisée est souvent contrainte de faire subir la même violence à sa fille, perpétuant ainsi un cycle sans fin. Le but est clair selon les spécialistes : il faut contrôler et condamner le corps féminin, parfois même par une double excision.
Contrairement aux idées reçues, les intervenants évoquent que de nombreuses jeunes filles sont également menacées en Europe. Cette pratique n’est pas liée à la religion car aucun texte sacré ne la prescrit. Elle est exclusivement culturelle et repose sur la volonté de contrôler la sexualité des femmes, souvent perçue comme une condition préalable au mariage ou à l’héritage. La peur de l’exclusion sociale pousse les familles à perpétuer une pratique pourtant reconnue comme dangereuse, voire mortelle.
La résilience après la souffrance
Alors que les vacances sont synonymes de joie et de retrouvailles, elles représentent pour certaines jeunes filles le moment de l’excision. Celle-ci est souvent pratiquée sans anesthésie, sans matériel adapté ni stérilisé. Les méthodes utilisées sont nombreuses et d’une extrême violence : coupures, lésions, brûlures de cigarettes… Autant de pratiques qui reflètent la barbarie de l’acte.
Si l’excision représente un enjeu majeur de santé physique, ses conséquences psychologiques sont tout aussi lourdes. Les médecins de la conférence ont traité des femmes excisées, qui souffrent de troubles urinaires, de règles anormales, de douleurs lors des rapports sexuels et l’accouchement peut devenir un véritable cauchemar.
La prise en charge est souvent chirurgicale, mais elle ne suffit pas. Après une mutilation, le corps devient étranger à soi. La femme peut culpabiliser d’être une femme, revivre sans cesse la violence subie et développer des traumatismes durables. Une prise en charge pluridisciplinaire est essentielle : médecin, chirurgien, psychologue, sexologue et accompagnement juridique sont indispensables pour espérer une résilience complète. Sans cela, celle-ci reste partielle, d’où la pluralité des intervenants à cette conférence.
Une justice en alerte
En cas de risque d’excision, il est possible de saisir le procureur de la République ou, en l’absence de danger imminent, la CRIP (Cellule de recueil des informations préoccupantes). Des examens médicaux peuvent être réalisés avant et après un départ en vacances à risque. Cependant, il est souvent difficile pour une mère de s’opposer à cette pratique. Dans certaines cultures, l’enfant appartient à la famille ou au village. Il suffit parfois d’une absence de la mère pour que l’excision ait lieu.
Sur le plan judiciaire, une plainte peut être déposée jusqu’à 20 ans après la majorité de la victime, soit jusqu’à 38 ans. En France, l’excision est punie de 15 ans de réclusion criminelle et 150.000 euros d’amende. Le risque d’excision peut également justifier l’octroi du statut de réfugié, avec un suivi assuré par l’OFPRA et des examens médicaux pour attester que l’enfant n’a pas été excisée.
Les précautions aujourd’hui
“Aborder la question de l’excision en consultation médicale est une obligation, notamment lors du suivi de grossesse”, insiste les intervenants. Le médecin doit poser la question et cocher une case spécifique dans le dossier médical. Il est essentiel de connaître le sujet, de prendre le temps d’écouter, de ne jamais minimiser la parole des victimes et de tout expliquer clairement.
Des associations comme RIFEN, créée en 1997 pour la défense des droits des femmes noires, jouent un rôle clé dans la reconnaissance et l’accompagnement des victimes. À l’échelle mondiale, l’UNICEF est l’un des principaux acteurs de la lutte contre les mutilations génitales féminines. En Côte d’Ivoire par exemple, cette pratique est illégale depuis 1998.
Les mutilations génitales féminines constituent un véritable fléau pour nos sociétés. Elles s’inscrivent dans une logique patriarcale où la femme doit être “pure”, quitte à souffrir, à renier son corps et son identité, sous la contrainte d’autres femmes, les exciseuses.
Cette conférence rappelle que la responsabilité est collective. La lutte contre l’excision est un combat de longue haleine qui exige information, prévention, justice et engagement de toutes et tous.
