Immersion au sein de la manifestation du 18 septembre dans les rues lilloises
“On est là, on est là, et si Macron ne veut pas nous on est là…” Les différents chants des manifestants ont résonné dans les rues lilloises ce 18 septembre. Dans la lignée du mouvement “Bloquons Tout” huit jours auparavant, ils étaient présents en nombre lors de cette nouvelle manifestation, pour montrer leur mécontentement face à la politique du gouvernement français : 7.100 selon la préfecture, 50.000 selon la CGT. Retour sur cette journée de grève.
Les différentes personnes mobilisées le 10 septembre partout en France avaient prévenu que le mouvement de contestation social s’étendrait dans la durée. Ce deuxième épisode d’appel à la mobilisation lancé par l’intersyndicale cette fois-ci, a rassemblé. Étudiants, fonctionnaires, syndicats ou encore retraités se sont donnés rendez-vous, pour faire entendre leurs voix. Après un départ à 14h30 à la Porte de Paris, le cortège a traversé la Capitale des Flandres, de manière nettement plus pacifique que lors du mouvement “Bloquons Tout”. Dans l’optique d’une action qui s’installe dans la durée, les différents groupes présents assurent ne pas vouloir en rester là, et donnent déjà rendez-vous pour la suite.

Un ras-le-bol général
Entre deux chants, Lise, pancarte humoristique à la main, évoque un craquage de la part des Lillois et des Français plus généralement. “Je suis là par rapport à toutes les coupes budgétaires qui étaient prévues dans le budget de François Bayrou, les coupes pour l’université, la nomination de Sébastien Lecornu, un proche de l’extrême droite, homophobe” (fait référence à des propos écrits en 2012 : “Le communautarisme gay m’exaspère autant que l’homophobie.”), clame l’étudiante en sciences politiques, avant d’ajouter : “On essaye vraiment de mélanger plein de choses, car en ce moment, il y a vraiment beaucoup de choses qui ne vont pas, donc on veut montrer que les Français ne sont pas contents, et on veut que ça change”. Des propos confirmés par Mathilde et Anita, étudiantes également. “On en a marre du gouvernement, c’est toujours la même chose. Il y a plein de problèmes dans la société. Les retraites, ça n’a pas été réglé. Il y a des gens qui n’ont pas assez d’argent pour acheter de quoi se nourrir pendant que d’autres s’enrichissent à côté” se désole la première.“Ce sont toujours les mêmes mécontentements, il y a des gens de tous les âges et tous les sexes, c’est un ras-le-bol général”, confirme son amie.
Beaucoup de manifestants présents sur place étaient des fonctionnaires en grève. Touchés de plein fouet par les différentes coupes budgétaires ainsi que par les retards dans la prévision des budgets, ces derniers se sont rassemblés en nombre. C’est le cas par exemple de Manon. “C’est important de pouvoir s’exprimer, librement encore, et pas dans la violence, vu les répressions qu’il y a eu le 10 septembre”, témoigne-t-elle. “Je suis fonctionnaire territoriale, je travaille dans un service public, et on voit depuis des années la cassure du service public. C’est notre seul bien commun aujourd’hui, donc je suis là pour le défendre.”
Laurent, manifestant depuis 50 ans, était également de la partie parce qu’il a “ça dans le sang !” Retraité, il affirme qu’il se devait d’être à la manifestation, bien qu’il explique ne pas être touché personnellement par les mesures du gouvernement. “Je suis là en solidarité avec les salariés et les jeunes surtout, qui en ont besoin. Ils sont attaqués de toute part par des mesures anti-sociales des gouvernements successifs.” On peut notamment penser à la diminution drastique du Pass Culture qui chute de 380 euros, à seulement 150 euros, mais également le gel des prestations sociales présents dans le budget du Premier Ministre démissionnaire François Bayrou. “On a besoin de plus d’argent dans le social que dans le capital”, martèle Laurent avant d’ajouter : “J’espère que ça aura un impact, ça met la pression sur le gouvernement, après il ne prend pas compte des élections (législatives de 2024 ou le Nouveau Front Populaire était la coalition majoritaire à l’Assemblée), donc je ne pense pas qu’il prendra compte de nos mouvements, même si ça lui met la pression.”
Une manifestation dans une ambiance festive…
Contrairement à la manifestation du 10 septembre, qui avait terminé dans le chaos aux alentours du théâtre Sébastopol et de la Place de la République, celle du 18 septembre fut bien plus calme. Le cortège a arpenté les rues de Lille, dans une ambiance festive. Pancartes, fumigènes, chants et fanfares étaient de la partie pour apporter de la bonne humeur, malgré quelques dérapages de la part des manifestants, mais également de la police. Si quelques pétards bruyants ont été lancés, la manifestation se déroulait bien jusqu’au croisement entre la rue Nationale et le boulevard de la Liberté. Encerclé par les forces de l’ordre, présents sur les côtés de la route en nombre, ainsi qu’en face, et même parmi eux, les manifestants ont commencé à entonner des chants anti-police. La goutte de trop pour ces derniers qui ont donc chargé la foule, avant d’ensuite lancer plusieurs gaz lacrymogènes. Selon la Préfecture du Nord, 17 personnes ont été interpellées.
La manifestation a ensuite repris son cours pour terminer sur la Place de la République, encerclée par les forces de l’ordre. Si les choses avaient dégénéré la semaine dernière sur les pavés de l’esplanade et de la rue de Béthune, ce fut bien différent ce 18 septembre. En guise de protestation, un homme s’est baigné en sous-vêtements dans la fontaine de la place, encouragé et photographié par les manifestants. En même temps, une fanfare s’est réunie à quelques mètres pour entonner le chant antifaciste “Bella Ciao”, suivi en chœur par la foule.

… avant de dégénérer
C’est dans les coups de 18 heures que les tensions entre manifestants et forces de l’ordre ont atteint leur paroxysme. Les policiers n’ont pas hésité à utiliser des gaz lacrymogènes pour disperser la foule amassée sur la place. Dispersés du Théâtre Sebastopol à la rue de Béthune, certains n’ont pas hésité à faire preuve de violence, en brûlant deux véhicules rue Inkermann.
Ce deuxième épisode de grève, le premier encouragé par les syndicats, ne semble pas être le dernier, puisque plusieurs affiches “21 septembre prenons la place !” étaient affichées là où le cortège passait. Affaire à suivre, mais les manifestants sont unanimement prêts à recommencer l’initiative pour faire pression sur le gouvernement français.
