Interview : la ferme du Beau-Pays, exemple de la réussite de l’élevage bio à grande échelle
Dans l’Avesnois, l’élevage bio prend de l’ampleur. La ferme de Grégory Delassus, avec ses 200 vaches et 300 porcs, incarne cet essor de l’agriculture biologique dans les Hauts-de-France. Avec deux boucheries et de nombreux fournisseurs, la ferme du Beau-Pays est aujourd’hui reconnue pour sa qualité et son respect de l’environnement.
Pourtant, rien ne destinait Grégory à l’élevage. Si sa famille travaille dans la culture de la terre depuis six générations, il est le premier de la lignée à s’être reconverti dans l’élevage et à délaisser la culture de pommes de terre, pois et haricots.
Pépère News (PPR) : Comment avez-vous pris la relève de la ferme ?
Grégory Delassus (G.D) : J’ai suivi une formation agricole professionnelle et, en parallèle, j’ai réfléchi à mon projet d’installation. Comme je savais que je ne pourrais pas vivre décemment avec la seule culture de légumes, j’ai décidé de me diversifier. Vers les années 2000, j’ai choisi de me lancer dans l’élevage de cochons biologiques. J’avais visité des élevages en Bretagne et j’ai été convaincu par l’idée de proposer un produit de qualité en circuit court.

- Les cochons de la ferme du Beau-Pays©️Chloé Lafaurie / Pépère News
PPR : Comment s’est passée cette transition vers l’élevage ?
G.D : Au début, j’ai monté un petit laboratoire de découpe. À l’époque, il y avait encore un abattoir local, ce qui facilitait beaucoup les choses. Je faisais tout moi-même, de l’abattage à la vente en direct. Les gens venaient de loin pour acheter mes produits car j’étais le seul en bio dans la région.
PPR : Vous avez ensuite élargi votre production à d’autres types d’animaux ?
G.D : Oui. Assez rapidement, mes clients m’ont demandé si je pouvais proposer du bœuf. Comme je n’avais pas de prairies adaptées, j’ai choisi d’élever des Highlands écossaises, une race qui peut être utilisée pour le débroussaillage naturel. J’ai ainsi mis en place un système d’éco-pâturage en partenariat avec certaines collectivités locales.
PPR : Recherchez-vous la diversification, comme vendre aux restaurants ?
G.D : Oui, certains chefs apprécient nos produits bio pour leur qualité et leur goût. Par exemple, Sophie Picard, une restauratrice locale, utilise notre viande dans ses plats. C’est une reconnaissance importante pour nous, producteurs bio, car cela montre que nos produits se démarquent.
PPR : On entend souvent parler des difficultés des éleveurs. Quels sont les principaux défis que vous rencontrez ?
G.D : L’un des plus gros défis est la disparition progressive des abattoirs de proximité. Autrefois, il y en avait plusieurs dans la région, mais ils ferment les uns après les autres. Aujourd’hui, je dois parcourir 20 minutes pour abattre mes bêtes, ce qui reste raisonnable, mais si cela continue, nous devrons faire des trajets bien plus longs.
PPR : Vous êtes également préoccupé par les accords du Mercosur. Pourquoi ?
G.D : Ces accords permettent l’importation massive de viande sud-américaine à des prix très bas, ce qui met en danger notre modèle d’élevage local. Ici, nous avons un paysage bocager qui dépend de l’élevage. Si nous laissons entrer trop de viande étrangère, nos exploitations vont fermer et le bocage disparaîtra. Cela a un impact non seulement sur l’économie locale, mais aussi sur l’environnement.
PPR : Vous êtes donc en faveur d’un modèle plus local et durable ?
G.D : Absolument. Il faut soutenir l’élevage durable et les circuits courts. C’est une question de souveraineté alimentaire et de préservation des paysages. De plus, la viande bio que nous produisons, même si elle est 30 % plus chère que la conventionnelle, présente de nombreux avantages : pas d’antibiotiques, pas de pesticides, un impact environnemental réduit, et une meilleure qualité nutritive.
PPR : Quelles sont vos perspectives d’avenir ?
G.D : Mon principal objectif est de résoudre le problème des abattoirs. On commence à voir émerger des dispositifs d’abattage à la ferme, ce qui pourrait être une solution. Ensuite, j’aimerais continuer à améliorer la biodiversité sur l’exploitation et renforcer mes liens avec les consommateurs. Le modèle des AMAP (Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne), fondé sur un partenariat direct entre une ferme et un groupe de consommateurs engagés dans l’achat régulier de paniers issus de la production locale, représente un levier idéal. Ce système favorise une agriculture durable, assure un revenu stable aux producteurs et rapproche les agriculteurs des consommateurs.

