La chasse, pratique révélatrice de notre rapport à la nature
Le Salon International de l’Agriculture de Paris 2025 est l’occasion d’interroger la chasse, pratique ancestrale et pourtant porteuse d’enjeux alimentaires actuels. Croisement de points de vue entre la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC) présente sur le pavillon de la région des Hauts-de-France et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).
À l’heure où les préoccupations écologiques montent et où l’échelle locale tend à être valorisée dans le milieu agricole, la chasse revient sur le devant de la scène. Celle dont il sera question dans cet article fait référence à une pratique régulée, qui sert avant tout des intérêts alimentaires et non récréatifs. Cette chasse met en exergue les points de contradictions de nos modes de consommation et de nos visions du vivant.
Apports et impasses sur la biodiversité
“La viande de gibier est durable” avance Olivier Touchard. “Les animaux ne puisent que sur des ressources naturelles existantes, ils sont autosuffisants” : le chargé de Mission Venaison de la FNC rentre dans le lard et met directement en lumière une chasse salutaire. Il poursuit en avançant que “beaucoup d’agriculteurs chassent et entretiennent par ce biais les terres, en plantant des haies par exemple”, notant des bienfaits sur la biodiversité. Les haies sont importantes pour les oiseaux : dans la région des Hauts-de-France, un projet pour en planter plus de 100 kilomètres est en cours. Ysaline Sanguine, journaliste scientifique en poste au Cirad, nuance la notion trop souvent globalisée de “biodiversité” : “Il y a plus de vie dans le sol que dans les arbres”. Elle étaye ses propos en distinguant la macrofaune que l’on voit à l’oeil nu, “du style la bonne santé des vers de terre”, et la microfaune que l’on ne distingue pas.
Sur la biodiversité observable, le naturaliste Nicolas Harter affirme que si la chasse nuit à certaines espèces, notamment d’oiseaux, on ne doit pas nier que la faune disparait “à cause de la destruction des milieux de vie” [propos rapportés au média Reporterre] par les exploitations agricoles intensives et l’urbanisation. Mais l’impact de la chasse au gros gibier sur l’écosystème microscopique est indéniable : les sangliers sont très présents dans les Hauts-de-France, le sujet de la pollution est important. Chaque année en moyenne, 8.000 tonnes de plomb tombent dans la nature à cause des balles perdues, selon l’Inserm. La FNC dit avoir conscience du problème, “il y a d’ailleurs une règlementation dans les zones humides, avec des métaux de substitution” indique Olivier Touchard. Néanmoins l’interdiction totale des cartouches de plomb est exclue, “notamment du fait de [leur] efficacité” .
Alimentation et rapport au produit
La chasse représente un enjeu sur les questions de souveraineté alimentaire. Pour le chargé de Mission Venaison de la FNC, la chasse n’est pas envisagée comme telle car une partie de la population est éloignée de la nature : “on m’a demandé ce qu’était un cerf. Ce n’est pas un jugement, c’est un constat.” Pour Olivier Touchard, cette méconnaissance de la faune induit une rupture entre le produit animal brut et la viande consommable. Sur une plancha fumante, les Hauts-de-France et le FNC font alors le pari de la dégustation de colvert et de sanglier pour faire valoir l’alimentation par la viande sauvage.
Pour des populations en situation de crise alimentaire, la chasse régulée peut même être envisagée comme un moyen de parvenir à une autosuffisance. Ysaline Sanguine donne l’exemple du Gabon, avec qui le Cirad travaille pour “mettre en place une filière locale de viande sauvage”. Elle poursuit : “structurer les acteurs de la chasse pour donner un cadre” permet d’ “éviter la déplétion de la ressource” tout en amenant une solution alimentaire locale.
Après la chasse
Pourtant les quotas fixés pour réguler la chasse et définir les espèces indésirables sont controversés. Ils sont en France fixés par des législations européennes et nationales. La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) dénonce notamment un problème dans la “régulation abusive d’espèces jugées indésirables”. Là où la LPO reste ouverte à une chasse encadrée, d’autres la prohibent totalement.
Pour le représentant de la FNC, “l’animal est beaucoup plus stressé d’être mis dans un camion puis emmené à l’abattoir que d’être tué d’un coup”. Mais imposer l’arrêt total de l’élevage intensif, voire de la consommation de viande, est impensable dans nos sociétés actuelles. Il en va de même pour l’arrêt total de la chasse. Ysaline Sanguine explique qu’il faut avant tout prendre en compte l’aspect social de la question : “même si des solutions agro-alimentaires existent, elles ne servent à rien si elles ne sont pas voulues par les locaux”. Il s’agit de repenser l’alimentation pour et avec les populations.
