Liévin, 50 ans après : hommage aux mineurs disparus des Hauts-de-France
Le 27 décembre 2024, la région des Hauts-de-France a rendu un hommage solennel aux 42 mineurs disparus lors de la catastrophe de Liévin, survenue il y a exactement 50 ans. En présence des familles, d’anciens mineurs et d’officiels dont le nouveau Premier ministre, environ 500 personnes se sont rassemblées afin d’honorer les victimes de l’explosion marquant à jamais l’histoire industrielle de la région. Cette commémoration, empreinte d’émotion, rappelle l’importance de la mémoire minière et des travailleurs qui ont, par leurs sacrifices, façonné l’identité des Hauts-de-France.
Le 27 décembre 1974, un coup de grisou dans la fosse n° 3 de la Compagnie des mines de Lens à Liévin emportait la vie de 42 mineurs et faisait cinq blessés, causé par l’explosion accidentelle d’une grosse quantité de gaz liée à l’exploitation de la mine depuis 1862. L’un des drames les plus tragiques de l’histoire minière française a bouleversé toute une région et mobilise depuis la commune de Liévin, touchée par un devoir de mémoire résonnant même cinquante ans plus tard, dans les cœurs et les esprits.
Pour marquer cet anniversaire, un hommage a été organisé sur le site de la catastrophe. Environ 500 personnes, parmi lesquelles des membres des familles des victimes, d’anciens travailleurs de la mine et des représentants des collectivités locales, se sont réunies. Micheline Lhermite, veuve d’une des victimes de la catastrophe de Liévin, était encore une fois présente et témoigne, « ces hommes, ils ont existé, ils ont travaillé, ils ont laissé leur vie à leur travail. Il ne faut pas oublier.«
En présence du président de Région Xavier Bertrand, les centaines de citoyens rassemblés à Liévin ont déposé des gerbes de fleurs et prononcé des discours, dont celui du Premier ministre François Bayrou, en visite surprise dans le Pas-de-Calais pour partager cette journée de mémoire.
Une histoire ancrée dans le patrimoine des Hauts-de-France
La catastrophe de Liévin est une page sombre d’un chapitre plus large : celui de l’exploitation minière dans les Hauts-de-France, secteur-pilier de l’économie régionale durant des décennies, ayant également coûté la vie à de nombreux ouvriers confrontés à des conditions de travail éprouvantes et dangereuses.
Ce drame est la plus grave catastrophe minière que la France ait connue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, marquant le bassin minier du Pas-de-Calais et conduisant à requestionner les conditions de sécurité et de vie dans les mines françaises. S’en sont donc suivies une série de réformes du secteur, portant notamment sur l’amélioration de la ventilation des mines, la maintenance des installations et les pratiques de travail.
Aujourd’hui, le bassin minier du Pas-de-Calais est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, un symbole de reconnaissance pour ce passé laborieux. Les terrils, collines de résidus miniers, devenus des espaces naturels protégés, et les chevalements, témoins d’une époque révolue, rappellent le rôle central des mines dans la construction de l’identité régionale.
Mais la mémoire de Liévin va au-delà des monuments et des paysages. Elle se transmet au sein des familles et des communautés, pour rappeler l’importance de la solidarité et la valeur du travail humain à toutes les époques. « C’est un moment essentiel pour nous, pour les familles« , confie André Verez, président de l’association du 27 décembre 1974, « Il faut rendre hommage à ces hommes courageux, dont le labeur et le sacrifice ont façonné l’histoire industrielle et humaine de notre territoire.«
Un hommage tourné vers l’avenir
Lors de cette commémoration du 27 décembre 1974, les participants ont également souligné l’importance de l’apprentissage des évènements passés. La sécurité et le respect dans le travail ouvrier ont connu des améliorations majeures, mais de nombreuses avancées restent encore à faire pour assurer à tous des conditions de travail dignes.
Une cérémonie « solennelle et un peu différente, laissant une trace dans les esprits et dans le temps » à eu lieu, avec l’inauguration d’une fresque commémorative, la diffusion d’un documentaire et l’allumage d’une flamme pour les disparus, en présence du Premier ministre François Bayrou.
« Ces 42 mineurs doivent être en nous, ils sont en nous. Nous ne sommes pas ici seulement pour honorer leur mémoire, mais l’esprit qui les animait. […] Nous sommes là pour porter le souvenir reconnaissant de la nation et de l’État au bassin minier« , livrait ainsi le maire de Pau.
C’est dans cette optique que la fresque de l’artiste Rouge Hartley a été inaugurée, entièrement peinte au pinceau, en collaboration avec les archives de Liévin, le musée de la mine de Lewarde, mais aussi les familles des victimes et les enfants des écoles alentours. La fresque a été peinte sur un logement social du quartier Saint-Amé de Liévin. Elle représente huit enfants sortant d’un puits de mine, entourés de gerbes de fleurs.
Un symbole fortement commémoratif appuyé par la diffusion d’un film documentaire compilant les témoignages des familles et des descendants des mineurs tués le 27 décembre 1974. Ces évènements culturels ont été l’occasion pour la région de réaffirmer son attachement patrimonial, par les hommages et initiatives culturelles et éducatives mises en place afin de sensibiliser les nouvelles générations.