Mercato : un thriller à l’arrière goût politique
Sorti le 19 février dans les salles de cinéma, Mercato nous fait suivre l’histoire de Driss (Jamel Debbouze), un agent de football en difficulté, qui doit, pour sa survie, trouver une somme astronomique avant la clôture du mercato [période pendant laquelle les clubs professionnels de football sont autorisés à prêter leurs joueurs à d’autres clubs]. Pour avoir une chance de rester dans ce monde, il va devoir recourir aux méthodes des moins éthiques…
On était habitués à voir Jamel Debbouze dans des comédies (Astérix et Obélix, Marsupilami, etc), ce qui peut intriguer de le voir dans un rôle aussi sombre. Nonobstant, il arrive très vite à nous faire oublier son côté comique, et nous plonge dans une tension qui en deviendrait presque insoutenable à la fin des deux heures tellement l’intrigue nous tient en alerte.
Pas la peine de respirer, boire et manger foot pour déguster l’intrigue
Il n’est pas nécessaire d’être un mordu du ballon rond pour accrocher à l’intrigue. Il faut cependant posséder quelques bases pour ne pas être temporairement gêné (le film est assez pédagogique, ndlr) par des notions footballistiques, comme les définitions d’un mercato ou de ce qu’implique globalement un rôle d’agent.
Un des points forts du film est qu’il est inspiré d’expériences vraies. Jamel Debbouze a puisé dans sa longue présence au sein du monde du foot pour incarner son personnage. L’acteur a été voisin de l’ancien international tricolore Nicolas Anelka, et a également travaillé à Canal+, média historique du football français, ce qui lui a permis de côtoyer des acteurs importants de cette sphère, autant joueurs, que coachs, qu’agents.
De plus, on ne peut pas s’empêcher d’être (un peu) chauvin si on est Lillois. Une petite partie du film se déroule dans la capitale des Flandres, et le club local du LOSC est crucial pour l’intrigue pendant une bonne trentaine de minutes. Malgré l’absence de pluie lors des scènes lilloises, l’escapade nordiste des protagonistes se termine en véritable douche froide… si vous êtes un fan incontesté des Dogues (surnom des joueurs du LOSC, ndlr), ne vous faites pas de faux espoirs.
Rassurez-vous : si vous êtes fan de foot, il y a du beau jeu dans Mercato, même si les séquences sur le terrain prennent moins de 5 minutes du film. Il faudra être patient pour voir le personnage d’Hakim Jemili, Mehdi Bentarek, faire danser le ballon (néanmoins, beaucoup plus élégamment que la danse du thé ou de la semoule, pour ceux qui l’ont connu à l’époque du Woop Gang, ndlr).
80% thriller, 20% politique : un bon équilibre
Si vous vous attendez à beaucoup de politique, c’est raté : la bande-annonce n’est pas mensongère. Cependant, malgré son caractère secondaire dans l’intrigue, le personnage de Milo Machado Garnier (placé sous les projecteurs avec Anatomie d’une Chute) réussit à pousser les spectateurs à la réflexion sur l’éthique du football actuel, notamment sur sa dépendance au capitalisme et l’exploitation du talent de très jeunes joueurs pour le profit. Si l’on peut penser que le fait qu’il soit quelque peu la caricature de l’“ado rebel woke“ (végétarien, n’a pas de téléphone, etc) décrédibilise ses propos, il n’en est rien.
Un point moins “ouffissime“ néanmoins : même s’il ne joue aucun rôle concret, le placement de produit pour McDonald’s, chaîne de fast food américaine des plus controversées, vers la fin du film n’est pas forcément utile. Certes les financements ne tombent pas du ciel, mais avec un casting aussi renommé, on peut se permettre d’être plus regardant sur la qualité éthique des placements de produits.
Pour autant, le film est assez engagé socialement. Il met en lumière et rend possible des discussions sur l’addiction, le racisme, et même brièvement sur l’homophobie, dans le football. La manière forte dont les sujets sont abordés est susceptible d’avoir beaucoup d’impact et de faire s’interroger les spectateurs sur ces aspects parfois trop peu mis en avant et dénoncés.
