“Muganga celui qui soigne”, guérir pour résister
“C’est au-delà d’un film, c’est un engagement” affirme une spectatrice au micro de L’Atelier Distribution à la sortie de sa séance. Ce long métrage réalisé par Marie-Hélène Roux, coécrit avec Jean-René Lemoine, retrace le combat mené par le docteur Denis Mukwege, gynécologue au Congo. Sorti le 24 septembre 2025, Muganga celui qui soigne, est une fiction inspirée de faits réels qui bouleverse les salles de cinémas françaises.
Une histoire encore d’actualité
Lors de la première guerre du Congo en 1996, des rebelles ont attaqué l’hôpital de Lemera où le docteur Mukwege était directeur général. Il fonde, alors en 1999, l’hôpital de Panzi, où il fait face à une arme de guerre atroce : le viol. Cette arme massive a détruit des générations de femmes congolaises. A cette époque, des milices rwandaises exilées au Congo après le génocide des Tutsis de 1994 oppriment les populations, notamment les femmes. Ces groupes armés encadraient les mines de minerais, servant à la fabrication de nos appareils électroniques, et veulent expulser les populations pour étendre leurs sites. Ils utilisent alors la force, majoritairement le viol, pour arriver à leur fin.
Bien que le long métrage mette en lumière le cauchemar des femmes congolaises, il souligne également la souffrance silencieuse d’un pays africain qui contribue à l’enrichissement des pays développés. Seulement, l’histoire traumatisante du pays perdure. L’agence des Nations Unies pour les réfugiés a recensé plus de 130.000 viols en 2025 notamment dans l’Est du pays où 900 viols ont été commis uniquement la première quinzaine de février 2025. La lutte n’est pas terminée. Les acteurs ne cessent de le répéter. Ils ont déjà rempli leur contrat d’acteur et militent maintenant pour la cause des femmes congolaises.
Un engagement personnel méconnu
La réalisatrice n’avait qu’une volonté : faire connaître la lutte de l’homme le plus récompensé au monde. Le docteur Mukwege, constatant les atrocités infligées aux Congolaises, avait l’ambition de faire de son hôpital un lieu sûr. Avec le temps cette forteresse n’est plus qu’un simple lieu de soin. Elle compte dorénavant une maternité, des hébergements, une école pour les enfants et une aide à la réinsertion de ces femmes. Le militant savait que son action devait aller au-delà de la médecine. Il a donc tenté d’attirer l’attention de la communauté internationale, mais en vain. Pendant longtemps le docteur a reçu de nombreuses récompenses, sans aucune réelle aide.
En 2011, il rencontre le chirurgien belge Guy Cadière après son discours de remerciement pour le prix international Roi Baudouin. Touché par l’engagement de son confrère, le belge va partir au Congo pour l’épauler pendant les opérations mais aussi dans la diplomatie. Malheureusement, après une tentative d’assassinat en 2012 le gynécologue est forcé de s’exiler en Belgique. Sous des appels incessants de ses patientes, il décide de repartir dans son pays quelques mois plus tard, après l’obtention de la protection de l’ONU. La scène internationale s’intéresse enfin à son combat. Après cet épisode, les récompenses, les hommages, les documentaires et les discours se succèdent sans relâche. En 2013, la France lui décerne la légion d’honneur, en 2014 il obtient le prix Sakharov. En 2018, il atteint le Saint Graal : le prix Nobel de la paix lui est décerné.

Le début d’un succès
Aujourd’hui, Marie-Hélène Roux est honorée par le succès du long métrage qui a atteint les 100.000 spectateurs le 6 octobre. Elle a réussi son pari : conquérir le public en abordant un sujet lourd et poignant. Les spectateurs ont été majoritairement impressionnés par la personne de Denis Mukwege qui mène son combat au péril de sa vie. Celui-ci et Guy Cadière ont d’ailleurs validé la véracité du film et la félicitent pour son travail. La réalisatrice a eu besoin de près de dix ans pour réaliser ce long métrage qui, lui, avant même d’être diffusé avait déjà gagné 3 prix Valois au festival du film francophone d’Angoulême fin août 2025 : Valois du public, Valois des étudiants francophones et Valois de l’acteur pour Isaach de Bankolé qui interprète le Dr Mukwege.
Contre toute attente, Angelina Jolie et Maitre Gims ont exprimé leur volonté de participer au projet. L’actrice américaine a demandé à devenir coproductrice après avoir visionné le film qui l’a bouleversé. Marie-Hélène Roux a même confié au Centre National du Cinéma et de l’image animée : “Je l’ai vue en larmes”. La réalisatrice a accepté la proposition de l’actrice à condition qu’elle utilise sa notoriété pour promouvoir le film, toujours dans l’objectif de faire connaître le combat du docteur au plus grand nombre. Le 25 septembre dernier, Angelina Jolie accompagnée de Denis Mukwege, a répondu aux questions de Brut. Elle est engagée dans d’autres causes, notamment celles liées à la guerre en Ukraine ou le conflit à Gaza. A l’inverse, Maitre Gims ne partage pas sa position publiquement. Mais la lutte menée par la réalisatrice ne pouvait que l’affecter. Né à Kinshasa au Congo, le chanteur a souhaité défendre la cause portée par le film en écrivant la chanson du générique. En 48 heures sa voix s’est fait entendre dans tous les cinémas de France. Depuis le 6 octobre, elle résonne également à Kinshasa et en Belgique.
Si vous aimez les histoires humaines et authentiques, rendez-vous dans le cinéma le plus proche de chez vous. Et pour nos inconditionnels lecteurs, Denis Mukwege et Guy Cadière ont écrit Réparer les femmes, un livre biographique.
