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Paris-Roubaix 2024 : la face cachée de la course

Paris-Roubaix 2024 : la face cachée de la course

Le dimanche 7 avril, la course du Paris-Roubaix passait sur les pavés et routes du Nord, de Compiègne jusqu’à Roubaix. Ce symbole de notre région est redouté par les cyclistes, car la course est réputée comme l’une des plus dure de France. Nous avons pu suivre les coulisses de la course junior (17-18 ans) pour dévoiler les dessous de la compétition.

Il est 8h du matin lorsque Cédric, bénévole dans l’organisation de la course du Paris-Roubaix Junior 2024 part de Hem, dans la banlieue pavillonnaire de Lille. 40 minutes plus tard, il est déjà arrivé à Lecelles, la commune d’où partira la course cette année. Sur place, tout le monde s’active afin d’être prêt pour le grand départ : 111 kilomètres et des dizaines de milliers de spectateurs attendent patiemment les coureurs. Sur le parcours, les jeunes cyclistes vont devoir franchir 17 secteurs pavés, des petites routes très glissantes et surtout extrêmement difficiles et physiques.

Une ambiance au rendez-vous

Sur le chemin, Cédric reconnait “un bordel sans nom, car on doit gérer plus de 120 cyclistes, en bloquant les routes et ronds points. Mais on ne peut pas bloquer toute l’après-midi les voies de circulation, donc on est un peu pris par le temps.”

La course de Paris-Roubaix est très dure, il y a énormément d’abandon, d’où l’utilité des voitures-balais qui sont très vite remplies.”

En effet, c’est seulement 74 jeunes coureurs qui franchiront l’arrivée au vélodrome de Roubaix, contre 126 qui auront tenté l’expérience, soit un ratio d’à peu près 40% d’abandon. “La course de Paris-Roubaix est très dure, il y a énormément d’abandon, d’où l’utilité des voitures-balais qui sont très vite remplies.” Ces voitures-balais dont Cédric parle, c’est un long convoi de camionnettes en duo : l’une transportant les coureurs, et l’autre les vélos. Le convoi est organisé en plusieurs paires de camions qui se doublent les uns les autres si jamais un duo doit s’arrêter pour ramasser des coureurs blessés ou disqualifiés.

Avant le départ, l’ambiance est joviale : l’équipe de bénévoles discutent autour d’un apéritif, en regardant la présentation des différentes équipes et en attendant le début de la course. Le Paris-Roubaix junior s’internationalise de plus en plus au fil du temps : de nombreux coureurs défilants devant Cédric et ses acolytes viennent du monde entier. Mexique, Suisse, Allemagne en passant par la Slovaquie, pas moins d’une dizaine de nationalité sont représentés sur les pavés du Nord.

Un Paris-Roubaix à toute haute vitesse

À 11h, le départ de la course est donné, toute l’équipe du convoi-balais rentre dans son fourgon sauf Arnaud, le commissaire de fin de course, qui monte dans son gros 4×4. C’est lui qui doit disqualifier les coureurs s’ils sont hors temps. Pour ce faire, il dispose d’une feuille de route qui lui indique à quelle heure le dernier coureur doit être passé à tel endroit. Si un cycliste est hors-temps, il est disqualifié par le commissaire qui lui retire son numéro et il doit monter dans le minibus.

Alexandre est l’un des conducteurs de ces utilitaires. Avec sa compagne, assise sur le siège passager, ils récupèrent les vélos des coureurs et les amènent jusqu’à l’arrivée. Dès le premier arrêt, il n’hésite pas à appuyer sur l’accélérateur : “C’est le seul jour où on peut conduire vite et largement dépasser les limitations de vitesse” dit-il à 130 km/h sur une départementale sous le regard des gendarmes. “Les gendarmes nous laissent faire ce qu’on veut car on doit rattraper notre retard sur la course, et ils ont surtout envie de vite rétablir la circulation après notre passage.”

Mathieu van der Poel à l’arrivée du Paris-Roubaix 2024 – © Emile Binet / Pépère News

La plupart des coureurs disqualifiés sont déçus, car cette course a nécessité beaucoup d’entrainement. Certains refusent catégoriquement de s’arrêter, voulant finir la course à tout prix. “Pour les derniers, c’est une course contre la montre car ils savent que lorsqu’ils voient le gros 4×4 derrière eux, ils leur reste peu de temps avant de se faire éliminer” me dit Alexandre, toujours le pied au plancher après avoir croisé un panneau de limitation à 50 km/h. “Ça fait partie de l’ambiance de la course, la semaine d’après, je t’avoue que c’est un peu compliqué de respecter les limitations, on a envie de conduire comme ça tout le temps“.

On fait remonter mais rien ne change

Au milieu du parcours de la couse, un point de dépose des coureurs et des vélos a été organisé pour décharger les camionnettes mais sans doute à cause d’une erreur de logistique, le bus affrété n’a pas de place pour accueillir les vélos. “C’est tous les ans la même chose, on le fait remonter mais rien ne change” râle Alexandre en renflouant sa camionnette de vélos.

Le reste de la course pour les voitures balais va d’autant plus être altéré par les ambulances et la gendarmerie ayant dépassé le convoi au ravitaillement, qui bloquent maintenant les voitures-balais. Un coureur a glissé dans les pavés, et impossible de doubler car le chemin est trop étroit pour laisser deux voitures se croiser. Une seule solution : attendre que les ambulances repartent.

Solidarité et imprévus marquent la course

5 kilomètres avant l’arrivée, nous croisons deux coureurs ayant échappés au commissaire de fin de course. Alexandre demande conseil et fait d’abord signe aux deux jeunes de s’arrêter, puis se ravise : “On me demande de les arrêter mais c’est vraiment dégueulasse si proche du but“. Finalement, le coureur Danois croisé sur le chemin ne rentrera pas sur le vélodrome de Roubaix, mais aura fait l’entièreté de la course, mis à part les 2 tours du vélodrome nécessaire pour arriver à la fin de cette épreuve. Alexandre va même l’aider à repartir en le tractant avec son utilitaire.

L’humain reprend le dessus sur la course et c’est ce qui fait que cette course est aussi appréciée. L’ambiance y est conviviale, et même si l’organisation peut paraitre rodée en extérieur, beaucoup de décisions sont prises sur le tas. C’est une course incomparable qui implique une organisation unique. Le bilan de la course déplore tout de même la perte d’un camion, dont le châssis a violemment tapé contre un pavé lors de la course.

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