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Cérémonie des Auguste : récompenser et soutenir l’humour français

Cérémonie des Auguste : récompenser et soutenir l’humour français

auguste de l'humour

Dans un climat culturel en crise, lundi 3 février, les Auguste ont récompensé les meilleurs humoristes français au Nouveau Siècle, à Lille. Face aux problématiques financières du monde de la culture, la première cérémonie consacrée à l’humour en France s’est faite lieu des revendications du secteur.

Après le cinéma, le théâtre, “les handicapés du Téléthon et les homosexuels de l’Eurovision”, Sébastien Thoen a été l’hôte percutant des Auguste de l’Humour pour leur première édition. Organisés par la Communauté de l’Humour, et en marge du festival Lillarious, c’est au Nouveau Siècle que s’est regroupé le monde du stand up pour primer, mais avant tout, pour célébrer le rire.

Du beau monde pour la première édition

Parmi les 100 spectacles représentés et les six prix remis, c’est Florence Foresti qui s’est imposée, malgré son absence, comme humoriste de l’année. Manu Payet a, quant à lui, reçu le prix du meilleur spectacle. Diane Segard récupère la meilleure vidéo web, Victoria Pianasso la révélation de l’année, et la Bruxelloise Sarah Lélé le prix de la francophonie. Enfin, Wally Dia a été nommé meilleur auteur pour son spectacle en collaboration avec Mediapart, intitulé 1 heure à tuer

Pour accompagner la soirée se sont retrouvés pontes et jeunes pousses du stand up français et francophone. Smain, Anne Roumanoff, Pascal Légitimus, Jéremy Crédeville : tous se sont levés pour saluer l’Auguste d’honneur, Dany Boon, local de l’étape revenu récemment sur les planches avec son spectacle intitulé Clown, ce n’est pas un métier. Tous s’accordent sur un point : il était temps que l’humour ait sa cérémonie. Auparavant, la seule récompense pour l’humour était un Molière (relatif à la cérémonie récompensant le monde du théâtre, ndlr).

Si légitimité et statut étaient au rendez-vous, l’accent de Sébastien Thoen et des invités s’est également fait politique et social. États-Unis, gouvernement, despotisme, #MeToo, religions et autres minorités : personne ne fut épargné. Aux Auguste, on rit de tout et on embrasse l’outrance.

Le rire jaune d’une culture moins financée

Parmi les sketchs, un sujet sort du lot : la baisse de financement de la culture par le gouvernement. Dans l’amphithéâtre était présent Xavier Bertrand (président de la région Hauts-de-France), membre du parti Les Républicains qui soutient cette baisse. Pierre-Emmanuel Barré, en récupérant son titre, ne s’est pas privé d’une pique : “Xavier Bertrand, dans une cérémonie célébrant la culture, [ce serait comme] retrouver Dominique Pélicot à une réunion d’Osez féminisme”. Le président de région nous répond à la fin de la cérémonie que baisser le budget national n’impacterait pas tant le secteur : “avec cinquante millions en moins, les acteurs culturels n’ont qu’à venir voir [que cela se passe bien] dans les Hauts-de-France”. Cette baisse de 50 millions d’euros, annoncée par Rachida Dati, s’ajoute à une première de 100 millions du gouvernement Barnier. Le ministère privilégiant la restauration du patrimoine dans son budget, la CGT et les autres acteurs du spectacle vivant s’inquiètent d’une mort à petit feu de leur pan du secteur culturel. “Un pays sans culture, c’est un pays qui meurt”, alerte Diane Ségard.

Pierre Emmanuel Barré a remporté le prix de meilleur chroniqueur radio de l’année. © Paul Perrin / Pépère News

Mais la lauréate du prix web ne s’arrête pas là : “Aujourd’hui, c’est les réseaux sociaux qui m’ont permis de remplir mes salles.” Les nouveaux biais de communication semblent devenir la parade face au manque de financement. Elle poursuit plus positivement : “Je ne suis pas sûre que cette cérémonie ait un impact direct sur ma carrière. Mais en tant qu’artiste, sa visée symbolique est forte.”  Sarah Lélé rejoint ici la lauréate : “Ce prix a de la valeur quand on réalise qui sont les gens présents ce soir. Être validé par ses pairs, ça permet de ne pas perdre l’essence du stand up. Avec ce type de rendez-vous, on a des chances de passer un “gap’’, et pourquoi pas monter au niveau des Américains.” 

En voulant créer un évènement sans se prendre au sérieux, les Auguste s’alignent tout de même aux autres cérémonies culturelles, dans le sens où ils permettent une critique des dérives et incompréhensions sur le métier. Cette fois-ci, elle se fait cependant par le rire. Au final, en riant de tout, on rit parfois de soi-même, et quoi de mieux qu’un peu d’autodérision pour prendre du recul afin de faire évoluer l’humour français.

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