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“Une offensive des réactionnaires” : Gabriel Attal pourfend le RN en vue de 2027

“Une offensive des réactionnaires” : Gabriel Attal pourfend le RN en vue de 2027

Gabriel Attal et les ccadres de Renaissance et leurs alliés à la Cité du Cinéma, le 06/04/2025.

Paris et la Seine-Saint-Denis ont occupé le champ médiatique, dimanche 6 avril, en accueillant simultanément trois mobilisations politiques liées à 2027. Gabriel Attal a réuni son parti Renaissance à la Cité du Cinéma ; le Rassemblement national (RN) a organisé une manifestation en soutien à Marine Le Pen place Vauban, et une contre-manifestation de La France Insoumise et des Verts s’est tenue à République. 8.853 militants macronistes étaient présents en Seine-Saint-Denis, d’après les organisateurs, sur le thème du “rassemblement.”

C’est dans une ancienne centrale électrique à charbon que Renaissance s’est rassemblé derrière son leader Gabriel Attal, ancien Premier ministre. Bien que le meeting ait été annoncé en janvier, un sujet a chamboulé les programmes et prises de paroles. En effet, la condamnation de Marine Le Pen et de 23 anciens députés européens ainsi que leurs assistants parlementaires, le 31 mars dernier, pour avoir détourné 4,4 millions d’euros d’argent public, dont 4,1 millions d’euros pour emplois fictifs, ont fait l’objet de temps de parole. À ce sujet, les militants n’hésitent pas à scander “et 1, et 2, et 4 millions [d’euros].”

Cité du Cinéma, « Évènement » Renaissance, le 06/04/2024, ©OUDOTTE Maxence.

Un jugement partagé

Alors que “certains remettent en cause le principe de démocratie”, d’après Roland Lescure, ancien ministre de l’Industrie, le camp présidentiel entend profiter de l’évènement pour attaquer son ennemi historique : le Rassemblement national, qu’il a battu deux fois aux présidentielles précédentes. Les macronistes dénoncent une instrumentalisation de l’État de droit et de la démocratie, tel que Sophiane, qui s’occupe du stand de la section Renaissance des Hauts-de-France et qui n’oublie pas de partager les différentes bières locales aux militants. Il affirme que “c’est encore le peuple qui choisit” le projet de société qu’il souhaite, malgré l’impossibilité temporaire pour Marine Le Pen de se présenter. C’est “un sujet complexe, pouvant être présenté comme anti-démocratique et comme une impunité” dans le cas où la figure de proue du parti d’extrême-droite n’est pas condamnée.

L’attache du RN dans le Nord

Professeur d’histoire à Arras et âgé de 30 ans, Sophiane confie avoir “peur de la tournure des partisans du RN et de ceux qui ne l’étaient pas encore”, à cause de la “position victimaire” de la candidate. Il souhaite que Renaissance s’appuie sur “la multitude de talents” présents dans le Nord, sans toutefois laisser place à une guerre des chefs. Alors que le RN est passé de zéro député dans le Nord et le Pas-de-Calais en 2012, depuis 2024, c’est 17 élus de ces départements qui portent les couleurs du parti à la flamme. Sur ce point, le Nordiste dénonce “un basculement vers l’extrême-droite qui fait peur”, alors même que ces territoires sont connus pour leur ancrage historique à gauche. Le rapprochement des électeurs vers l’extrême droite est “une dynamique que l’on voit partout en Europe” selon Valérie Hayer, députée européenne et ancienne tête de liste pour Renaissance aux européennes de 2024. Nous serions entrés dans “un monde anxiogène avec de nouveaux enjeux”, d’après elle. Cela témoigne du fait que “les peuples sont perdus”, argumente Prisca Thévenot, ministre déléguée chargée du Renouveau démocratique. Elle interprète que “les citoyens vont vers des partis populistes qui donnent une illusion de pouvoir.”

Concernant les enjeux du RN dans le Nord, Violette Spillebout, députée-candidate à la mairie de Lille, partage les mêmes positions. Elle pointe “le chômage et le manque de service public” dans le Nord, qui participent à un “fort mouvement vers l’extrême-droite.” ÀLille, “les extrêmes [de gauche et de droite] sont un danger” pense-t-elle, tel que le RN qui penserait à investiture Matthieu Valet, selon une source interne citée par l’AFP.

Cité du Cinéma, « Évènement » Renaissance, le 06/04/2024, ©OUDOTTE Maxence.

L’Europe de l’Est au secours des politiques

À l’occasion du meeting, la députée ukrainienne Liudmyla Buimister et l’ancienne présidente géorgienne Salomé Zourabichvili étaient invités d’honneur. L’ex-présidente a justement appelé à “défendre la démocratie”, tandis qu’Ambroise Méjean, président des Jeunes Avec Macron, prétend que le RN “préfère l’international réactionnaire au combat des démocraties”, et que le parti n’aurait jamais apporté son soutien financier à l’Ukraine s’il avait remporté les précédents scrutins. Toujours en référence aux pays d’Europe de l’Est, Marine Le Pen s’est comparée le même jour au sort de l’opposant russe Alexei Navalny, décédé en 2024. Gabriel Attal a tenté de faire adhérer l’idée que “Marine Le Pen est l’un des pions de son bourreau [Vladimir Poutine].”

Un jugement “victimaire” dédiabolisateur

Place Vauban, Mme Le Pen a réitéré que sa condamnation était “une décision politique”, ce qui a fait l’objet de joutes verbales à la Cité du Cinéma. Le couple Stéphanie et Vincent, respectivement âgés de 43 ans et 49 ans, originaire du Nord, dénoncent le fait que “les populistes ont la particularité que quoiqu’ils fassent, ils sont soutenus.” C’est “une stratégie de proximité” avec les gens qui “ont déjà été victime dans leur vie” pour s’identifier au RN. Selon le principe d’égalité en France, “Marine Le Pen est une justiciable comme les autres citoyens” rappelle Valérie Hayer. Elle a été jugée par une “justice indépendante sur la base d’une loi votée par le RN, pour laquelle Mme Le Pen demandait l’inéligibilité à vie” poursuit Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique et députée du Pas-de-Calais. Toutefois, le Front national, à cette époque, n’a jamais voté pour cette loi. La loi sur l’inéligibilité appliquée contre les membres du FN est celle du 23 juillet 1992, lorsqu’aucun député était apparenté au parti.“ Il ne peut y avoir une justice à deux poids, deux mesures”, toujours d’après la ministre nordiste, qui appelle tout de même à une justice rapide et ne s’oppose pas à un procès en appel dès l’été 2026 pour Mme Le Pen.

Gabriel Attal en tête… derrière le RN

Malgré la promesse d’Emmanuel Macron en 2017 sur un recul de l’extrême-droite, s’il a défait à deux reprises Marine Le Pen en 2017 et 2022, le RN n’a jamais été aussi haut dans les sondages. Selon le dernier sondage Elabe, le parti nationaliste devance le camp présidentiel qui arrive deuxième. Gabriel Attal obtiendrait 18% des voix face à Marine Le Pen et ses potentiels 36% contre 35,5% pour Jordan Bardella. Édouard Philippe, candidat déclaré du parti Horizons, aurait un score de 24% face à Marine Le Pen à 33,5%, contre 20,5% en cas de candidature de M. Bardella qui, lui, obtiendrait 31%. Interrogé sur cela, M. Attal a refusé de répondre. En attendant le prochain scrutin présidentiel et les candidatures de l’ensemble du camp présidentiel, M. Attal a annoncé présenter en 2026 un projet “qui devra être celui du changement profond.” Également, Édouard Philippe propose la création d’un “bloc démocrate et républicain”, pour assurer leur chance face au RN. Gérald Darmanin, ministre de la Justice et député de Tourcoing, invite Les Républicains à les rejoindre, “leur place est à nos côtés.”

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