Gourou ou l’illusion d’un beau discours
Un an à peine après son dernier film, Yann Gozlan reprend du service et revient avec Gourou, sorti le 28 janvier 2026. Au casting, on retrouve Pierre Niney, qui incarnait déjà le personnage principal dans Boite noire (sorti en 2021), ainsi que Marion Barbeau et Anthony Bajon. Le réalisateur nous présente un film abordant le sujet des coachs, du développement personnel, du succès et de ses travers, un pari osé et, à vrai dire, peut-être assez risqué.
Le scénario de Gourou pourrait se résumer en quelques lignes : Matthieu Vasseur (Pierre Niney) est le coach de développement personnel le plus suivi de France, ses séminaires attirent les foules. Il prétend “aider les gens”, les faire sortir de leur quotidien banal pour leur faire prendre conscience de qui ils sont réellement et ce qui les empêche d’avancer dans leur vie.
Des sujets ancrés dans l’actualité
Au-delà du sujet du développement personnel, le film interroge sur des questions d’ordre psychologique comme la confiance en soi, en autrui, les relations humaines et la perte de contrôle. À force d’en faire trop et d’en vouloir toujours plus pour les autres, est-ce qu’on ne finit pas par se perdre soi-même ? Telle est la question posée par ce film. Le film prend également une tournure politique car il est question de passer une loi afin d’exiger la possession d’un diplôme d’État pour pouvoir être coach. Cela amène des interrogations vis-à-vis des compétences, des études et de la légitimité en tant que coach par rapport au métier de psychologue. Les politiciens ont-ils leur mot à dire sur ce nouveau métier intriguant ? Les réseaux sociaux sont également au cœur du film car le personnage principal poste ses méthodes et conseils sur sa chaîne YouTube. La puissance d’internet, des réactions, des likes est un élément moteur du film, tout comme l’importance de l’entourage pour y faire face.
Développement personnel ou sectaire ?
Les séminaires donnés par le personnage incarné par Pierre Niney donnent une impression de véritable show mis en scène : tout est préparé, analysé. Cependant ces scènes très prenantes voire oppressantes interrogent. Est-ce que cela ne dépasserait pas le cadre du simple séminaire ? Les personnes qui y assistent sont désespérées, en quête de sens, bloquées par un élément de leur passé. Bien que bien réalisé, le film ne s’attarde pas plus sur les personnages secondaires à l’exception d’un, interprétée par Anthony Bajon. Le film reste très centré sur le personnage principal. Le sujet du coaching peut vite devenir un sujet problématique en raison de l’aspect sectaire que cela peut engendrer. Cependant il n’est pas plus question de mettre en garde le spectateur, la morale n’est pas très claire. Au terme de 2h06, on sort de la salle de cinéma perplexe. Le réalisateur voulait-il mettre en garde contre les dérives du développement personnel ? Voulait-il mettre en scène un personnage complexe et manipulateur afin de sensibiliser ? Ou voulait-il tout simplement aborder divers sujets actuels afin de captiver l’audience ? Ces questions restent pour la plupart sans réponse.
Un film froid et distant à la limite du problématique
Le film Gourou a fait l’objet de beaucoup de promotion, notamment par l’acteur principal Pierre Niney. Il semblait apporter un souffle nouveau avec des thèmes qu’on n’avait pas l’habitude de voir dans des films français. Malheureusement les choix scénaristiques ne lui font pas honneur. L’intrigue est focalisée sur un personnage toxique, menteur, qui ne prend aucune bonne décision. Il aurait pu être intéressant de se focaliser sur ses failles, son passé afin d’essayer de créer une certaine attache émotionnelle. Idem pour les personnages secondaires, très peu exploités et qui restent assez froids, voire peu utiles à l’intrigue. Des scènes d’une violence extrême censées mettre en avant le fait que la perte de contrôle peut mener à la folie sont peu subtiles et très brèves car on ne s’attarde pas spécifiquement dessus. Le film frôle même le politiquement correct en mettant en scène l’animateur Cyril Hanouna et son équipe dans une séquence d’interview du personnage principal. Un choix de réalisation étrange car rien ne justifie le fait de lui donner de la visibilité. La fin du film laisse perplexe : y a-t-il vraiment une justice pour les manipulateurs toxiques ? Les méchants doivent-ils toujours gagner ? Gourou aurait pu être un succès mais sa distance avec le spectateur et son manque de morale n’aident pas à comprendre le message derrière tout cela.
