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Interview : Baptiste Roussel, une candidature citoyenne pour conquérir le Beffroi

Interview : Baptiste Roussel, une candidature citoyenne pour conquérir le Beffroi

Baptiste Roussel est candidat aux élections municipales de Lille.

À 47 ans, Baptiste Roussel est pour la première fois candidat aux élections municipales à Lille. Sa particularité ? Il n’est soutenu par aucun parti politique et présente donc une candidature “citoyenne”. Pour combler son manque de notoriété et de moyens, il s’engage à 100% pour sa campagne et a mis son activité professionnelle entre parenthèses pendant quelques mois. Qui est-il, quel est son projet et comment compte-t-il le mettre en œuvre ? Nous l’avons rencontré.

“Pépère News : Vous présentez une candidature « citoyenne » aux élections municipales. Quel est le sens de votre démarche ?

Baptiste Roussel : C’est une candidature sans étiquette politique. Je trouve qu’il y a des idées intéressantes dans différents partis, mais je n’ai jamais réellement trouvé un programme sur lequel j’étais en phase. Dans la vie, les gens veulent avoir un cadre vie agréable, être libres de leurs mouvements, pouvoir créer et innover comme ils veulent. Les partis politiques se spécialisent sur une « clientèle », mais ce côté idéologique m’énerve un peu et n’est parfois pas très sain. Par ailleurs, par rapport aux profils qui se présentent, des personnes qui vivent depuis des années de la politique, je pense que c’est bien de voir autre chose. Je ne vois pas pourquoi quelqu’un qui est maire ou adjoint depuis dix ans serait bien plus performant que quelqu’un qui vient de la société civile, qui a une expérience forte dans le management, dans la gestion d’équipe, qui a un plan d’action clair. Et puis par rapport à l’abstention, je trouve grave qu’une personne sur deux ne vote pas pour une élection municipale, qui a impact sur notre vie au quotidien. Le fait “d’apporter” un autre profil, d’autres idées et une autre manière de faire, ça pourrait peut-être convaincre certaines personnes. Aujourd’hui, les hommes politiques sont responsables du manque de résultats, du manque d’exemplarité, et je pense pouvoir essayer d’apporter humblement autre chose.

N’être soutenu par aucun parti politique, c’est plus compliqué ?

Oui, par rapport à des partis qui sont implantés depuis des dizaines d’années, il n’y a pas les moyens financiers, les moyens humains, le réseau, l’accès au médias. Après, ça me va bien : je porte des idées sur lesquelles je suis 100 % en phase. J’essaie de pallier à ce manque de réseau et de moyens par les réseaux sociaux, qui permettent de toucher les gens directement. Comme tous les autres, je fais du tractage sur les marchés ou dans les boîtes aux lettres. C’est le jeu, j’en étais conscient dès le début.

Si vous êtes élu maire de Lille en mars prochain, quelles seront vos premières mesures ?

Durant les six ans de mandat, je souhaite une ville moins chère, plus sûre, plus verte et avec un développement économique plus fort, notamment par rapport aux commerce et aux services du centre-ville. Sur les deux premières années, je pense qu’il est possible de construire un certain nombre de logement, notamment via des logements modulaires qui sont plus économiques, plus faciles à construire, plus écologiques et moins cher. Sur la sécurité, je propose la mise en place de navettes gratuites pour les Lilloises de 22h à 3h du matin – car il y a un vrai sujet de sécurité le soir – et un début d’augmentation des affectifs de police. Sur le sujet des commerces, je souhaite militer pour un encadrement des loyers. Et sur les transports, je souhaite la gratuité des transports pour les moins de 25 ans, en partant du principe qu’il y a un tiers des moins de 25 ans qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.

La Grand’Place de Lille est entièrement piétonne depuis le 12 janvier 2026. Vous y étiez favorable ?

Je pense que Lille a toutes les qualités pour devenir une ville agréable aux piétons et aux cyclistes, donc c’était important de piétonniser. Par contre, rien n’a été fait pour les automobilistes. Je pense qu’il est important de créer des parkings relais. Quant au sujet des commerces, il faut animer cette place. Il faut créer quand même une animation avec, par exemple, la mise en place d’un marché tous les samedis matins et des évènements culturels. Il faut faire vivre cette Grand’Place pour qu’elle ne soit pas juste un lieu de passage.

Lille est la troisième ville universitaire de France avec plus de 100.000 étudiants. Comment entendez-vous les accueillir dans les meilleures conditions ?

Le sujet principal et primordial, c’est le logement. Je souhaite construire 5.000 logements pour les étudiants lors des six prochaines années, à loyers modérés et dans des endroits sécurisés. Par ailleurs, sur le sujet des transports, je propose la gratuité des transports publics pour les moins de 25 ans. Et puis il y a également d’autres propositions, pour “améliorer la qualité de vie” : des terrains de sport gratuits pour le paddle, le pumptrack ou l’escalade seront à mis à disposition et donc accessibles aux étudiants. Sur la culture, je souhaite qu’il y ait un événement culturel et sportif tous les mois à Lille. Il y a déjà Séries Mania, Lillarious ou la Braderie, mais je souhaite instaurer une Fête des Lumières, Lille City Games ou un festival de musique. Et puis le dernier point pour les étudiants, c’est la création de Maisons des Étudiants qui accueilleront des réunions, des débats, des expos, mais aussi un pôle santé avec des professionnels de la santé mentale et de la santé physique. Ce seront des lieux d’échanges entre étudiants de différentes écoles ou unités.

Baptiste Roussel est très présent sur les réseaux. Il publie près d'une vidéo par jour sur Instagram. © Capture d'écran/InstagramBaptiste Roussel est très présent sur les réseaux. Il publie près d’une vidéo par jour sur Instagram. © Capture d’écran/Instagram

Certaines mesures concernant la sécurité sont similaires à d’autres candidats, dont la généralisation de la vidéosurveillance. Quelles propositions vous différencient dans ce domaine ?

Je ne cherche pas forcément à me distinguer. 40 postes de la police nationale ont été supprimés par le gouvernement à Lille, […] il y a beaucoup moins de moyens et de budgets nationaux pour les villes. Ça a un impact très fort. Je sais que la mairie a essayé de compenser en recrutant un peu plus de policiers municipaux. Si on était dans une ville avec un taux de criminalité pas très fort, ça irait. Là on se retrouve avec, je crois, entre 150 et 200 agents. Mon but, à terme, serait de doubler le nombre de policiers municipaux. Je ne sais pas si ce sera suffisant, mais le fait d’avoir une présence tactique est primordial […]. La vidéoprotection a deux intérêts, elle peut parfois résoudre certains faits dans la rue et il y a ce sentiment de sécurité pour les gens. Sur l’armement, je ne suis pas forcément en faveur des armes létales, mais c’est important d’armer, donc je suis pour les tasers. En face il y a des dealers, ce n’est pas de la petite criminalité. Le fait qu’il n’y ait pas d’armement ne permet pas de recruter, les policiers tiennent à leur vie et ne veulent pas aller au casse-pipe. Le dernier point, c’est le côté prévention. Il n’y a que 14 médiateurs de rue à Lille, ce n’est absolument pas suffisant. Il faut a minima doubler le nombre. Je propose aussi de travailler plus en amont auprès des écoles, collèges et lycées pour davantage de sensibilisation. Il y a des personnes qui sont parfois victimes d’agressions et ne se sentent pas à l’aise dans les rues et qui vont sortir ailleurs. Je trouve ça dommage. Une ville qui va bien, c’est une ville dynamique, où il y a une bonne ambiance. Or, ces sujets de sécurité empoisonnent un certain nombre de personnes.

Vous proposez de consulter les Lillois pour tout projet dépassant 10 millions d’euros de dépense. Pensez-vous pouvoir faire face à l’abstention locale et à la lassitude des citoyens de devoir se rendre régulièrement aux urnes ?

Les votes se feront en ligne. Je pense qu’il faut réactiver la machine [démocratique]. Au niveau local, ça va toucher concrètement les gens, ils sont libres de s’exprimer. Chacun est responsable et votera ou pas. Je demanderai si l’on réalise ou non une mesure, et non pas si on fait un plan A ou un plan B. Il peut y avoir plein de raisons concernant l’abstention, mais peut-être que ça donnera envie de participer à la vie locale. Cela pourra sans doute se faire par bloc de projets pour que ce ne soit pas trop fréquent. Je pensais à une échéance de trois ou quatre fois par année où les gens voteraient pour une ou plusieurs mesures.

Avez-vous tenté de fusionner vos listes avec d’autres candidats ?

Non, très clairement, je ne fais pas ça pour avoir un poste. J’ai travaillé avant et je travaillerai après. Ce n’est pas une démarche personnelle, même s’il est vrai que ça paraît un peu carriériste. Si jamais des mesures sont reprises par un autre parti et qu’il est élu, c’est très bien. Tout le monde est remplaçable. Ce qui est important, c’est d’essayer d’améliorer les choses.

En cas de défaite, et même s’il reste un mois avant le scrutin, qu’aurez-vous retenu de votre campagne ?

Ce que j’aurais appris c’est que quand on n’a pas une structure financière, humaine et une renommée, c’est compliqué. Je n’étais pas naïf et je savais que ça allait être le cas. J’ai essayé de faire les choses avec mes moyens, de faire différemment avec les réseaux sociaux et je pense avoir réussi à toucher un certain nombre de personnes. Par ailleurs, les gens se plaignent beaucoup de la politique, néanmoins quand vous avez des gens de la société civile, ils sont très rarement élus. Il y a ce côté où les gens se raccrochent à ce qu’ils connaissent déjà. J’ai aussi adoré rencontrer des personnes que je n’aurais jamais rencontrées sans ce projet.”

Propos recueillis par Maxence Oudotte et Alexandre Van Assche. 

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