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Le retour de Tamino avec l’étincelant Sahar

Le retour de Tamino avec l’étincelant Sahar

Tamino, Sahar

Le 23 septembre dernier sortait Saharle nouvel album de l’artiste belgo-égyptien Tamino. Quatre ans après la sortie de son album Amir, l’artiste réunit ses origines occidentales et orientales dans un superbe mélange. Retour sur ce mélange rock-folk et oriental aux textes chargés en émotions. 

Fils d’une anthropologue belge et d’un musicien égyptien, le jeune chanteur anversois Tamino-Amir Moharram Fouad se fait connaître en 2017 avec la sortie de son single Habibi et de son album Amir. La même année, il remporte le prix de la révélation dans le concours de la radio Studio Brussel. Il est ainsi propulsé sur le devant la scène. Les radios belges se l’arrachent, programmé sur les radios françaises, il conquiert ensuite le reste de l’Europe puis le monde entier.

Le Jeff Buckley égyptien

Le petit-fils de La Voix du Nil – le célèbre chanteur égyptien Moharram Fouad – a conquis le monde avec sa voix angélique aux touches orientales. Sa grande taille et ses allures romantiques lui valent également d’être remarqué par la maison Valentino et le styliste Yohji Yamamoto. Invité à de nombreuses Fashion Week, il est présent aux premiers rangs des défilés Valentino et Fendi et pose pour le magazine Vogue. Il enchaîne les festivals (en passant par le Mainsquare d’Arras) et plusieurs tournées internationales, puis s’arrête avec la pandémie et se concentre sur l’écriture de son dernier album Sahar.

Tamino, très justement surnommé le Jeff Buckley égyptien par de nombreuses critiques, livre un album poignant, aux mélodies rock folk et orientales, teinté de mélancolie. Influencé par Nick Cave, Leonard Cohen ou encore John Lennon, le jeune prodige offre des textes sombres abordant pour la plupart le thème de l’amour avec la plume d’un poète.

Un album lumineux

Ce nouvel album Sahar (signifiant “juste avant l’aube” en arabe) est composé de 10 titres. Le bassiste de Radiohead Colin Greenwood accompagne Tamino sur de nombreux morceaux de l’album, tout comme Angèle sur Sunflower. On peut également déceler la présence d’un étrange instrument sur des titres comme The First Disciple ou A drop of Blood aux résonances arabes. C’est l’oud, un ancêtre du Luth née en Perse. Plusieurs années ont été nécessaires au chanteur pour maîtriser un tel objet.

L’artiste belge plonge l’auditeur au cœur d’un univers transcendé par ses émotions, là où le temps semble ralentir. Sahar est un album débordant de lumière, une lumière douce et apaisante, chanté par une voix puissante. Le chanteur laisse ses vertigineuses arabesques d’Amir de côté pour des sons plus feutrés et une ambiance plus intimiste, tout en gardant cette intensité qui lui est propre.

Sur Amir, il revisitait un mythe grec avec Persephone. Sur Sahar la logique reste la même. Il s’inspire de la religion et du mythe de Clytie et d’Appolon avec The First Disciple et Sunflower. Même si Tamino n’est pas croyant, ces thèmes ont une place importante dans ses textes. Cela apporte une forme de lumière divine, les sons semblent être accompagnés par une voix qui apparaît comme être celle d’un ange.

Tamino au festival Les Vieilles Charrues en 2019 © Thesupermat (Wikimedia)
Tamino au festvival Les Vieilles Charrues en 2019 © Thesupermat (Wikimedia)

“I don’t owe you, I’ve never owned you”

Sahar ne raconte pas une histoire, il n’y a pas de fil rouge à proprement parler, comme le dit son auteur dans plusieurs interviews. Les titres ont chacun leur histoire, comme avec You Don’t Own Me qui décrit une relation amoureuse toxique. Deux personnes qui s’empoisonnent dans une logique de domination malsaine. Le lent tempo du piano crée une ambiance inquiétante, Tamino adopte une voix torturée. Les dernières minutes du titre s’élèvent en un impressionnant crescendo où viennent s’ajouter des violons et où toute la puissance du chanteur se libère pour le final, il passe du grave à l’aiguë en quelques secondes. C’est avec un tel titre que tout le charme de cet artiste est perçu, aussi déconcertant que surprenant.

Le compositeur et interprète puise une partie de son inspiration dans les œuvres du poète libanais Khalil Gibran, c’est peut-être aussi pour cela que ses musiques sont aussi fluides et agréables à écouter. Toute la beauté de la plume de Tamino réside dans l’interprétation que le public peut s’en faire. Les textes sont vagues, de l’ordre de l’imagination, on peut les tordre dans tous les sens et les comprendre à notre manière. L’imagination prédomine dans ces deux albums. Avec Indigo Night dans Amir, l’auditeur est confronté à un conte oriental mystique qui se développe tout au long du titre. Ici, dans Sahar, ce sont les émotions du chanteur qui se diffusent, une chanson de rupture comme Only Our Love peut se transformer en une déclaration d’amour dans le dernier couplet.

C’est ici que se cache le message de Sahar. Les sentiments sont complexes et universels, l’art et le beau se mélangent dans la vie de tous les jours, et la musique en réunit plus d’un. C’est ce qu’explique Tamino, “J’aime la transcendance, je crois à ça, je crois que les gens ont la possibilité de faire des choses qui les élèvent. Et c’est ça que je sens dans mes concerts […] Tout le monde s’élève, et je pense que c’est quelque chose de spirituel” (japprecie.fr, 2018).

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