En lecture
Sirat, le film choc du festival de Cannes est en salle

Sirat, le film choc du festival de Cannes est en salle

Bruno Núñez Arjona, Sergi López Sirat

Reparti du festival de Cannes avec le Prix du Jury en ne laissant personne indifférent, Sirat, le nouveau film du cinéaste franco-espagnol Óliver Laxe divise mais tient le pari de surprendre des salles entières.

Luis, accompagné par son fils Estéban, recherche désespérément sa fille. En plein désert marocain, il décide de suivre un groupe de jeunes qui se dirigent vers une fête près de la Mauritanie où pourrait bien se trouver cette dernière. Voilà l’univers sec et aride de Sirat, celui d’un désert rythmé par la musique électronique où un père et son fils ont encore l’espoir de retrouver leur proche.

Sirat : un film qui divise mais surprend

On peut dire de ce film qu’il est long ou étrange mais personne ne peut prétendre ne pas avoir écarquillé ses yeux et placé ses mains devant sa bouche face aux retournements de situation. Car oui, si l’on apprend bien quelque chose au cours du long métrage, c’est que rien n’est assuré et que tout peut arriver. Voilà longtemps que nous n’avions pas vu un auteur se prendre pour un Dieu sans limites face à ses personnages et leur infliger le plus cruel des sorts.

Si Sirat a été présenté comme le film choc de la rentrée à ne pas manquer, il permet de mettre en avant son réalisateur qui était resté jusqu’à présent assez confidentiel avec ses précédents films. Il avait pourtant reçu le prix du jury de la section Un certain regard au festival de Cannes en 2019 avec Viendra le feu ainsi que le Grand Prix de la semaine de la critique toujours à Cannes en 2016 avec Mimosas, la voie de l’Atlas. Cet habitué du plus grand festival de cinéma au monde semble cependant avoir cette fois profondément marqué les esprits avec son nouveau long métrage.

Et si l’apocalypse n’était qu’un détail ?

Sirat doit bien être l’unique film à inventer une troisième guerre mondiale uniquement dans le but de la placer au second plan et d’en faire un futile détail. De ces modalités nous n’en saurons rien à cause des personnages qui baissent sans cesse la radio à chaque fois que l’on s’apprête à en savoir plus. C’est alors dans une ambiance quasi apocalyptique que nous nous enfonçons dans le désert avec ces drôles de personnages, des sortes de vagabonds férus de danse abîmés par la vie, certains mêmes mutilés.

Le film accorde alors à la danse et la musique une place centrale. La bande-son du compositeur français Kangding Ray s’impose et s’affirme dès le début comme un personnage à part entière. Dès sa scène d’ouverture, Laxe nous informe de l’importance de la musique en filmant attentivement l’installation d’enceintes. Une fois cela fait, le film peut enfin commencer.

Cette musique électronique brutale marque, résonne encore après le film, elle contribue à cet abasourdissement provoqué par Sirat. Car oui, la guerre mondiale peut bien s’effacer devant le plaisir que les personnages ont à danser, à jouer avec les rythmes, ressentir chacun de leurs mouvements qui sont portés à l’écran avec délicatesse et attention.

Que retenir et comprendre du film ?

Sirat peut sembler troublant et déroutant, et c’est bien là sa force. Mais il invite chacun à se réveiller d’un songe qui a pu perdre l’homme en l’éloignant de la réalité de la vie ou plutôt de la mort.

En plus d’être, dans l’islam, le pont entre l’enfer et le paradis, Sirat serait d’après Óliver Laxe “ce chemin intérieur qui te pousse à mourir avant de mourir”. Ce voyage quasi métaphysique serait alors peut-être le meilleur film de fin du monde possible. Celui qui nous montre notre force insoupçonnée, qui nous confronte à la mort et nous donne envie de continuer de danser malgré le chaos.

Quelle est votre réaction ?
J'adore !
8
J'ai hâte !
1
Joyeux
1
MDR
0
Mmm...
0
Triste...
1
Wow !
0

Auteur/Autrice

Voir les commentaires (0)

Répondre

Votre adresse Email ne sera pas publié

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.