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Petit Pays, la violence de l’Histoire à travers les yeux d’un enfant

Petit Pays, la violence de l’Histoire à travers les yeux d’un enfant

Mardi 25 février, le réalisateur Eric Barbier était à Lille en compagnie de l’actrice Isabelle Kabano, pour présenter son film Petit Pays en avant-première. A l’écran, on suit l’enfance de Gabriel au Burundi, rattrapée par la guerre civile et le génocide rwandais. Le spectateur découvre toute la violence de cette période à travers les yeux innocents de l’enfant.

Le film est inspiré du roman du même nom de Gaël Faye, qui a été très présent pendant le tournage et a été d’une grande aide pour le réalisateur. “Il m’a donné les clés pour aller dans ce petit pays”, raconte Eric Barbier. Le film se permet toutefois des différences avec le livre, toujours sous l’œil attentif de Gaël Faye. Le réalisateur choisit de se concentrer sur la relation entre les membres de la famille, qui est selon lui “la caisse de résonance de l’histoire”. De ce fait le personnage d’Anna, la sœur de Gabriel, est plus développé. On découvre une nouvelle facette de Gabriel, celle d’un grand frère ayant des responsabilités.

Le regard singulier de Gabriel

Ce film, c’est d’abord un film sur le petit garçon qu’est Gabriel. Pendant la guerre civile, la vie continuait pour l’enfant. On assiste à des scènes de la vie quotidienne, les enfants vont à l’école, s’amusent. À l’écran, notamment au début du film, les couleurs sont douces, il y a de la musique : “on parle aussi de la joie de vivre”, explique Isabelle Kabano. La guerre civile burundaise et le génocide rwandais sont en arrière-plan. On saute d’ailleurs toute la période du génocide dans une ellipse de plusieurs mois. Lorsque la mère d’Anna et Gabriel leur annonce que, menacée d’être tuée, elle reste à la maison à cause du génocide, les enfants sautent de joie.

La grande histoire est racontée “à travers les yeux de Gabriel qui ne comprend pas ce qui se passe”. Plus que le conflit dans la société burundaise, c’est le déchirement entre ses parents que Gabriel observe, par l’encadrement d’une porte, à travers la vitre d’une fenêtre. Le père, Français, interprété à merveille par Jean-Paul Rouve, ne comprend plus la mère, Rwandaise et victime indirecte du génocide. Petit à petit, l’enfant se durcit, les couleurs se refroidissent et le spectateur assiste à la perte de l’enfance de Gabriel.

© Jerico Films

“Moi, la guerre, je l’ai d’abord entendue”

Beaucoup de choses passent par le son dans ce film. Gabriel entend les informations à la radio sans comprendre les enjeux, tente de deviner l’origine des bruits au dehors – l’orage ? les coups de feu ?- et écoute ses parents se disputer. Eric Barbier nous explique que Gaël Faye lui a dit : “moi, la guerre, je l’ai d’abord entendue”. Les coups de feu viennent petit à petit s’insérer dans le quotidien de la famille. Un membre du public, un Rwandais qui était enfant au moment du conflit, réagit : “quand on entendait des coups de feu, on essayait de deviner quelle arme c’était. On était joyeux”. L’homme sourit : “le film rend honneur à la réalité”. Il n’est pas le seul membre du public à avoir vécu durant son enfance, les conflits présentés dans le film. De nombreuses personnes prennent la parole pour remercier le réalisateur et saluer le film. “Merci pour ce beau devoir de mémoire. Le livre de Gaël, puis ce film, m’ont fait un effet de psychothérapie énorme”.

Un film d’une grande violence

Sans montrer de trop nombreuses scènes de combat, sans montrer le génocide en lui même, le film reste tout de même très violent. Tout passe par les yeux, les paroles, les gestes des personnages. D’ailleurs, l’actrice Isabelle Kabano confie qu’elle n’a vu le film qu’une seule fois et qu’elle ne peut plus le voir de nouveau :“c’est trop dur”.

La scène désignée comme la plus violente par le réalisateur ainsi que de nombreuses personnes du public, c’est une scène entre Anna et sa mère. Cette dernière revient du Rwanda, traumatisée, après avoir découvert que sa famille s’est faite tuer. Un soir, elle s’introduit dans la chambre des enfants, réveille sa fille et la force à chanter pour ses cousines et tantes décédées. La scène, qui ne semble jamais finir, est d’une violence inouïe. Isabelle Kabano est excellente dans le rôle de la mère, dévastée par la guerre, infligeant sa douleur à ses enfants. Le public félicite le réalisateur. “Pour une fois, ce n’est pas le génocide qui est central, on voit une autre histoire”.

La sortie du film en salle, initialement prévue le 18 mars, est reportée au 26 août. Alors pour patienter, on vous conseille d’aller lire le roman Petit Pays de Gaël Faye. Retrouvez la bande annonce du film juste ici :

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