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Les Choses humaines d’Yvan Attal, la forme mais pas le fond

Les Choses humaines d’Yvan Attal, la forme mais pas le fond

Les Choses Humaines Yvan Attal

Yvan Attal réalise son tout premier drame avec Les Choses humaines, adapté du roman éponyme de Karine Tuil, lauréat du prix Goncourt des lycéens en 2019 et du prix Interallié. Si le film est dans son ensemble convaincant, grâce notamment à un casting pertinent et à une construction du récit fluide, Yvan Attal échoue à nous convaincre dans son choix d’œuvre à adapter. C’en est à se demander s’il n’aurait pas dû laisser la place à quelqu’un d’autre. 

Les Farel ont tout pour eux. Jean est un célèbre journaliste politique français sur le point d’être décoré par le président de la République. Claire est une essayiste féministe de renom saluée par la critique. Leur fils, Alexandre, est un étudiant brillant à l’université de Stanford, un futur ingénieur. Les Farel sont dans leur monde, ils le connaissent par cœur et semblent intouchables. Jusqu’au jour où une affaire de viol éclabousse la famille et leur ascension sociale va être remise en question. C’est l’histoire d’une famille ou plutôt de deux, entremêlées et déchirées, mais également celle d’une sphère politico-médiatique à peine bousculée par l’ère #MeToo.

On y croirait presque

Dans l’ensemble, Les Choses humaines est une bonne adaptation du roman de Karine Tuil. Si Yvan Attal a respecté la division de l’histoire en trois parties, ces dernières ne sont pas exactement les mêmes. Ainsi on suit d’abord le point de vue du violeur, puis celui de la victime et enfin le procès. On retrouve tout de même l’idée principale de l’œuvre de Karine Tuil, la dualité des personnages qui sont tous contradictoires. Yvan Attal met le spectateur devant le fait accompli en le plaçant en tant que juré qui doit lui-même rendre un verdict à la fin du film. La dernière partie, celle du procès, fait doucement penser aux Douze hommes en colère de Sydney Lumet tant elle est intense.

Le monde médiatique qui est dans le roman une pièce essentielle reste ici tout de même peu développé mais c’est un choix du réalisateur qui préférait se concentrer sur l’histoire du viol. Pourtant, cette pointe plus politique aurait mérité de faire plus que de la figuration, tant elle est importante pour la compréhension de l’intrigue.

Le casting est également au rendez-vous avec un Pierre Arditi qui incarne parfaitement l’homme infect, tandis que Charlotte Gainsbourg parvient à jouer avec justesse le rôle d’une mère déchirée entre ses convictions et sa famille. Mais ce qui frappe le plus dans ce casting, c’est le jeune duo principal, interprété par Ben Attal et Suzanne Jouannet. Leur fraîcheur et leur professionnalisme est épatant, notamment lors de la scène du procès et de l’interrogation de Mila (Suzanne Jouannet) qui a été réalisée en une seule prise et qui est tout bonnement bouleversante. Suzanne Jouannet est d’ailleurs dans la liste des Révélations des César 2022.

Les Choses Humaines Yvan Attal
Suzanne Jouannet et Ben Attal, deux jeunes extrêmement pertinents dans Les Choses humaines. ©Gaumont

Mais c’est Attal qui est aux commandes

Le problème, c’est que ce serait hypocrite de dire que Les Choses humaines d’Yvan Attal est une ode à la libération de la parole. Le réalisateur est plutôt clair à ce propos d’ailleurs, ce n’est pas le sujet du consentement qui l’a attiré en premier lieu pour adapter cet ouvrage. Le film peine à choisir le camp de la victime. Dans l’ouvrage de Karine Tuil, bien que l’on soit balancé entre le point de vue du violeur et celui de la victime, il est tout de même clair que la version de la victime prime et fait force de vérité. Or ici Yvan Attal hésite, trépigne pour finir par trébucher. Dans sa version des Choses humaines, plus rien n’est clair.

Sorti à la même période que Le Dernier Duel de Ridley Scott, les deux films abordent des sujets très similaires et possèdent des constructions semblables. Mais là où Ridley Scott parvient à insister sur la vérité, celle de la victime, Yvan Attal est brouillon et hasardeux. Si bien que certains spectateurs ressortent de la séance en ne sachant pas qui croire. Dommage donc, pour une première dramatique avec un sujet aussi important et lourd de sens.

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