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Lutter contre le harcèlement de rue par la technologie, des applications qui protègent

Lutter contre le harcèlement de rue par la technologie, des applications qui protègent

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Agressions verbales, demandes insistantes, comportements déplacés… Tous les jours, des femmes et minorités de genre sont confrontées au harcèlement sexuel dans la rue. En France, 100% des utilisatrices de transports en commun déclarent avoir déjà été victimes de harcèlement sexiste ou d’agressions d’après le Secrétariat chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. Face à ce chiffre alarmant, de plus en plus d’applications voient le jour pour apporter une protection supplémentaire aux femmes.

Priscillia Routier Trillard a lancé l’application THE SORORITY en septembre 2019. C’est la volonté de créer un réseau féminin, incluant les minorités de genre, bienveillant, d’entraide et de sécurité. L’application est un réseau social reliant physiquement les plus de 8.000 utilisatrices, permettant d’échanger et d’intervenir en cas de danger. La fondatrice de l’application revient sur son projet.

La sororité comme outil contre les violences sexistes et sexuelles

La sororité désigne la solidarité entre femmes. L’idée germe dans l’esprit de Priscillia Routier Trillard en mars 2019, alors en second burn out. À ce moment, la jeune femme ne s’en sort pas mais les paroles de son médecin vont faire écho en elle : “Je suis là pour toi, je vais te protéger quoi qu’il arrive, tu n’es pas seule.” Ces mots lui font du bien et lui font prendre conscience de la puissance de la bienveillance humaine. Au même moment, Priscillia dévore le livre d’Odille Chabrillac, Âme de sorcière, “et le mot sororité me saute au visage”, confie-t-elle. Elle se dit qu’il faut activer le lien qui nous unit toutes. C’est 24 heures après, dans le métro, qu’elle voit physiquement “ce lien humain qui peut nous permettre d’assurer notre propre sécurité physique”. 

“Si je savais qu’une femme se faisait agresser dans la rame de métro, je n’aurais qu’une envie c’est d’accourir l’aider pour stopper l’agression.” – Priscillia Routier Trillard, fondatrice de THE SORORITY

C’est de ce constat que Priscillia part. Elle se plonge alors dans ses lectures et remarque une chose improbable. “On reproche sans cesse à Emmanuel Macron ou Marlène Schiappa de ne pas nous protéger, mais on prend le problème à l’envers. Si on se fait agresser dans le métro ou si on est victimes de violences conjugales, ce ne sont pas ces personnes qui vont débarquer pour empêcher l’agression.” Pour elle, c’en est assez de tenter de régler le problème une fois les faits commis. “On ne doit pas réparer mais empêcher que ça ne se produise.”

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En lançant THE SORORITY, Priscillia Routier Trillard a voulu créer un réseau bienveillant, d’entraide et de sécurité pour les femmes et minorités de genre. © THE SORORITY

Elle remarque alors que tout le monde a un smartphone, la solution qui lui vient en tête est de créer une application. “Si je savais qu’une femme se faisait agresser dans la rame de métro, je n’aurais qu’une envie c’est d’accourir l’aider pour stopper l’agression.” Priscillia est ensuite rejoint par une amie graphiste et deux développeurs. THE SORORITY est lancée en septembre 2019.

Sécurité et épanouissement, les deux volets de l’application

L’aspect sécurité contient plusieurs fonctions. Un système d’alerting est déclenchable à tout moment par l’utilisatrice, pour elle ou pour une victime dont elle observe l’agression. “Il faut appuyer sur le bouton alerting pendant deux secondes, et ça lance l’alerte aux 50 premières utilisatrices autour de toi”, indique Priscillia. Un module de géolocalisation permet de localiser rapidement l’utilisatrice en danger ou l’émettrice de l’alerte, et d’intervenir au plus vite. Un chat en ligne est mis à disposition afin de pouvoir rapidement échanger avec la personne, et obtenir des informations complémentaires, la guider, la rassurer. L’application permet aussi d’activer une alerte sonore forte et identifiable pour attirer l’attention des autres et déstabiliser l’agresseur. Autre fonction, le message écran qui vise à afficher sur l’écran de son téléphone un message de demande d’aide pour alerter discrètement. Les numéros utiles sont également accessibles pour contacter rapidement les autorités compétentes et centres d’aide (31 17 ; 17 ; 39 19).

La partie épanouissement vise à créer une communauté de femmes qui s’entraident. Sur leur profil, les utilisatrices indiquent leurs compétences et centres d’intérêt puis, grâce à la barre de recherche, elles peuvent trouver d’autres femmes avec qui échanger via le chat. Les victimes de violences conjugales peuvent par ailleurs discrètement demander de l’aide et/ou un hébergement en écrivant certains acronymes dans la barre de recherche. Un fil d’actualité alimenté par la fondatrice de THE SORORITY propose aussi des clés de compréhension sur certains concepts. “Mes posts sont issus des lectures que j’ai faites pendant six mois dans ma cuisine, à essayer de m’imbiber de ces concepts comme l’effet de sidération, l’effet témoin, la répartie, qui m’ont permis de créer les fonctionnalités de l’appli”, indique Priscillia Routier Trillard. Des conseils de protection et d’action pour réagir instantanément sont également fournis.

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L’application permet de localiser les utilisatrices autour de soi, permettant de ne pas se sentir seule. © THE SORORITY

Accessible dans toutes les villes de France, elle est gratuite et réservée aux femmes et aux minorités de genre. “Je ne l’ai pas ouverte aux hommes cis uniquement car je ne peux pas prendre le risque qu’un (ex-)conjoint violent ou harceleur vienne sur l’application.” Pour s’inscrire, il faut effectivement être validée par la fondatrice via une photo prise en temps réel, la carte d’identité, voire après une discussion sur les réseaux sociaux en cas de doute pour s’assurer qu’aucun profil malveillant n’ait accès à l’application. La jeune femme a pour projet d’ouvrir une application parallèle aux seuls hommes cis recommandés par plusieurs utilisatrices, uniquement pour recevoir les alertes et intervenir. Un crowfunding est en cours : “L’application actuelle, c’est 20% de ce que j’avais en tête mais ça demande du temps et de l’argent, il y a encore plein de choses à faire”, conclut la fondatrice.

D’autres applications qui luttent aussi contre le harcèlement de rue

À l’instar de THE SORORITY, d’autres applications émergent dans le même but : protéger les femmes des violences sexistes et sexuelles. Sekura se compose de quatre boutons : le bouton de sonnerie pour déclencher une sonnerie qui simule un appel entrant ; le bouton sirène pour déclencher une forte alarme visant à déstabiliser l’agresseur ; le bouton message permet d’envoyer un message aux contacts d’urgence avec sa localisation ; et enfin le bouton d’urgence permet d’appeler directement les secours.

En cas d’urgence ou de danger, l’application App-Elles permet d’alerter et de contacter rapidement ses proches, les services d’urgence, les associations et toutes autres ressources d’aide disponibles dans sa région. Présente dans plus de treize pays, elle relaie également les informations locales et les dispositifs nationaux.

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