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Association des Chiens Guides d’Aveugles : Des héros à quatre pattes

Association des Chiens Guides d’Aveugles : Des héros à quatre pattes

En 1951, Paul Corteville se lie d’amitié avec un non-voyant. Il décide alors de dédier sa vie à cette cause, et entreprend l’éducation d’une chienne, Dickie. Il la remet à son ami en 1952. Voilà qu’en 1958, cet amoureux des bêtes crée l’Association des Chiens Guides d’Aveugles, qui remet ces chiens gratuitement aux personnes déficientes visuelles. Aujourd’hui, ses valeurs restent intactes. L’association dispose de deux centres d’éducation de chiens guides, les centres Paul Corteville, basés dans les Hauts-de-France et en Normandie. Le Pépère News est allé à la rencontre de Charlotte, chargée de communication à Roncq, qui nous a fait visiter les locaux en compagnie d’Oméga, un adorable labrador de deux ans.

Quelle mission ?

Au sein de cette association, la générosité n’a pas de prix. “La principale mission de l’association est de remettre gratuitement des chiens guides aux personnes non-voyantes ou malvoyantes”. Améliorer la mobilité et renforcer l’autonomie des personnes déficientes visuelles est la priorité. L’association propose aussi des cannes blanches électroniques, pour les personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas accueillir un chien. Cette canne blanche électronique permet d’anticiper les obstacles en amont grâce à des vibrations. Ces aides sont totalement gratuites, l’association n’est financée que par les dons et les legs, consacrant sa singularité. Elle peut aussi compter sur un réseau actif de 200 bénévoles et près de 80 familles d’accueil, elles aussi bénévoles, qui pré-éduquent les chiots. Un autre rôle est de sensibiliser le public au handicap visuel. Pour cela, le centre organise des conférences, des démonstrations d’éducation ainsi que de multiples événements, en entreprise et en milieu scolaire.

Oméga. © Maxence Grunfogel

L’association travaille avec cinq races de chiens particulières : le labrador, le berger allemand, le labradoodle (croisement entre un labrador et un caniche royal, il a la particularité de ne pas perdre ses poils ce qui permet à une personne allergique aux poils de chiens de se voir remettre un chien guide), le golden retriever et le golden croisé labrador, et plus récemment les bergers suisses. “Ce sont des chiens qui aiment rendre service et qui ont cette facilité d’apprendre”. Les chiots proviennent du Centre d’Étude, de Sélection et d’Élevage pour Chiens guides d’Aveugles et autres Handicapés. Ce centre fait partie de la Fédération Française des Associations de Chiens Guides d’Aveugles. “Cela nous permet d’être sûrs de la provenance de nos chiots et de connaître leurs parents pour anticiper les éventuels soucis physiques ou comportementaux”.

Le chien guide : un processus d’éducation

Âgé de 2 mois, le chiot intègre l’école et part en famille d’accueil bénévole jusqu’à un an. “La mission de la famille d’accueil est d’en faire un bon chien de famille en lui apprenant les bases de l’éducation. C’est par exemple ne pas réclamer à table, rester assis, couché ou encore le rappel”. Son objectif est aussi de l’emmener partout, dans les transports en commun, les escalators… Il faut “lui faire découvrir le monde pour éviter que le chien n’ait de craintes par la suite”.

Pour devenir famille d’accueil, il faut être disponible et vivre à proximité de l’école. Puis, un entretien est organisé pour connaître envies et motivations de la famille. “Il est aussi nécessaire de lui exposer les avantages et inconvénients de l’accueil d’un chiot”. C’est une responsabilité, il faut pouvoir le promener, s’en occuper, jouer avec lui. De plus, une fois le chiot remis, les familles se rendent régulièrement au centre d’éducation pour des séances d’éducation collective. “Les moniteurs organisent ces demi-journées deux fois dans le mois. Durant celles-ci, les familles travaillent sur différents exercices en fonction de l’âge du chiot”. Marie-Laure est famille d’accueil depuis 23 ans et a pré-éduqué 18 chiots. “Pour aider son prochain, on peut également donner de notre temps”. Lorsque le chiot pré-éduqué guide les pas d’une personne déficiente visuelle, “c’est le plus grand bonheur de cette aventure humaine”.

Le parcours d’entraînement. © Maxence Grunfogel

À un an, le chien est confié à un éducateur. “Pendant 10 mois, il apprend véritablement le métier de chien-guide : gauche, droite, indiquer les reliefs présents sur le parcours, les passages piétons, les sièges...”. Une fois prêt, le chien passe le Certificat d’Aptitude à Guider, “c’est en quelque sorte le baccalauréat des chiens guides”. Il doit obtenir 20/20 à cet examen mais pas de panique, s’il rate une épreuve il peut repasser l’examen aussitôt. “Il s’agit d’une réelle mise en situation, le moniteur a les yeux bandés. Le responsable technique évalue le chien pour savoir s’il est apte à guider une personne en situation de cécité”.

Un protocole au poil

La remise d’un chien guide est effectuée de manière sécuritaire. L’association établit un premier contact avec le demandeur pour dresser son dossier. Puis, “un éducateur effectue un rendez-vous à domicile pour rappeler avantages et inconvénients du chien guide, découvrir l’environnement de la personne pour vérifier que la demande est réalisable”. Lorsqu’il ne travaille pas, le chien guide est un chien de compagnie qui intègre le logement et le quotidien de la personne. “Dans 80% du temps, c’est un chien lambda dont il faut s’occuper et dans 20% du temps il guide la personne”. Avoir un chien est une vraie responsabilité qui nécessite du temps et de l’implication.

Mika, chien guide et Lucienne, déficiente visuelle. © Association Chiens Guides d’Aveugles

Lors du stage de deux jours au centre, la personne déficiente visuelle rencontre l’équipe pluridisciplinaire. Celle-ci évalue sa capacité de déplacement seule avec une canne blanche classique. Le centre propose la locomotion à la canne blanche au préalable de la remise d’un chien guide. Cela lui permet d’acquérir les bons gestes de déplacement autonome et sécuritaire “puisqu’avec le chien guide, c’est un duo qui est formé, le chien guide n’est pas un GPS. C’est la personne qui indique le chemin et le chien évite les obstacles, il ne connaît pas le chemin par cœur”.

L’association établit des profils précis. D’un côté pour le chien en fonction de sa taille, son allure et ses besoins spécifiques. De l’autre pour la personne déficiente visuelle en fonction de ses attentes et besoins. “Il faut trouver le chien qui correspond à la personne et inversement, il faut que les deux profils matchent”. Un stage de remise de deux semaines est ensuite nécessaire pour que le moniteur travaille avec le chien sur les parcours quotidiens de la personne. “Mais une fois qu’on a remis le chien, ce n’est pas fini, le chien reste la propriété de l’association jusqu’à sa retraite”. Un suivi régulier puis annuel est mis en place pour s’assurer de la bonne santé et du confort du chien, et pour ajuster les éventuels aléas.

Pourquoi et comment aider ?

Si cette cause vous tient à cœur, il est important de soutenir l’association. En effet, le coût d’une remise d’un chien guide est de 25 000 euros, celui de la remise de canne blanche électronique de 5 000 euros. L’association ne perçoit aucune subvention de l’État et ne vit que de la générosité du public. Les solutions au handicap visuel ne devraient pas représenter une si grande difficulté d’accès pour les personnes déficientes visuelles. C’est pourquoi les dons, qu’ils soient réguliers ou non, ainsi que les legs sont si importants. Le montant est libre et la démarche simple, expliquée sur le site internet des centres Paul Corteville.

Vous pouvez aussi choisir de dédier votre temps au profit de l’association en devenant bénévole. Il existe le bénévolat administratif, portes ouvertes et de terrain. Peu importe celui que vous choisirez, les bénévoles sont indispensables à la vie du centre. Enfin, devenir famille d’accueil est l’une des plus belles expériences que vous pourrez vivre. Se rendre utile et donner de son temps pour aider son prochain procure une profonde satisfaction, intensifiée lorsque le chiot que vous aurez pré-éduqué se verra remettre à une personne mal ou non voyante.

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