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A l’université de Lille, on grève toujours

A l’université de Lille, on grève toujours

Deux mois que la mobilisation des enseignants de l’Université de Lille contre le projet de loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche se poursuit. Un lot d’incertitudes pèse sur l’avenir du mouvement. Au sein de la faculté de droit, le suivi est tout particulier, notamment dans le département de science politique. Ambiance.

Étudier, oui. Enseigner, ok. Mais à quel prix ? Autour de cette question, un mot revient sans cesse : la précarité. Contre ce fait, une lutte s’était déjà engagée en novembre dernier, suite à l’immolation par détresse d’un étudiant de Lyon. Beaucoup s’étaient rassemblés. Pour ce motif, la venue de François Hollande à la fac de droit avait même été empêchée.
Après avoir poussé de grandes portes, direction le premier étage. “L’atelier des grévistes” s’érige en véritable laboratoire. La banderole ne paye pas de mine. Elle paraît presque discrète. Les enseignants ayant décidé de ne pas dispenser leurs cours s’y rendent pour imaginer la mobilisation, la construire, mais aussi l’expliquer en proposant de nombreuses actions autour de plusieurs thématiques. La démarche est plutôt bien accueillie. “Au moins, on retient quelque chose de ce qu’il se passe, et on apprend sur les enjeux des différents mouvements sociaux en France” explique Paul, un étudiant en deuxième année.

“Sans nous, l’université ne tiendrait pas.”

Autour de la machine à café, les avis varient. Certains pensent à une mobilisation plus symbolique et avec plus d’impact, quand d’autres préfèreraient attribuer des notes pour que tous les étudiants n’aient pas à assumer un rattrapage trop conséquent. Plus loin, c’est avec deux doctorants contractuels que le dialogue s’engage, cigarettes en main. “De nombreux vacataires sont payés uniquement au présentiel, sans mensualisation, c’est à dire qu’ils reçoivent leur paye parfois six mois après.” raconte Anaïs* avant de poursuivre : “Sans nous, l’université ne tiendrait pas. On dispense les travaux dirigés, voire même certains cours magistraux.” À côté, Baptiste Schummer, également enseignant, dessine la situation : “Au bout de huit années de recherches dans la précarité, nous n’avons aucune garantie de trouver un emploi. Et si on est chanceux, pas sûr que l’on puisse exercer dans de bonnes conditions…” Dans son soupir, une once d’amertume. “Nos solutions vont à l’encontre de celles du gouvernement.” Accorder un statut permettant une réelle valorisation par exemple, ou encore instaurer de vrais CDI à la place des “CDI de chantier qui ne sont que des CDD masqués”…

Une mobilisation qui se réinvente ?

“Difficile d’étudier dans ces conditions” peut-on entendre de la bouche d’étudiants. Peu d’entre eux ont pris la peine de se rendre aux ateliers. Certains expliquent tout de même y avoir participé. “C’est vrai qu’on reçoit des infos sur ce qu’il se passe et que le débat est là. Mais ça va dans leur sens, j’ai l’impression qu’on m’impose un point de vue à chaque fois” regrette Marie, en première année. Julien O’Miel, maître de conférences en sciences politiques, apporte une vision sur un certain manque d’intérêt. “L’institution universitaire favorise la dépolitisation […]. Étudier aujourd’hui, c’est pour beaucoup un simple investissement. Des parents envoient leurs enfants étudier, payent un appartement et des études. Alors il faut revenir avec des résultats.” Penser l’avenir de la société semble loin des préoccupations.
Les mobilisés souhaitent évidemment parler à tout le monde. Mais de cette manière, est-ce vraiment nouveau ? “L’originalité du répertoire d’actions chez les enseignants en université ou encore chez les avocats découle d’un fait : ils n’ont pas l’habitude de la grève” précise Julien O’Miel. “D’une manière générale, les grèves ne peuvent plus être aussi conséquentes aujourd’hui. Les solidarités ne sont plus les mêmes. Il faut peser davantage dans l’opinion.” L’atelier des grévistes tend à perdurer et s’avère toléré par le doyen de la faculté. La grève pourrait se poursuivre jusqu’à la fin du semestre. Les modalités d’examens de fin d’année risquent d’être différentes de d’habitude.

* le prénom a été modifié.

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