Protestations à la conférence de Caroline Eliacheff à Citéphilo : les associations s’insurgent contre la transphobie

Des militants brandissent le drapeau de la communauté trans à la médiathèque Jean Levy ©Nelia Rouibah / Pépère News

À l’occasion d’une conférence organisée par Citéphilo invitant la pédopsychiatre Caroline Eliacheff à s’exprimer sur les mineurs transgenres, plusieurs associations ont tenu un rassemblement devant la médiathèque Jean Levy à Lille, pour protester contre la tribune offerte à une autrice au discours jugé transphobe, jeudi 17 novembre.

La bibliothèque Jean Levy a été, jeudi 17 novembre, le théâtre d’un événement très controversé. Alors que Caroline Eliacheff, co-directrice de l’Observatoire de la Petite sirène était venu tenir une conférence sur son livre La Fabrique de l’enfant transgenre, de nombreuses associations sont venues lutter contre la venue de l’auteure, s’opposant fermement au discours “transphobe” véhiculé par celle-ci.

Une conférence polémique

En invité d’honneur de cette conférence organisée par Citéphilo, Caroline Eliacheff, co-directrice de l’Observatoire de la petite Sirène et co-autrice du livre La fabrique de l’enfant transgenre, publié cette année, et dont la conférence portait le nom. L’Observatoire, proche de la Manif pour tous, fonde son appel sur “la protection de l’enfant” afin de mettre en garde quant à l’autodétermination de l’enfant en ce qui concerne le genre et notamment sur les traitements médicaux qui leurs sont réservés, qui “porteraient atteinte à la construction psychique” de l’enfant.

Il est majoritairement composé de professionnels de la santé tels que des psychiatres, des psychologues, des psychanalystes, mais également des juristes et des enseignants. L’ouvrage “La fabrique de l’enfant transgenre“, co-écrit avec Céline Masson, également co-directrice de l’Observatoire, s’interroge sur “l’augmentation du nombre d’enfants voulant changer de genre” en questionnant notamment le rôle des réseaux sociaux comme un “processus d’emprise” sur les mineurs. Un point de vue extrêmement controversé, y compris dans le milieu scientifique.

Du côté des associations venues militer, le collectif J’en suis j’y reste, principal centre LBGTQIF à l’origine de l’appel à rassemblement, pour s’opposer à la venue de Caroline Eliacheff, qu’il vit comme une “provocation“. L’association BCBG féministe et LGBTQI+ de Science Po Lille, le groupe local de d’Europe Écologie Les Verts ou encore l’association En-Trans étaient également au rendez-vous pour dénoncer la programmation de cet événement.

Ce qui dérange les militants, c’est entre autre, cette “étiquette de professionnelle de la santé” que revêt Caroline Eliacheff, et qui lui donnerait une “légitimité à s’exprimer” sur la situation des mineurs transgenres, alors qu’elle n’est pas au contact des patients. Un discours qui, selon les associations, “dénie les identités” et qui tend à faire de la transidentité une question pathologique, bien qu’elle ne soit plus considérée comme une maladie mentale par l’OMS depuis 2019.

La liberté d’expression à l’honneur ?

Dans la salle règne un climat tendu tant le clivage entre le public agité est perceptible, alors que la conférence n’a pas encore démarré. “Pourtant, on est du même côté” déclare une adhérente à l’Observatoire de la petite Sirène, qui remet cette controverse sur le compte d’une “confusion“, en insistant de nombreuses fois sur le fait que le discours porté par l’Observatoire ne concerne que les mineurs, et n’a aucune vocation à “discriminer” la communauté trans. Dehors, les bruits de percussions faits par les militants, de ceux qui n’ont même pas voulu rentrer ou qui n’ont pas pu, faute de place, se font entendre.

Il est 14h30, Caroline Eliacheff et le modérateur Christian Godin, philosophe, s’installent devant le public, prêts à démarrer la conférence. Pour les accueillir, un tonnerre d’applaudissement, dont on comprend vite qu’il ne cessera pas. En effet, les militants venus assister à la conférence applaudissent sans relâche, déterminés à ne pas laisser un seul instant de silence qui permettrai à la pédopsychiatre de prendre la parole. On applaudit de plus en plus fort, on tape des pieds, on scande des slogans en tout genre : “Caro dehors, tu nous fous la mort” ; “Allez les trans” ; “J’aime mon enfant trans.

A 15h, Caroline Eliacheff s’en va, sans avoir pu prendre la parole. “Au revoir Caro, Ciao Caro“. La conférence n’aura pas lieu. “On a gagné“, peut-on entendre du côté des militants souriants, qui ont sorti quelques minutes auparavant le drapeau rose, bleu et blanc, symbole de la communauté trans.

C’était l’occasion d’avoir un débat” regrette un membre de l’organisation Citéphilo, qui justifie la présence de cette conférence dans la programmation de l’édition 2022 comme une occasion d’ouvrir le débat, de faire dialoguer différents points de vue. Dans un communiqué publié à l’issu de cette manifestation, Citéphilo dénonce alors le caractère “hostile” de l’action militante qui a eu lieu, décrit comme un “tapage” ayant “empêché par la force le débat public“.

La démocratie comme maître-mot pour convaincre que la conférence doit avoir lieu, a été entendue de nombreuses fois du côté du personnel organisateur désemparé, tentant en vain de calmer les militants. Pour ces derniers, ce n’est pas une question de liberté d’expression que d’offrir une tribune à une personne au discours qu’ils jugent “clairement transphobe”. Les représentants des associations auront toutefois pu s’entretenir avec Caroline Eliacheff à la suite de l’annulation de la conférence.

Gérard Godin, philosophe et modérateur de la conférence, face aux militants © Maïssae Sebille / Pépère News
Gérard Godin, philosophe et modérateur de la conférence, face aux militants © Maïssae Sebille / Pépère News

“Un débat sans les concernés, ce n’est pas un débat”

Parmi les différents reproches faits par les opposants à la conférence, la question de la légitimité à parler du sujet revient beaucoup. Il est, en effet, amèrement regretté du côté des militants “qu’une fois de plus” la parole ne soit pas donnée à des personnes directement concernées par la transidentité. Les militants estiment que le temps de débat prévu à la fin de la conférence ne suffit pas pour faire entendre leurs voix.

Une action coup de poing qui s’inscrit dans un contexte bien particulier. “Il y a une ambiance transphobe qui s’installe” témoignent les militants, faisant notamment référence à la quasi-absence de dialogue entre la Mairie de Lille et les associations.

De plus, la conférence a eu lieu seulement trois jours avant la journée du souvenir trans (TDOR), le 20 novembre, qui rend hommage aux personnes trans décédées, et met en lumière les violences subies par cette communauté. Un aspect de la programmation probablement “dû au hasard” selon un militant, mais qui renforce le sentiment de colère de ceux venus manifester. Samedi soir, à la veille de cette journée de commémoration, un rassemblement a eu lieu, en hommage aux personnes trans décédées à cause de la transphobie, sur la place de la République à Lille.

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