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Ad Astra, réflexion spatiale

Ad Astra, réflexion spatiale

Ad Astra Critique

James Gray aura passé de nombreuses années coincées dans ses faubourgs New-yorkais à ressasser le passé. Cet héritage forcé d’une enfance difficile (sa mère est décédée alors qu’il avait 19 ans) se ressent sur l’ensemble de sa carrière. Avec The Lost City of Z, Gray complétait le pas entamé dans The Immigrant, en quittant la ville pour la jungle étouffante. Vient ensuite Ad Astra qui, s’il garde les marques bien connues de son cinéma d’auteur, reste son projet le plus ambitieux à ce jour. Un voyage philosophique aux frontières de notre humanité et de notre galaxie.

Interstellar 2 ?

C’est une comparaison qui s’est vite répandue dès l’annonce du projet, et qui s’est amplifiée après les premières bandes annonces. Une expédition philosophique et existentielle aux confins de l’univers sur fond de mélodrame familiale intimiste ? Les apparences semblaient claires. Mais une fois le film terminé, on découvre qu’il n’en est rien. Ad Astra n’est pas Interstellar, 2001 : L’Odyssée de l’espace ni Blade Runner, mais plutôt un mélange de tous ces genres. S’il peut paraître réducteur de parler du film comme d’un hybride, c’est pourtant vrai : Ad Astra n’est pas une révolution mais reste unique dans le paysage audiovisuel.

Une course poursuite lunaire impressionnante
Une course poursuite lunaire impressionnante

Récit métaphorique irréel

Roy McBride (un Brad Pitt toujours aussi bon) est à la recherche de son père et de réponses existentielles. Si le procédé d’utiliser un environnement gigantesque comme théâtre d’une quête intime n’est pas neuf, il n’en demeure pas moins très efficace. Utiliser ce voyage du héro comme métaphore est intéressante si l’on se prête au jeu. Seulement, ça devient rapidement un argument facile, face à toutes ces “facilités d’écritures” qu’il nous appartiendra, ou non, d’appeler “failles scénaristiques”.

Au niveau de l’histoire d’ailleurs, seule la relation père/fils, Tommy Lee Jones/Brad Pitt, importe. Une relation traitée sous une forme quasi-expérimentale qui pourrait en dérouter plus d’un. Le casting est très bon (peu étonnant avec ces têtes d’affiche), avec un Brad Pitt toujours aussi efficace, bien que les personnages soient d’une platitude énervante. Mais nous y reviendront plus tard…

Ad Astra Brad Pitt
Brad Pitt joue entre subtilité et monolithisme

L’univers du film peut aussi dérouter. Un futur très proche du nôtre mais beaucoup plus avancé technologiquement. Tenter d’être crédible avec des voyages spatiaux de cette envergure était infaisable. De plus, entre le réalisme et le spectaculaire, Gray ne tranche pas (il y a par exemple du bruit dans l’espace, mais il est étouffé). Dans l’ensemble le film fait preuve d’un besoin de réalisme qui rend très dommageables les quelques incohérences scénaristiques.

Un voyage long et majestueux…

L’espace est envoûtant. Les décors sont sobres, les paysages spatiaux peu (voire pas) fantaisistes et les machines étrangement contemporaines. Il n’y a rien qui est là pour en rajouter et, pourtant, cela donne le vertige. Pas étonnant, donc, de retrouver Hoyte Van Hoytema au générique (le chef-op de Nolan). Certaines scènes d’actions, impressionnantes et originales, font ressentir autant de sensation qu’un Gravity. La mise en scène de James Gray se révèle être d’une efficacité et d’une précision millimétrées. Faire ressentir le “lâcher prise” et l'”incontrôlable” au cinéma n’est pas quelque chose de facile, mais le film y parvient à merveille. La course poursuite sur la Lune et sa face sombre, Mars et sa couleur, Neptune et ses anneaux… Tant d’images léchées et de moments magistraux qui résonneront encore longtemps.

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ad astra espace
L’espace a rarement était aussi bien filmé

… mais semé d’embûches

Le film a des défauts et, s’ils ne sont pas nombreux, ils prennent de la place. Le principal étant le peu d’émotion et d’empathie qu’on ressent pour ces personnages. Ils se déchirent, se retrouvent ou se quittent, mais toujours avec une froideur déconcertante. Des expressions et des dialogues monolithiques, des personnages étrangement caricaturaux (pour du James Gray) et des situations invraisemblables… Même la musique est mise au second plan. Des parties sont belles mais il faut tendre l’oreille pour la discerner. C’est d’autant plus dommageable quand on connait le compositeur du film, Max Richter (The Leftovers). Tout ça vient gâcher l’émotion et l’implication du spectateur dans les enjeux.

Cependant, si les personnages laissent en dehors, le propos peut, lui, toucher profondément. Assis confortablement sur son siège de cinéma, on prend part à la réflexion. On s’imagine dériver là-haut, loin dans les étoiles, seul. Revenir à la réalité après le film est compliqué. De part son gigantisme, Ad Astra nous rappelle directement à notre échelle ridicule d’être humain. C’est sans doute là sa plus grande réussite.

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