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Gratuité des transports en commun lors des pics de pollution dans la MEL, une réponse pertinente ?

Gratuité des transports en commun lors des pics de pollution dans la MEL, une réponse pertinente ?

Lille MEL métropole

Le 16 octobre 2020, les élus métropolitains ont voté la pérennisation de la gratuité des transports publics lors des pics de pollution dans la Métropole Européenne Lilloise (MEL). Cette mesure s’ancre dans la volonté de lutter contre la pollution de l’air, qui devient de plus en plus préoccupante.

Si Lille a vu ses espoirs déçus lorsque le titre de capitale verte européenne 2021 lui est passé sous le nez de justesse, la métropole ne s’est pas détournée de son objectif initial : devenir plus respectueuse de l’environnement. Alors que la vitesse maximale en centre-ville a été réduite et que le cap des 100 kilomètres de piste cyclable a été franchi, c’est désormais la gratuité des transports en commun lors des épisodes de pollution qui attire l’attention.

Alors que l’année 2018 enregistre un nombre record de pics de pollution, une prise de conscience s’immisce chez les élus métropolitains. C’est ce qui a amené ces derniers à voter en faveur de cette perpétuation de la gratuité ce vendredi 16 octobre 2020, sans une seule voix discordante. De fait, le secteur des transports semble présenter les effets les plus délétères pour la pollution atmosphérique, avec environ 35 % des émissions de particules fines du territoire et 70 % des émissions de dioxyde d’azote, selon le communiqué du conseil métropolitain du 16 octobre 2020. Auparavant, Lille interdisait la circulation, dans l’agglomération, des véhicules les plus polluants lors des pics de pollution, dorénavant, la gratuité des transports est déclenchée automatiquement en cas d’une circulation différenciée.

Le prélude à la gratuité : la circulation différenciée

En juin 2017, la métropole lilloise instaure la circulation différenciée, qui vient remplacer la circulation alternée, alors basée sur le numéro d’immatriculation. Ainsi, les véhicules les plus polluants – ceux disposant des vignettes Crit’air 4 et 5 – ont l’interdiction de circuler lors de pics de pollution. Néanmoins, l’infléchissement de cette politique environnementale montre ses limites. Stéphane Baly, conseiller métropolitain écologiste nous explique qu’ “en 2020, il y a eu treize jours d’alertes sur persistance, mais aucun déclenchement de la circulation différenciée”. Alors, cette politique de gratuité, mise en exergue par la métropole, va-t-elle être suivie de réalisation ?

De surcroît, cette mesure s’applique au grand dam des métropolitains disposant d’un véhicule polluant et peut donc s’avérer être discriminante. Comme l’affirme Nicolas Visez, enseignant-chercheur en chimie atmosphérique à l’université de Lille : “quand vous avez une voiture qui est Crit’air 4 ou 5, vous ne l’avez généralement pas choisi.” Le trafic routier est indéniablement facteur de pollution, mais cette explication n’est pas monocausale, “le véhicule est une source importante de pollution en ville mais ce n’est qu’une partie du problème, c’est pour ça que diminuer la circulation en ville est une mesure qui a une acceptation sociale faible, car les autres continuent à polluer”. En effet, on impose à une certaine catégorie de la population de ne pas utiliser leur véhicule mais quand est-il de l’activité industrielle toujours aussi dynamique, derrière laquelle se cache de nombreux enjeux économiques pour l’État ?

La gratuité : un “non-événement” ?

Comme l’assure S. Baly, “la gratuité n’existe pas, c’est un autre mode de financement”. Certes, la gratuité lors des pics de pollution représente un coût financier notoire pour la métropole mais si l’on interdit à une certaine catégorie de la population d’utiliser son véhicule, va-t-il de soi que les transports en commun soient gratuits ? Tout bien considéré, la gratuité semble la suite logique pour N. Visez, qui parle de “non-événement”. De plus, si la gratuité lors des épisodes de pollution est un antidote à la pollution atmosphérique sur le court terme, c’est bien la pollution quotidienne qui peut être létale. Comme l’assure ce dernier, “on se focalise sur les moments les plus pollués [les pics de pollution] mais cette focalisation n’est pas scientifiquement justifiée […] il faut étudier en tant que scientifique et résoudre en tant que politicien et citoyen”.

“Étudier en tant que scientifique et résoudre en tant que politicien et citoyen” – Nicolas Visez

Toujours est-il, la pérennisation de la gratuité des transports en commun lors des pics de pollution est un pas de plus vers la reconnaissance du changement climatique et de ce que cela induit en matière de politiques environnementales. En effet, si cette réponse métropolitaine semble quelque peu laconique pour un problème écologique d’envergure internationale, elle permet tout de même aux personnes vivant dans des lieux plus ou moins bien desservies, de continuer à se mouvoir quand bien même leur voiture est inutilisable. Si “rien n’empêche d’aller plus loin” dans la gratuité comme le déclare S. Baly, l’apport de solution demeure tout de même freiné par la crise sanitaire, qui, selon ce dernier, “percute un certain nombre de politiques concernant le déploiement du réseau”.

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