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INTERVIEW. Nathalie Sedou et Julie Nicolas, élues EELV à Lille

INTERVIEW. Nathalie Sedou et Julie Nicolas, élues EELV à Lille

Dans un contexte de reprise intensive des activités depuis la crise sanitaire, la COP26 a ravivé les débats sur la question environnementale. Quel constat peut-on en faire à Lille ?

Le collectif Lille verte, né pendant les élections municipales qui ont eu lieu en 2020, est un groupe rassemblant trois partis politiques : Europe Écologie Les Verts (EELV), Génération.s, et Génération Ecologie. Douze membres sont élus au conseil municipal : parmi eux, Nathalie Sedou et Julie Nicolas répondent à nos questions sur les actions climatiques à Lille.

Pépère News : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Julie Nicolas : Julie Nicolas, élue écologiste EELV au conseil des politiques publiques de transition de la ville de Lille.

Nathalie Sedou : Je suis Nathalie Sedou, conseillère métropolitaine Métropole Européenne de Lille et conseillère municipale à la ville de Lille pour Europe Écologie Les Verts.

PN : Pensez-vous que les mesures prises par la Cop26 sont suffisantes ?

J.N : Les COP ne sont que des piqûres de rappel. La COP26 a permis de souligner l’échec de la réalité des engagements. Les résultats sont très en deçà de ce qui était demandé, comme les financements pour les pays en voie de développement par exemple. Il y a un certain nombre de sujets qui ne sont pas abordés qui devraient l’être.

N.S : La COP26 est un échec relatif. Comme l’a d’ailleurs très bien dit le président de la COP (ndlr. Alok Sharma, qui s’est dit « profondément désolé » des conclusions de l’événement), c’est surtout un échec concernant le contrôle des émissions de gaz à effet de serre (GES) par les énergies fossiles, responsables d’une part de 75 à 80% d’entre elles. Ce ne sont que des accords internationaux : de très grands objectifs généraux et non contraignants. La COP est à une échelle tellement macro qu’on peut avoir l’impression que ça se passe ailleurs. Au moins, elle aura permis de réaffirmer les objectifs, même si c’est dans des termes trop édulcorés.

“Un certain nombre de sujets qui ne sont pas abordés devraient l’être” – Julie Nicolas

PN : Que pensez-vous d’un objectif de neutralité carbone d’ici 2030 ?

J.N : Ce n’est pas utopique pour certaines villes européennes, mais en France c’est loin d’être le cas. Au contraire, continuer à vouloir construire 300,000 m² de bâtiments est incompatible avec une démarche de baisse des émissions carbone.

N.S : La MEL (Métropole Européenne Lilloise) a voté à une grande majorité pour le plan Lino (ndlr. Plan visant à construire un grand axe routier au Sud de Lille) tandis qu’on cherche à diminuer notre empreinte carbone. Mais c’est vrai qu’on a besoin d’échéances, même si 2050 c’est trop loin et 2030 très proche surtout à l’échelle d’un mandat.

PN : Qu’en est-il de l’implication des médias ?

J.N : Sans les médias, le sujet [de l’environnement] ne serait pas aussi central. Mais les jeux de pouvoir qui se construisent autour d’acteurs comme Vincent Bolloré ou Xavier Niel influent fortement sur l’agenda médiatique. Le problème est que les médias publics ont du mal à s’extraire de ce tempo donné par cette sphère privée médiatique.

N.S : Par rapport à la COP26, le niveau de médiatisation est vraiment inférieur pour un plan climat de la métropole, c’est dommage.

Yannick Jade meeting en plein air lille
Les écologistes du Nord soutiennent la candidature de Yannick Jadot à la présidentielle lors de son meeting lillois Place de la République. © Sarah Coudert / Pépère News

PN : Quels sont les projets réalisés par la ville de Lille et sont-ils efficaces ?

J.N : Il y a des fortes contradictions. Le Pacte Lille Bas Carbone (ndlr. Pacte qui tente de réduire l’impact du bâtiment sur le climat, l’environnement et la santé) a été signé par les promoteurs immobiliers et les opérateurs avant d’être soumis à l’approbation du Conseil Municipal. Bien trop souvent, les projets sont soumis au Conseil mais le citoyen n’a été consulté à aucun moment de la procédure. Il manque toujours une stratégie nationale qui fasse l’état des lieux des différents territoires, leurs projets comme leurs difficultés, et établisse une solidarité territoriale. Malgré tout, le projet « la rue aux écoles » qui a permis l’interdiction à la circulation durant certaines heures aux rues qui comportent des écoles, a bien marché. Ça améliore la qualité de vie des enfants et la qualité de l’air.

N.S : Le budget carbone est un objectif national qui détermine la quantité d’émissions que le pays s’autorise à émettre. La question est de savoir comment s’opère cette baisse progressive des émissions, sachant qu’il faudrait les diminuer de 7% par an pour atteindre un objectif de neutralité carbone d’ici 2050 comme fixé par la COP26. Le Pacte Lille Bas Carbone, le Green City Accord, sont des démarches en soit intéressantes mais qui posent la question : qu’est-ce qui est réellement fait derrière. Ce n’est pas que rien n’est fait mais que ça reste insuffisant, car il y a beaucoup de politiques publiques contradictoires. Ce qui est important, c’est le travail de suivi. Par exemple, le Emission Gap Report montre que l’effort qu’on doit produire chaque année correspond à la diminution des émissions qui a eu lieu sur l’année 2020 lors de la crise du Covid et des confinements.

PN : Est-ce que cette crise sanitaire est une opportunité pour prendre conscience de l’urgence climatique, ou bien au contraire est-ce un mauvais signe, après que les États aient relancé les industries lourdes comme avant la pandémie ?

J.N : Certaines choses sont positives, comme la relocalisation et la réindustrialisation de la France et le recours aux commerces locaux, mais ça s’est essoufflé.

N.S : C’est un pas en avant, deux pas en arrière. On peut quand même observer des progrès, mais ça doit maintenant dépasser un plan plus large.

“C’est un pas en avant, deux pas en arrière” – Nathalie Sedou

PN : Peut-on parler d’un changement des mentalités ?

J.N : Oui, j’en suis convaincue. Le résultat aux municipales en est un témoin fort.

N.S : Je pense qu’on pourrait plutôt parler d’une évolution des mentalités sur un temps beaucoup plus long : les écologistes remportent beaucoup plus de voix qu’avant, les publicités cherchent à vendre de plus en plus de projets verts…

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