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“On a politisé le voile”: Lille se révolte contre l’islamophobie

“On a politisé le voile”: Lille se révolte contre l’islamophobie

Ce samedi 19 octobre s’est tenue à Lille une mobilisation anti-islamophobie. Sur le parvis du Palais des Beaux-Arts une centaine de personnes, principalement de confession musulmane, se sont rassemblées pour faire entendre leur voix, et s’insurger de la vision de l’État Français quant à la question du voile.

Après avoir vu défiler un groupe de quelques 30 gilets jaunes, la place de la République a accueilli, à partir de 14h30, une centaine de manifestants. Rassemblés par la colère qu’a soulevé le scandale récent des propos d’un député RN, les participants étaient principalement des femmes pointant du doigt, pacifiquement, la recrudescence d’islamophobie en France. 

En complément de cet article vous pouvez retrouver les propos de ces manifestants en podcast que le Pépère News a recueilli samedi :

L’affaire du voile, de nouveau sous le feux des projecteurs

Si en 1989 la question du port du voile animait les débats politiques et creusait d’ors et déjà le clivage gauche droite, c’est renforcée et toujours plus polémique qu’elle revient aujourd’hui. 

La présence de Fatima E., mère de famille musulmane portant le voile lors d’une sortie scolaire au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, a poussé cette dame et quelques élus à quitter la salle. En effet, ce vendredi 11 octobre 2019, l’élu du Rassemblement National, Julien Odoul, a exigé que cette femme retire son voile ou sorte de la salle en pleine séance plénière. Cette intervention a été filmée et streamée par plus de 4 millions de personnes.

Suite à l’évènement, dont les proportions prennent de plus en plus d’ampleur, Julien Odoul a twitté : « Au nom de nos principes républicains et laïcs, j’ai demandé à @MarieGuiteDufay de faire enlever le voile islamique d’une accompagnatrice scolaire présente dans l’hémicycle. Après l’assassinat de nos 4 policiers, nous ne pouvons pas tolérer cette provocation communautariste ».

Photo : Lucie Pelé

De fortes oppositions au sein de l’hémicycle, mais pas seulement…

Blanquer et Taché s’opposent, les députés se désolidarisent sur la question…

Faut-il voter une nouvelle loi qui interdirait le port du voile durant les sorties scolaires ? Le discours de Julien Odoul est-il légitime ? Peut-il être poursuivi en justice pour ses attaques ? Le voile devrait-il être interdit dans tous les lieux relevant du pouvoir politique et public ? Le voile est-il un signe politique ou religieux ? Est-ce un choix ou une soumission ordonnée ? 

En réaction à cette affaire, le président de la République a déclaré, ce mercredi 16 octobre, qu’il était primordial de distinguer le communautarisme du terrorisme, puis que le gouvernement continuerait coûte que coûte à s’engager dans le débat houleux du port du voile. Emmanuel Macron, s’il préconise la tolérance, dénonce surtout le communautarisme en France. 

Un amalgame trop récurrent

Ainsi, ce débat épidermique ne relance pas seulement celui du voile dans l’espace public et scolaire mais aussi la place du communautarisme et de l’islam en général.

Si l’on a du mal à éviter l’amalgame dans notre pays, il faut éminemment rappeler le droit et le débat sur l’identité : être français et musulman est chose compatible et ne doit en aucun cas être sujet de violence symbolique ou verbale. 

C’est pourquoi Libération revient, dans un article récent, sur la légalité du port du voile et rappelle à juste titre que Fatima E. était « parfaitement dans son droit. D’une part, parce que le règlement intérieur du conseil régional n’interdit pas le port de signes religieux dans l’hémicycle, et d’autre part parce que la jurisprudence en matière d’accompagnateurs scolaires est très claire : considérés comme «usagers du service public», ils ne sont pas soumis aux mêmes règles de neutralité que les fonctionnaires. »

Malgré tout, si le voile est de moins en moins porté en France, l’islamophobie persiste. Karine Champy, ancienne tête de liste du Front national désormais exclue du parti et conseillère régionale non inscrite, en a profité pour apostropher Fatima E. alors qu’elle sortait de l’hémicycle, en lui tenant les propos suivants : «Vous êtes soumise, vous allez voir, quand les Russes vont arriver, vous allez dégager !».

Voir aussi

Un ras-le-bol général chez les françaises voilées 

Photo : Lucie Pelé

L’assimilation.  La France semble avoir du mal avec ce principe, pourtant inscrit dans son Code civil à l’article 21-24 : « Nul ne peut être naturalisé s’il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l’histoire, de la culture et de la société française  ainsi que par l’adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République.. ». Nonobstant, les valeurs prônées par la République française ne sont-elles pas celles de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ? Où et comment l’islamophobie peut-elle trouver sa place ici ? 

Présente aujourd’hui dans les innombrables débats qui animent les plateaux télé, la question de l’assimilation fatigue les plus concernés : ce n’est pas seulement un ras-le-bol qui agite les français musulmans, mais une colère et une déception qui ne cessent d’augmenter. 

C’est en son nom que ce samedi 19 octobre, des manifestants se sont rassemblés à Lille. Ils ne réclamaient qu’une chose : être considérés comme les autres citoyens français avant d’être rattachés immédiatement au statut de musulmans. 

Pacifiquement et fièrement, les femmes musulmanes (car il faut le souligner le nombre d’hommes et de personnes non-voilées présents lors de cette mobilisation était moindre), clamaient l’importance de leur geste. Il n’y a d’après elles qu’ainsi que leur voix peut réellement être entendue, étant donné qu’elles ne sont pas invitées sur les plateaux de télévision, quand Zemmour, lui, croule sous la demande.

Sur la place de la République le ton était donc aux revendications pacifiques, en dépit de la colère qui agitait les courageux révoltés. Appelant à manifester de nouveau samedi prochain, ils sollicitent une meilleure organisation et une mobilisation bien plus considérable, dans toutes les villes de France. 

Rendez-vous samedi 25 octobre à 14h30 place de la République pour contrer et dénoncer encore un peu plus l’islamophobie.

Pour plus de détails sur l’affaire de Fatima E. : https://www.islamophobie.net/2019/10/15/entretien-exclusif-avec-fatima-e-je-ne-voulais-pas-craquer-devant-les-enfants/ (entretien de la victime avec le Collectif Contre l’Islamophobie en France).

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