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Covid-19, des étudiants du monde témoignent #6 : le revirement alarmiste de Donald Trump

Covid-19, des étudiants du monde témoignent #6 : le revirement alarmiste de Donald Trump

Alors que le président des États-Unis pensait pouvoir lever le confinement pour Pâques, la propagation du virus l’a très vite fait redescendre sur terre. Le pays est en passe de devenir le nouvel épicentre mondial de la pandémie avec le plus grand nombre de cas de contaminations. Les États-Unis recensent 1 480 morts supplémentaires en vingt-quatre heures, pour un total de 10 783 décès et 366 000 cas d’infection. Les prévisions restent alarmantes. Le gouvernement craint un bilan final s’élevant entre 100 000 et 240 000 décès.

La première puissance mondiale se révèle vulnérable compte tenu de la minimisation par l’administration Trump et les défaillances de dépistage. Quelques jours auparavant, le président américain ne semblait inquiété que par l’impact économique. Il comparait le bilan à celui de la grippe saisonnière ou aux accidents de voiture. Les États-Unis ont été depuis longtemps en dehors de la réalité, jusqu’au moment où le nombre de cas s’est envolé, dépassant celui de la Chine.

Donald Trump s’est alors retrouvé face à une vérité qu’il a longtemps niée ou minimisée et déclare désormais : “Notre pays se trouve au milieu d’une grande épreuve nationale sans précédent”. Le 13 mars, il déclare l’état d’urgence sanitaire nationale et débloque 50 milliards de dollars. Limitation des rassemblements à dix personnes, fermeture des écoles, bars, restaurants. Les États-Unis ont également fermé leurs frontières aux voyageurs européens afin d’endiguer la propagation du virus. Un revirement tardif mais impératif puisque les Américains se préparent à deux prochaines semaines très difficiles, bien que près des trois quarts d’entre eux vivent d’ores et déjà confinés.

Le Pépère News est allé à la rencontre de trois jeunes Américains confinés dans trois États différents. Sophia Conti nous vient du New Jersey, Rachel Horrowitz est originaire de Austin au Texas et Luke Mitrani habite dans la campagne californienne.

Dans le New Jersey, les revirements exaspèrent

Sophia est confinée dans le New Jersey, pour l’instant jusqu’au 30 avril. Ce fut le premier État à annoncer un couvre-feu entre 20 heures et 5 heures pour les déplacements non essentiels. Donald Trump a minimisé la menace durant des semaines cruciales, et ce déni a contribué à bouleverser la population. Les messages contradictoires n’ont fait que se succéder. Le chef de l’exécutif affirmait que le virus n’était qu’une grippe, qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. Alors lorsque les Américains se sont retrouvés confinés tandis que le gouvernement affirmait que l’heure était grave et que les deux prochaines semaines allaient être “très douloureuses”, ce fut un choc. “Honnêtement, je pensais que ce virus n’était pas bien grave. Mais depuis quelques semaines je sais que le Covid-19 doit être pris au sérieux”. 

Une souplesse des mesures qui inquiète

Les États-Unis se sont alors alignés aux mesures prises par le continent européen, mais de manière plus souple. Sophia continue de sortir avec ses amis. Le gouvernement interdit seulement de sortir au sein d’un groupe de plus de dix personnes, au risque d’une amende. “On ne peut pas qualifier les mesures d’extrêmes car elles sont salutaires pour notre santé”. Seuls quelques restaurants sont fermés et la majorité des chaînes de restauration sont ouvertes au drive. Néanmoins, tous les bars sont fermés. Le confinement n’est que partiel. “La seule chose que fait Trump est de répondre aux questions faciles, et non aux questions dont les réponses nous sont nécessaires“.

Son quotidien est chamboulé. “Le plus grand inconvénient est de ne pas voir mes amis tous les jours”. En plus, Sophia ne peut plus jouer au lacrosse avec son équipe du lycée. Toutefois, elle trouve des aspects positifs à ce confinement. “J’ai beaucoup plus de temps pour moi et je peux passer plus de temps avec ma famille !”. Du lundi au vendredi, elle a chaque jour une moitié de journée de cours. “Je vois mes professeurs via Facetime presque tous les jours, et j’ai toujours des devoirs et des examens”. Sophia est reconnaissante du travail du personnel hospitalier. “Dans la plupart des villes, les gens mettent le flash de leur téléphone, klaxonnent et applaudissent”. Mais face à l’épidémie, le système de santé américain se révèle vulnérable. Même assurés, nombre d’Américains sont forcés à reporter les soins, faute d’assurance ad hoc.

Au Texas, entre angoisse financière et géopolitique

Rachel Horrowitz est confinée à Austin au Texas depuis deux semaines. Étudiante en médecine à Davidson College en Caroline du Nord, elle est rentrée à Austin pour se confiner dans l’urgence et la précaution. “Quand je suis rentrée, mes parents avaient vraiment peur que je ramène le virus. Nous avons alors été prudents. Cela fait maintenant deux semaines et je ne suis pas malade”. Concernant la situation sanitaire “dans l’ensemble tout le monde est vraiment nerveux à ce sujet, surtout parce que j’ai beaucoup d’amis avec des parents à risques”, [qui exercent des métiers exigeant de nombreux contacts, ndlr].

Pour assurer la continuité pédagogique, Rachel utilise la plateforme éducative en ligne Zoom mise en place par son université. Cet outil “n’est pas idéal mais permet d’avoir des cours virtuels”. Rachel a de la chance car elle a déjà son diplôme, “mais cela va créer des challenges : j’étudie la médecine et j’ai pas mal de cours en laboratoires que je ne peux suivre que de manière physique”. Sa principale crainte est financière puisqu’elle dépense autant pour des cours virtuels. Rachel cible l’incompétence américaine. “Le problème est qu’il n’y a pas de quarantaine nationale. Cela dépend de chaque État, le seul en pleine quarantaine, c’est New York”.

Ses cours d’actualité française lui permettent d’affirmer que “Trump ne prend pas ça au sérieux, contrairement à Macron et à la plupart des autres pays. C’est la raison pour laquelle la situation est devenue si mauvaise. Le confinement n’a pas commencé assez tôt”. Côté emploi du temps, Rachel a du mal. Elle excelle en athlétisme et football mais se voit diminuée sportivement : “ J’ai le droit d’aller courir, mais c’est difficile de ne pas m’entraîner avec l’équipe”. Le virus n’a néanmoins raison ni de son enthousiasme ni de sa motivation professionnelle. C’est décidé, plus tard elle fera Médecins sans frontières. 

En Californie, la crainte que la situation empire

Longeons à présent la frontière mexicaine vers l’est pour atteindre la Californie. Sur le trajet, on a certainement aperçu le célèbre mur que Donald Trump a promis de construire tout au long de la frontière avec le Mexique pour endiguer une soi-disant “invasion de migrants”. Mais aujourd’hui, c’est désormais au Mexique que de nombreuses voix s’élèvent pour fermer totalement la frontière afin d’empêcher l’arrivée du virus dans ce pays pour l’instant épargné par l’épidémie.

La Californie est le premier État américain à avoir décrété le confinement total de sa population de près de 40 millions d’habitants. Le gouverneur démocrate Gavin Newson a pris cette décision le 19 mars en déclarant : “Il est temps pour nous tous, en tant qu’individus et communauté, de reconnaître que nous devons faire davantage.” Cette déclaration avait alors sonné comme l’exact opposé de l’action du président. Au 30 mars, l’État a recensé 8 037 cas de contamination au nouveau coronavirus et 120 décès mais les experts tirent la sonnette d’alarme. Selon certaines prévisions, un Californien sur deux pourrait contracter le virus.

“La vie est précieuse”

Luke Mitrani est un jeune musicien qui habite dans l’arrière-pays californien, à la campagne. Il commence par m’expliquer la crainte ressentie dans les médias. “Les chaînes de télévision ne savent pas ce qui va se passer, elles font comme des paris sur l’avenir et donc on a beaucoup d’informations différentes.” Il qualifie sans retenue son président de “véritable idiot”. Il pointe aussi l’irresponsabilité des dernières personnes qui ne respectent toujours pas les règles de confinement même s’il assure que les Californiens ont pris le problème au sérieux.

En réponse à cette crise, Luke Mitrani compose de la musique

Le confinement a encore plus orienté ses journées autour de la création musicale. Avant la crise sanitaire, il préparait un album très rythmique, “pour danser en festivals”. La pandémie de Covid-19 a fait germer l’idée d’un nouvel album, “plus lent, avec plus de mélodies”. En effet, selon lui, “tout le monde est un peu triste aujourd’hui et n’a pas forcément la tête à faire la fête”. Six concerts où l’artiste était programmé ont d’ailleurs été annulés “mais ce n’est pas grave, c’est beaucoup moins important que ce qui se passe actuellement” relativise-t-il. L’adepte de yoga et de taï-chi médite davantage en ce moment. “Je pense qu’on réalise à quel point la vie est précieuse, c’est malheureux qu’on ait été obligé de vivre ça pour s’en rendre compte.”  Il conclut par ce message d’espoir : “Restez heureux et restez chez vous pour rester en bonne santé.”

 

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