Rattrapages. Féminisme et pop culture, leurs noces d’Étain

Image de mise en avant

Nommé pour le prix de l’essai féministe et le prix des lectrices Causette, Féminismes et pop culture de Jennifer Padjemi reprend l’évolution des questions féministes ces dix dernières années dans nos petits écrans. 

La pop culture peut dater sa naissance au début des années 2010, avec l’explosion des réseaux sociaux. C’est à partir de là que Jennifer Padjemi débute son analyse. Elle se souvient de ses séries et musiques préférées, un goût à la fois nostalgique et parfois amer dans la bouche. De Buffy contre les vampires, Friends ou encore Lost à Sex education et Orange is the new Black, il est facile de remarquer un certain décalage dans les scénarios et les manières d’aborder les intrigues.

À l’image d’un féminisme intersectionnel 

L’autrice aborde dans son essai toutes les problématiques d’un féminisme dit “intersectionnel”. Du racisme, au validisme, en passant par le mépris de classe et la grossophobie, la liste est longue et le décryptage de leur traitement dans les productions artistiques est important. La pop culture, autrement appelée “culture mainstream”, renvoie à une culture populaire accessible à tous. Ce sont les séries qui passaient sur les grandes chaînes de télé, les musiques à la radio, des Beyoncé, des Katy Perry, des Justin Bieber et autres. Plein parti de la culture des classes populaires et moyennes, les thématiques abordées sont souvent le reflet de la société. Le début des années 2010 marque un tournant, notamment dans la vision de la sexualité, des rapports hommes-femmes. Une ouverture allant au-delà d’une vision phallo-centrée. 

Grey’s Anatomy ou la révolution du petit écran

Féminismes et pop culture dédie chacun de ses chapitres à une problématique bien particulière. En tant que femme noire, l’autrice tient à ouvrir son livre sur la problématique raciste et le traitement des personnes racisées, particulièrement les femmes noires, dans les séries télévisées. C’est par l’exemple de Grey’s Anatomy que Jennifer Padjemi explique de quelle manière la série a su s’emparer des problématiques les plus taboues de notre société et et libérer la parole autour d’elles. 

En 2019, sur les chaînes Canal+ et TNT, seulement 15% des personnes présentes à la télé étaient non-blanches. Dans Grey’s Anatomy, c’est au moins la moitié du cast qui est non-blanc. Tout en se dévêtant de la théorie “color blind” (qui ne voit pas les couleurs) qui effaceraient par la même occasion les dynamiques d’oppression qu’ils subissent. À plusieurs reprises, les personnages de la série parlent et mettent en avant leur profil racisé et ses conséquences. Jennifer Padjemi pointe également le rôle des personnages racisés et le traitement de leur caractère. Via l’exemple de Cristina Yang et Miranda Bailey, deux chirurgiennes de renommée internationale au caractère déterminé et ambitieux, Féminismes et pop culture montre comment on peut se débarrasser des stéréotypes. La question de la représentation et de la représentativité dans les films, musiques et séries a aujourd’hui une place de choix dans ces scénarios. Nos petits écrans ne sont plus seulement le reflet d’un quotidien bourgeois, blanc et hétérosexuel éloigné de la réalité. 

Les années 2010, c’est aussi MeToo, BalanceTonPorc et Iwas, des hashtags qui ont permis une vague de dénonciation et de libéralisation de la parole encore inédits. S’il ne faut pas oublier l’initiatrice principale de MeToo, l’activiste afroféministe Tarana Burke, c’est sous l’impulsion d’Alyssa Milano que le hashtag s’est déployé tel un ouragan dans les sphères d’internet. Néanmoins si libération de la parole il y a, la baisse des violences sexistes et sexuelles ne suivent pas le rythme. “Cette transformation prendra du temps après des années de traumatismes et de contrôle, mais des changements il y en a eu. 

Hollywood l’inclusif ou l’opportuniste ? 

Des sujets jusqu’ici inexplorés, passés sous silence. Des personnages gros, handicapés, racisés, invisibles il y a encore trente ans. Hollywood se met à la page et il est désormais courant d’entendre parler anti-racisme, féminisme, santé mentale et autres combats progressistes dans les productions artistiques. Jennifer Padjemi questionne néanmoins ces choix : “Malgré toutes ces bonnes intentions et les valeurs indéniables que je salue, je me demande toujours quelle est la part d’authenticité et celle qui relève d’une stratégie purement économique ?” Appelé “feminism washing” ou “purple washing”, le concept tient en la transformation de théories militantes en de purs produits marketings en vue de réaliser du profit. Alors vidées de leurs substances politiques et sincères, les bonnes intentions se découvrent une valeur marchande.

Il serait intéressant de se demander combien de nouvelles productions, de Netflix particulièrement, font leur entrée sur la plateforme et combien passent la barre d’une troisième saison, parfois même d’une deuxième. Pourtant, c’est souvent sur fond de campagne publicitaire axée sur le traitement de sujets progressistes que ces show sont présentés au public (Sense8, AnneWithAnE, Atypical…).

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